UNE NOUVELLE HYPOTHÈSE SUR LANATOMO-PHYSIOLOGIE DU REIN
Par MM. HENRI LAKT et ANDRÉ HATER
/. Nature des hypothèses sur la sécrétion urinaire. — Les expérimentateurs qui ont cherché à se faire une idée de la sécrétion urinaire se sont trouvés en face de deux problèmes : un problème anatomique, ou^ si Ton veut, anatomo-physiologique (il s'agit de rendre compte de la fonction des différents organes contenus dans le rein des mammifères,* glomérules, tubes urinifères, etc.) ; un problème physiologique, ou, si Ton veut, physicochimique (il s'agit de rechercher par quel mécanisme intime se fait la sécrétion urinaire).
Il est clair que les solutions de ces deux problèmes sont> dans une certaine mesure, liées : si l'on croit que l'élimination de teUe ou telle substance se fait par un mécanisme très simple, on l'attribuera naturellement à un organe très peu compliqué. Disons d'ailleurs tout de suite que, depuis que s'est élevé le débat sur la sécrétion rénale, il porte presque exclusivement sur l'élimination de l'eau et des cristalloïdes: sucres, sels, urée. Pour ce quiestdes substances plus complexes : acide urique, bases xanthiques^ pigments, etc., tout le monde est à peu près d'accord sur ces deux propositions : à savoir, qu'elles sont éliminées par l'épithélium des tubes urinifères S et que le mécanisme de cette élimination nous est inconnu. Au contraire, en ce qui concerne l'eau et les cristaUoïdes, l'opinion des divers auteurs est très différente, tant au sujet du mécanisme de la sécrétion qu'à propos de l'endroit où ils s'éliminent.
r* Partie. — Examen des hypothèses sur le mécanisme
DE L^ÉLIMINATION DE l'eAU ET DES CRISTALLOÏDES
2. A. Hypothèses sur le mécanisme du passc^e de l'eau, — La plupart des auteurs écrivent explicitement, ou sous-entendent implicitement que nous connaissons le mécanisme du passage de l'eau à travers le rein. En quoi con-
1 Les expériences histologiques d'Anten, Courmont et André sur les localisations de Tacide urique ; les nombreuses expériences faites depuis Heidenhain au moyen de col* loïdes colorés.
siste en effet ce passage? En ce que, de la solution complexe à la fois cristalloïde et colloïdale, le sang, qui lui est amenée, le rein sépare de Teau en très grande quantité. Si l'on cherche à savoir comment les auteurs se représentent cette séparation, on trouve les mots : filtration, diffusion, osmose.
Le mot filtralion a été le premier prononcé (Bowman). C'est en effet le mécanisme de séparation de l'eau qui a été le premier bien connu des physiciens, et le plus simple qu'on puisse imaginer. S'il a un sens précis, il signifie qu'à travers une paroi donnée, une différence de pression exclusivement mécanique fait passer l'eau et les substances dissoutes, cependant que la paroi retient les particules (si Ton veut, même les particules ultramicroscopiques, colloïdales). Remarquons d'ailleurs que — la question du rein réservée — on peut se demander si un tel mécanisme existe jamais chez les animaux vivants. U serait difficile d'en citer un seul cas.
Vosmose de l'eau se fait sous l'influence, non plus d'une différence depression mécanique, mais d'une différence de concentration. Elle implique l'existence de deux solutions inégalement concentrées séparées par une paroi. De l'eau passe de la solution la moins concentrée vers la plus concentrée. Suivant la nature de la paroi, c'est de l'eau pure, ou une solution de cristalloïdes. Mais le courant va toujours vers la solution la plus concentrée.
B, Hypothèses sur le mécanisme du passage des crlslalloïdes.— Pour ce qui est du mécanisme de l'élimination des cristalloïdes, on trouve comme explication : filtration, dialyse, diffusion. — La filtration, nous l'avons vu, implique le passage de toutes les substances dissoutes, dans la proportion même où elles sont dissoutes. — La dialyse ou la diffusion nécessite une différence de concentration des deux côtés de la membrane à travers laquelle elle se fait ; le courant de substance dissoute va du point où elle est le moins concentrée vers le point où elle est le plus concentrée; la vitesse est spécifique pour chaque corps.etbien déterminée. — Tels sont les mécanismes invoqués par les auteurs. Nous allons voir s'ils cadrent avec les constatations expérimentales. Nous verrons aussi s'il y a lieu d'employer des combinaisons de plusieurs mécanismes simples pour expliquer la sécrétion.
3. Examen des Idées sur le mécanisme du passage de l'eau, - Supposons que Teau passe par filtration du sang à l'urine. Elle ne s'élimine donc que grâce à une différence de pression mécanique. Il ne peut donc y avoir de grande augmentation d'élimination de l'eau sans augmentation de pression. La seule pression à invoquer ici étant la pression hydrostatique sanguine, on s'explique le long débat qu'a provoqué l'étude des conditions mécaniques circulatoires de la sécrétion urinaire.
Nous avons deux bons moyens d'augmenter considérablement la sortie d'eau par le rein : faire ingérer à l'animal d'abondantes boissons; ou lui faire dans les veines une injection massive de solution de cristalloïde. Ce second moyen d'ailleurs trouble aussi peu sa santé générale que le premier. L'élimination d'eau dans ces cas peut être énorme : on peut arriver à faire uriner à l'animal, en deux heures, un dixième de son poids en eau. Si la séparation de l'eau est due à une filtration, ces éliminations doivent être corrélatives d'une augmentation de pression. — Après d'autres auteurs : Hédon et Arrous, Starling, Magnus, nous avons repris l'étude des conditions méca-