SUR L'ALLORYTHMIE DU COEUR
Par M. OSVAIiD POLZMANTZ
Privat-Docent de Physiologie & l'Uaivertité de Rome.
Les recherches que je vais exposer se rapportent à une expérience exécutée d'abord par Gaskell et, ensuite, modifiée par von Kries.
Gaskell (i) suspend le cœur d'une grenouille de façon à enregistrer en même temps les contractions du sinus et celles du ventricule. En excitant le cœur à Taide de moyens mécaniques, et en agissant surtout sur le sillon auriculo-ventriculaire, ou en chauffant le sinus et l'oreillette, la fréquence des pulsations des oreillettes est augmentée par rapport au système propre du ventricule. Plus celui-ci est refroidi, moins il répond aux impulsions que les oreillettes surchauffées propagent. Gaskell, en outre, en réchauffant, à l'aide d'une spirale parcourue par un courant électrique, ou bien en refroidissant le sinus et Toreillette d'un cœur de grenouille vidé de son sang, et en enregistrant ensuite séparément les pulsations de l'oreillette et celles du ventricule, remarquait que^ si le réchauffement durait longtemps, les contractions du sinus, ainsi que celles des oreillettes^ devenaient alors plus rapides et plus faibles, et cela tandis que le ventricule répondait une seule systole pour deux des oreillettes, jusqu'à ce qu'il cessât lentement de battre pour 8'arrèter enfin en état de diastole.
Gaskell classe ce phénomène sous le nom de bloekened hearts
Langendorff (2) assure être parvenu à plusieurs reprises à reproduire ces expériences de Gaskell.
Von Kries (3) enregistre^ lui aussi, séparément, les contractions de l'oreillette et du ventricule du cœur d'une grenouille, et, tandis qu'il réchauffe le sinus et l'oreillette, en même temps il refroidit ou bien une zone fort restreinte du sillon auriculo-ventriculaire, ou même une région très limitée du ventricule, au-dessous du sillon. On obtient alors le résultat suivant : les pulsations dû ventricule sont plus lentes que celles de l'oreillette, et les pulsations de celle-ci sont avec celles des parties refroidies du cœur dans un rapport de
* Le Heart-block des Anglais ou Herzblock des Allemands représente la diitoeiation aurteulihventrieulaire des Français oa Valloryihmie des Belges, de L. Fredericqen particulier*
JOUINAL DE PHTSIOL. BT DE PATHOL. GÉNÉR., 1906. 61
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fréquence, 2, 4, 8 et même 16 fois supérieur. Yod Kries conclut que le rapport entre les deux différentes pulsations représente toujours une puissance de 2 et que ces puissances augmentent naturellement en augmentant les diffé* rences de température. Jamais il n'eut à enregistrer en séries régulières de valeurs intermédiaires; quand, exceptionnellement, il en a quelquefois obsenré une, il la considère comme une forme bâtarde du phénomène, et il la considère comme une résultante des excitations du cœur.
Von Kries donne l'explication suivante du phénomène : les parties plus chaudes du cœur, dit-il, envoient en une minute N impulsions excitatrices qui, en se propageant dans la direction de la voie normale de Texcitation (Engelmann et son école), rencontrent alors des parties plus froides qui, pour cela, répondent à chaque nouveau stimulant^ seulement par une série de N/2 contractions en une minute. En se propageant encore plus loin, il y a à traverser une zone encore plus froide qui ne réagit qu'à chaque second excitant et ainsi il se produit naturellement un rythme N/4, puis N/8, etc. Dans sa marche progressive l'excitation pourrait rencontrer, cela se conçoit, des parties du cœur qui^ selon leur température, seraient à même de donner N/3 systoles par minute ; cependant, von Kries croit qu'on n'a pas de pulsations de ce rythme, parce que les parties qui répondraient à un tel stimulant ne se trouvent pas en union directe avec celles, qui ne donnent que seulement N/2 pulsations. On n'observe ainsi que des multiples de 2; entre des parties voisines ne saurait exister d'autre corrélation que celle d'un rythme égal ou réduit de moitié. Les fréquences mêmes N/4, N/8 doivent être considérées comme une série de rapports N/2 se succédant les unes aux autres. Von Kries remarque enfin que c'est à cause du froid que les contractions du ventricule se ralentissent.
Méthodes de recherdie. — Un tuyaa en forme de û du diamètre de 2 millimètres brûlait le sinus veineux ainsi que les oreillettes (fig. 1). A travers ce tuyau passait continuellement de Teau réchauffée à 30'-32* C. Pour le refroidissement du ventricule, la région postérieure s'appujait sur un tube de verre aplati, de 9 mm . de diamètre, tandis qu'un autre tuyau en forme de û était placé dans le sillon ventriculaire, au-dessous de Taorte. A travers ces deux tujaux réunis ensemble, latéralement par du caoutchouc, avec deux autres tubes en forme de U, passait de Teau refroidie (avec un mélange de glace et de sel) jusqu'à -f 4* G.
Après plusieurs essais il fut manifeste que ces températures étaient plus que suffisantes & obtenir le phénomène qu'on voulait étudier.
Fi6. 1. Les expériences furent faites dans le courant du printemps
AA'= Tuyaux pour de 1903 en employant la tortue commune de terre (TeMiudo ment* B=Tu"at ^^^^^ ^^ ^^^^ ^® 350-450 gr. L'animal était préalablement pour le réchauffe- curarisé, on mettait ensuite à découvert le cœur en séparant, ment. au moyen d'une scie, le plastron abdominal du plastron dor-
sal. La méthode de suspension d'Engelmann, que j'ai adoptée parce qu'elle m'a toujours donné de bons résultats, est celle-ci : j'attachais deux épingles recourbées, l'une & l'une des oreillettes, l'autre & la pointe du ventricule, en les mettant ensuite en rapport avec deux leviers très légers et ayant soin d'en maintçnir les pointes toujours sur la même ligne verticale.