‹ Journal de physiologieChapitre 366 sur 578 · ABSORPTION DES SAVONS · texte numérisé non relu

ABSORPTION DES SAVONS

quelques cellules seulement de la pointe de la villositë absorbent le savon ; elles sont remplies de très grosses gouttes noires plus ou moins confluentes qui encombrent la partie supérieure de la cellule, sauf le plateau où Ton n'aperçoit jamais de gouttelettes de graisse.

IL Au contraire, lorsque Ton a injecté dans une anse une solution d'oléate de soude> le sommet des villosités est baigné par le liquide, l'absorption est alors régulière et on peut mieux en observer la marcbe. Toutes les cellules du sommet de la villosité présentent une rangée de grains noirs très fins, situés presque immédiatement sous le plateau, en série régulière et parallèle à ce plateau. Il semble que c'est dans cette zone de la cellule intestinale, entre le plateau et le noyau, que se fait la transformation de l'oléate de soude soluble et incolore en acides gras insolubles et colorés en noir par les fixateurs osmiques. Cette transformation semble se faire sous forme d'une poussière presque invisible qui s'agglomère et conflue en gouttelettes huileuses très fines.

Krehl ^ qui a étudié l'absorption des graisses par la muqueuse intestinale, a décrit les cellules épithéliales comme bourrées dans toute leur région supranucléaire de grains noirs très fins qu'il homologue aux granula d'Altmann. Cette interprétation ne nous paraît pas exacte. Si l'on a soin d'injecter dans une anse une solution d'oléate de soude assez diluée pour que l'absorption soit discrète, on voit que les granulations noires de graisse se placent sur une rangée horizontale, à peu près à égale distance du nojau et du plateau, comme si le dédoublement du savon en acides gras se faisait molécule à molécule dans une zone très étroite presque linéaire. Ces granulations ne peuvent donc pas se confondre avec les granula d'Altmann qui sont disséminés dans toute la cellule.

Autre point de détail, Krehl aurait vu les substances grasses apparaître dans la cellule sous forme de gouttelettes, d'abord gris jaunâtre, puis gris foncé, enfin noir franc, comme si la transformation du savou en graisse passait par des stades intermédiaires. Nous n'avons rien vu de semblable, les gouttelettes les plus fines paraissent noires d'emblée. Peut-être, Krehl, en pratiquant ses inclusions dans le xjlol, ne s'est pas mis suffisamment & l'abri d'une demi-dissolution des substances grasses osmiées.

III. Il ne nous a pas semblé que le dédoublement des savons en acides gras (et alcali) ait lieu dans des organites spéciaux (dans des vacuoles), parce que, comme nous l'avons déjà dit plus haut, les graisses teintées en noir par l'osmium apparaissent sous forme d'une fine poussière de granulations noires extrêmement fines, à tel point qu'on distingue parfois, sous le plateau cuticulaire, une traînée noire régulièrement parallèle à ce plateau, mais où on a peine a individualiser des grains.

lY. Le transfert des graisses ainsi absorbées par la cellule intestinale est, chez le chien, la souris et le rat, tel que l'a décrit Ranvier K Les gouttelettes de graisse s'avancent sur les côtés du noyau, puis à la partie moyenne de la cellule elles sortent et passent dans les interstices intercellulaires. Sur certaines coupes intéressant obliquement la muqueuse, on voit les bases des cel-

> Krehl, Arehivfûr Anat. und Entwickelungsgesisehte, 1890, p. 1897. * Les expériences de Ranvier ont porté sur le rat. C. R. Académie det Seieneet, 1894, p. 62.

822 ANDRÉ ET PAVRE

Iules entourées par la graisse qui en dessine les contours, la figure ressemble à un carrelage dont les pieds des cellules coupés en travers formeraient les carreaux et la graisse qui les entoure et les limite le ciment.

De là on voit les granulations noires de la graisse filer par le chylifère central, dans la lumière étroite de ce canal.

b) COBAYE.

Chez le cobaye les phénomènes se passent un peu différemment.

I. L'absorption est moins régulière, les gouttelettes de graisse ne dessinent pas des traînées parallèles sous le plateau. Elles sont disséminées assez irrégulièrement. De plus elles ne passent pas, à la hauteur du noyau, dans les interstices intercellulaires, mais elles poursuivent leur chemin dans la celliile jusqu'à la base de celle-ci. On voit souvent des gouttelettes noires dans la zone infranucléaire, séparées seulement par un endothelium lymphatique do vaste réservoir dilaté en ampoule qui constitue chez le cobaye l'origine du chylifère central.

II. Ces gouttelettes de graisse sont absorbées par des cellules spéciale, toujours nombreuses dans cette ampoule terminale. Ce sont de très grosses cellules à noyau unique, à protoplasma volumineux, coloré en jaune clair et chargé de vacuoles incolores ou brunes. (Chez nos cobayes en expérience ces vacuoles étaient souvent chargées de granulations graisseuses.) Ces cellules ont assez de ressemblance avec les cellules à poussières du poumon.

m. Souvent on voit une de ces grosses cellules à vacuoles qui s'est avancée entre deux cellules épithéliales en écartant leurs parties basales et qui s'est emparée des gouttelettes graisseuses déjà absorbées. Mais jamais nous n'en avons vu arriver jusqu'à la lumière de l'intestin comme Pavait soutenu Zawarykin^ Elles ne s'emparent pas directement des substances contenues dans l'intestin, mais elles s'insinuent entre les pieds des cellules épithéliales pour venir leur prendre et convoyer les particules alimentaires déjà absorbées, modifiées ou transformées par l'épithélium intestinal du cobaye.

En somme, nos recherches confirment celles de Perewoznikoff et Will.

La muqueuse intestinale absorbe les savons et les dédouble en acides gras (et alcali). Ce dédoublement semble s'eff*ectuer molécule à molécule dans il zone supranucléaire de la cellule épithéliale.

Les figures histologiques observées pendant l'absorption des savons soot semblables à celles que donnent l'absorption des graisses. — Ce dernier fait constitue un argument indirect en faveur de l'absorption intestinale n«male de^ graisses sous forme de savons solubles.

> Les recherches de Zawarykin avaient porté sur la grenouille, mais, même sur cet animal, ses conclusions sont infirmées parles travaux dePreussé (Rollf$' Arehivfûr Tftûrheilkunde, XI) et ceux de Wiemer (Pflûger't Arehii\ XXXIII).

Page 1