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SUR LÈS PROPRIÉTÉS PHARMACODYNAMIQUES DES SELS DE MAGNÉSIUM

Par M. B. WIBJi

Asfittaat tu Ubontoire de Thérapeutiqoe expértmeiitalo do l'UniTersilé de Genève (Professeur A. Mayor).

L'anesthéBique idéal restant encore à trouver, il est très naturel que le monde médical suive avec beaucoup d'intérêt les efforts des chimistes et les travaux des expérimentateurs dirigés vers la découverte de nouvelles substances douées de propriétés analgésiantes, ou vers l'utilisation^ par des procédés npuyeaux, des vertus anesthésiques apparteoant aux médicaments anciennement connus.

Jusqu*ici l'on a cherché surtout à utiliser des corps appartenant à la chimie organique (éther, chloroforme, chlorure d'éthyle, etc. ; alcaloïdes naturels ou artificiels). Si l'on fait abstraction duprotoxyde d'azote, les substances inorganiques n'ont pas paru fournir de médicaments capables de produire Tanesthésie générale.

Aussi le travail de MM. S. I. Meitzer et John Auer, de l'Institut Rockefeller pour recherches médicales, travail paru dans le Journal américain de Physiologie*, a-t-il eu un grand retentissement. Ce mémoire a été suivi d'une communication de M. Meitzer^ faite à V Academy of Medicine de New York, le 7 décembre i905, et publié par la Berliner klinUche Wochenschrift*.

La plupart des grands périodiques médicaux de l'Europe ont reproduit ces publications, en entier ou sous forme de résumés (Semaine médicale, 1905, page 617; Presse médicale , 1906, page 67; Therapeutische Monatshefte, 1906, page 104^ etc. etc.)^ mais en général sans y ajouter de commentaires.

Dans l'interprétation qu'ils ont donnée de leurs expériences, Meitzer et Auer nous ayant paru ne pas tenir compte d'une cause d'erreur qui provient de l'action du magnésium sur l'appareil nerveux moteur, nous avons repris leur travail original et examiné de plus près leurs assertions.

Meitzer et Auer mentionnent d'abord leurs travaux antérieurs sur les self de magnésium, et esquissent une théorie de l'action de ce métal dans Torgi-

' Un resume de ce mémotro a été commuoiqué à la Société de fiiologie dans sa sétoci du i6 juin 1906. Voir C. R, hebdom. de la Société de Biologie^ t. LX, n* 22, 22 juin i90i. p. 1008.

* Physiological and pharmacological studies of magnesium Salts. I. General Anaestkeiii by subcutaneous iojectioiis. By S. I. Meltzer and John Auer. American Journal of PhfMlogy. Vol XIV. October 2. 1905, n« IV.

^ Aus dem Rockefeller Institute for Medical Research. Die hemmenden und aodsthesie* renden Eigenschaften der Magnesiumsalzc, von S. I. Mbltzkr, New- York. Berliner tii nisehe Wochentehrift, 1906. N« 3.

nisme anima]. Le magnésium serait, d'après eux, doué de propriétés inhibitrices générales qui s'exerceraient vis-à-vis de l*énergie spécifique de tous les tissus.

Ils résument ensuite brièvement les travaux de divers auteurs sur les sels de magnésium; cet exposé historique s'arrête à 1890. Enfin ils relatent une série d'expériences, avec procès-verbaux détaillés. Ces expériences ont été faites sur des lapins, des chats, des chiens, des cobayes, des rats, des grenouilles et sur divers oiseaux. Meltzer et Auer ont pratiqué des injections hypodermiques ou intra-musculaires de solutions concentrées (de 19 à 25 0/0) de chlorure ou de sulfate de magnésium. Leurs résultats ont été constamment comparables et ils les résument eux-mêmes de la manière suivante :

c Une certaine dose de sulfate de magnésium produit une anesthésie profonde^ qui est souvent de longue durée, avec relâchement complet de tous les muscles volontaires et abolition de quelques réflexes les moins importants. Celte anesthésie se termine par le rétablissement complet de Panimal. Une forte dose d'un sel.de magnésium produira l'ahesthésie profonde et une paralysie généralisée qui plus ou moins tardivement amènera la mort calme (calm death) sans qu'elle ait été précédée ou accompagnée d'aucun symptôme, d'excitation. ^* Jamais aucun signe d'excitation n'a été observé. Donc les sels de magnésium sont doués d'un pouvoir anesthésique prononcé (strong anaestbesic powers). •

Les deux auteurs ajoutent que cette propriété des sels de magnésium n'a jamais été décrite, qu'elle n'a été l'objet d'aucune étude spéciale.

£n effet, les traités de thérapeutique usuels. indiquent seulement, d'habitude, que les sels de magnésium, introduits directement dans la circulation, ont une action déprimante sur le système nerveux. Nous faisons naturellement abstraction des effets du magnésium sur le cœur, la respiration, etc., etc.

Dans les c Nouveaux éléments de matière médicale et de thérapeutique de Nothnagel et Rossbach^ >, on trouve le passage suivant :

< L'excitabilité réflexe disparait complètement 20 minutes après le commencement de l'injection (de sulfate de magnésium dans la circulation), et elle peut encore faire défaut 1 h. 1/2 après la disparition de la paralysie respiratoire: Les mouvements volontaires reviennent beaucoup plus tôt que les réflexes. >

Stokvis * indique que les sels de magnésium exercent une influence fortement dépressive sur le système nerveux central et il cite à l'appui de sa thèse les noms de Curci et de Binet.

Meltzer et Auer, dans leur court historique, mentionnent les travaux de liUton, Recke, Hay, Mickwitz, Clessin; mais ils semblent n'avoir pas eu connaissance des travaux fondamentaux de P. Binet

Or, Binet' a nettement établi que Tinterprétation des phénomènes observés par Mickwitz* et autres, après injection de sels de magnésium, est erronée. Voici ce qu'il écrit (page 529, /. c.) :

1 Traduction française par Alquibr. Paris, Baillière, i889, page 87.

> Leçons de Pharmacothérapie. Traduction française par de Buck et de Moor. Pads, Doin, 4898. Tome II, page 231.

' Recherches comparatives sur TacUon physiologique des métaux alcalins et alcalinolerreux. Revue médicale de la Suisse romande, 1892, p. 523 et S93.

} Vergleichende Untersuchimgen ueber die physiologische Wirkung der Âllialien und aU(aUscben Krden. Thèse de Dorpat, 1874,

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c D'après Mickwitz^ du côte du système nerveux on obsenrerait chez la grenouille une paralysie des centres (nerveux) et chez les animaux à sang chaud une diminution de rexcitabilité réflexe. Nos expériences nous ont conduit à des résultats assez difTérents. — Chez les animaux à sang chaud, à la suite d'injections sous-cutanées (de sels de magnésium) on voit survenir de la faiblesse. L'animal se tient avec peine sur ses jambes. Bientôt il tombe sur le flanc^ réagit de moins en moins aux excitations et reste enfin absolument inerte. La respiration, bien qu'un peu troublée, ralentie et anhélante, continue, cependant, à entretenir la vie, si la dose n'a pas été trop élevée. Parfois il se produit des pauses et la mort surviendrait si Ton ne pratiquait pas la respiration artificielle. — Du côté du système nerveux, noas avons reconnu, conirairemmU aux résultats acquis jusqu'à présent ^que Padùm est essentiellement périphérique \ Si Ton dénude un nerf chez un animal plongé dans l'inertie motrice à la suite d'une injection d'un sel de magnésium, on constate que ce nerf est absolument inexcitable.

c Chez la grenouille, en isolant à l'aide d'une ligature le train postérieur du corps et en ménageant les nerfs sciatiques selon la méthode bien connue de Cl. Bernard pour l'étude du curare^ on observe des phénomènes absolument analogues à ceux que l'on obtiendrait avec ce dernier corps. Conune avee le curare, les nerfs périphériques se paralysent seulement dans les régions qui n'ont pas été protégées par la ligature, et les réactions des membres postérieurs démontrent rintégrité des centres nerveux*, la persistance des phénomènes réflexes et volontaires. Les sels de magnésium agissent donc sur le système nerveux à la manière du curare. Mais Us en diffèrent par ce fait que le fonetiannement des muscles respiratoires est plus tardivement atteint*.

c On peut voir en effet ce phénomène bizarre d'un animal à sang chaud complètement inerte, dont les nerfs périphériques sont inexcitables, et qui cependant continue encore à respirer. — L'excitabilité musculaire, comme celle du myocarde, ne diminue qu'avec des doses très élevées et tardivement. >

Ces recherches de Binet n'ont pas passé entièrement inaperçues. Lewîn S i l'article Magnésium, écrit : Paralysie des plaques motrices, mais néanmoins les muscles respiratoires restent intacts plus longtemps que chez les animaux empoisonnés par le curare.

Fraenkel * mentionne l'action paralysante précoce que les sels de magnésium exercent sur le système nerveux périphérique.

D'ailleurs le professeur Mayor montre à ses élèves chaque année, dans ses leçons de thérapeutique expérimentale, l'action curarisante des sels de magnésium. Voici, comme exemple, la relation de l'expérience faite, au cours, l'an dernier :

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