VIII. — Origine du fibrinogène
1, Données antérieures. — Magendie^ après avoir soumis des chiens à Id defibrination totale, a constaté que la régénération de la fibrine s'accompagne d'un amaigrissement considérable des animaux en expérience. II conclut que la fibrine se reforme aux dépens de tous les organes.
Depuis Magendie la question de l'origine de la fibrine ou du fibrinogène a été reprise à diflérentes époques et notamment par Mathews et par Cùi^n et Ansiaux.
Mathews a soutenu que la fibrine prend naissance dans l'intestin. A l'appui de son opinion, il cite les faits suivants : a) le sang de la veine porte con* tient plus de fibrine que le sang artériel, h) si on défibrine totalement un chat et si on enlève l'intestin, la fibrine ne se reforme pas, au moins pendant les premières heures qui suivent l'opération.
Corin et Ansiaux ont adopté l'hypothèse de Mathews. Ces auteurs ont constaté que le phosphore détermine dans certaines conditions parallèlement : d'une part, Tincoagulabilité du sang et la disparition du fibrinogène, d'autre part des lésions hépatiques et intestinales. Pour différentes raisons Corin et
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7lfâ DOYON. MOR£L ET KAREPF
Ansiaux estiment que les modifications du sang dépendent des lésions intestinales. Ils font remarquer notamment que dans Tempoisonnement par le phosphore ils ont toujours trouvé un caillot dans la veine porte, alors que le sang est toujours liquide dans les veines sus-hépatiques. A la suite de Mathews y de Corin et Ansiaux ^ tous les auteurs considèrent que Tintestin est l'origine du flbrinogène et de la fibrine.
2. Rôle du foie. — Depuis Lehmann le foie est considéré très généralement comme l'organe destructeur de la fibrine. La plupart des physiologistes acceptent sans contrôle l'opinion que le sang sus-hépatique ne coagule pas et ne contient pas de fibrine. Corin et Ansiaux adoptent sans restriction cette manière de voir.
Boyon estime, contrairement à cette opinion, que le foie est nécessaire à la production de la fibrine et probablement même sécrète le fibrinogène.
Dùyon etKare/f ont démontré que, si on enlève le foie chez le chien, tout en rétablissant la communication entre la veine porte et une veine sus-hépatique, pour ne pas interrompre la circulation, on détermine l'incoagulabilité du sang et la disparition du fibrinogène. Le fait a été confirmé par Nolf
Doyan, Cl. Gautier et A. Morel ont démontré que, chez la grenouille, l'ablation du foie détermine en 5 ou 6 jours l'incoagulabilité et la tétanie. Les' mêmes auteurs ont vu que si on saigne une grenouille, si on lave avec soin l'appareil circulatoire de cet animal avec du sang de grenouille défibriné et si on abandonne dans les vaisseaux une quantité suffisante de ce sang défibriné, la fibrine se reforme en 24 heures; chez l'animal dépourvu de foie la régénération n'a pas lieu.
Doyon a constaté que le chloroforme, à certaines doses, exerce une action élective sur le foie et détermine parallèlement l'incoagulabilité du sang et la disparition du fibrinogène. L'incoagulabilité du sang et la disparition du fibrinogène ne se manifestent que lorsque le foie est nécrosé. Les conditions pour obtenir ces phénomènes sont les suivantes: on donne à un chien tous les jours, au moyen d'une sonde stomacale, 2 gr. de chloroforme par kilogramme d'animal. Pour éviter l'action irritante locale du chloroforme, on mêle cette substance à trois volumes d'huile. Les animaux meurent généralement en 3 ou 4 jours. Peu ou pas d'ictère. Lorsque les sujets ont un ictère prononcé, ils survivent généralement un temps plus long et les modifications du sang sont moins nettes; le foie est moins gravement atteint.
Doyon, A. Morel ^ N. Kare/f ont constaté, comme Corin et Ansiaux^ que le phosphore peut déterminer l'incoagulabilité du sang et la disparition du fibrinogène. Ils ont démontré que l'appauvrissement du sang en fibrinogène est parallèle à l'importance de la dégénérescence graisseuse du foie. Contrairement à Corin et Ansiaux ils ont vu que l'empoisonnement subaigu par le phosphore peut déterminer l'incoagulabilité absolue du sang dans tout l'appareil circulatoire, y compris la veine porte.
L'injection de paraffine dans l'artère hépatique du chien détermine dans certains cas la diminution et même la disparition totale du fibrinogène du sang. Dans un cas, le fibrinogène avait totalement disparu en moins de 10 heures après l'injection de quelques centimètres cubes de paraffine dans
Tartère hépatique. Les înauccèg très fréquents s'expliquent évidemment par l'importance des anastomoses qui relient entre elles les branches du tronc cœliaque ou par l'existence d'autres voies anastomotiques (Doyon^ A. Morel^ N. Kareff).
Doyon et Petit*ean ont réussi à préparer un sérum hépatotoxique qui déterminait parallèlement la nécrose du foie, Tincoagulabilité du sang et la disparition du fibrinogène du plasma.
Tous ces faits démontrent que le foie joue un rôle nécessaire dans la production du fibrinogène. Ils trouvent un appui nouveau dans les constatations que nous avons faites concernant la répartition de la fibrine dans les différents territoires vasculaires et la teneur particulièrement élevée du sang sus-hépatique à un moment où la fibrine se régénère après la saignée ou la defibrination totale.
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