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POLYMORPHISME DANS LES SELS

Tels sont, schématiquement décrits, les types assez uniformes auxquels semblent pouvoir se ramener les variations morphologiques des bactéries polymorphes. Peuvent-ils se retrouver chez toutes les bactéries ?

Si nous examinons à ce point de vue, non toutes^ mais la plupart d'entre elles, les plus ordinairement répandues dans les laboratoires^ il semble qu'il faille, suivant leur facilité à se laisser modifier, suivant aussi le temps nécessaire à cette modification^ les classer en trois groupes.

A) Bactéries aisément modifiables. — Ce premier groupe (bactéries facilement perméables de Fischer) comprend un ensemble de bacilles pour la plupart voisins du groupe intestinal, obéissant à des causes encore très mal connues de nous et que, ne voulant pas préjuger^ nous appellerons B» aisément modifiables. Très longs filaments (150 à 300 (a) et gros renflements tels que ceux que nous avons décrits pour le b. d'Eberth, ^rapidité de déve« loppement atteignant en vingt-quatre heures son maximum, telles sont les caractéristiques de ce premier groupe.

Si Ton suppose qu'on a pris toujours 10 c' de milieu, et comme sel^ Tiodure de potassium^ voici les chiffres nécessaires à la production des variations polymorphiques pour quelques bacilles :

B. d'Eberth, OySl centig.; B. Coli communis, 0^5^; B, paracoli et paratyphiqueSj 0,50; B. diarrhée verte, 0,3i; B. entéridis de Gartner, 0,37 (ces deux derniers bacilles particulièrement polymorphes); B. psittacorum de Nocard, 0,36; B. dysenterie (types divers), 0,35 à 0,40; Pneumob. de Friedlander, 0,62; B. pyocyanique, 0,45.

Les différences de concentration saline du milieu entre le B. d'Eberth (0,37) et le colibacille (0,52) pour produire des formes géantes pouvaient faire songer à utiliser cet écart pour le diagnostic différentiel, souvent si difficile de ces deux espèces bacillaires, diagnostic qui eût pu logiquement se poser dans deux conditions : avec 0^37 centigr. l'Eberth donnerait des formes géantes, tandis que le coli resterait normal ; avec 0,52 les formes géantes indiqueraient le coli-bacille, car à cette dose TEberth disparaît. En fait, ces chiffres, pour l'un et pour l'autre, ne sauraient avoir, il faut bien le reconnaître, d^autre

G. PEJU ET H. RAJAT

valeur que celle de moyenne, que les variations individuelles toujours possibles à rinfini obligeront souvent peut-être à modifier par excès ou par défaut; en outre^ la présence entre les deux espèces de bacilles d'une série d'intermédiaires qui, sous le nom de B. paracoli et de paratyphiques, viennent former une suite à peu près ininterrompue^ ne laisse subsister entre l'Eberth et le B. coli, dans le cas qui nous occupe, que cette différence plus générale : i savoir que le coli-bacille, là encore plus résistant que l'Eberth, exige pour se modifier de plus hautes doses de sels que lui.

B) Bactéries moins aisément modifiables. — A côté de ceux-ci, un groupe de bactéries tnoins aisément modifiables : les mêmes formes s'y retrouvent^ il est vrai moins considérables (80 à 100 [a environ); mais surtout le temps nécessaire à les produire passe de quelques heures à plusieurs jours et même à plusieurs semaines. C'est par excellence le groupe des B. acido-

résistants, et nous y rangeons le B. du chMra^ B.

Màller, B. Tcbler, B. Beurre-Binoty B. Kùm. I. le GrosbacUle et le Mistbacille.

Il convient ici de faire une place à part dans ce groupe à une bactérie particulièrement intéressante. Elle est légitimée par la difficulté à obtenir les variations morphologiques, par la nécessité où Ton est pour cela de recourir à des cultures de générations successives toujours maintenues, comme nous l'avons vu faire à M. le professeur ArloiDg, dans des conditions dysgénésiques semblables (ici^ milieu salin toujours également concentré); par la présence de ramifications venant s'Ajouter, ou non, aux déformations précédentes. Il s'agit du B. tuberculeux humain qui, en culture homogène, donne, après quatre ou cinq générations successives, de grandes formes en filaments (60-80 |x environ), qui se colorent mal, peuvent présenter des renflements piriformes sur leur trajet, des ramifications parfois fort longues et fort nombreuses, avec des extrémités libres renflées en massues, comme vient, avant nous, de l'obtenir, par l'action prolongée de la chaleur, M. le professeur Arloing.

C) Bactéries non modifiables. — Enfin, opposées à ces bactéries polymorphes, s'en trouvent d'autres (B. non perméables de A. Fischer), B. mon modifiables dans les sels que nous avons employés.

Ce sont le B. violaceus, B. septicus aérobie, B. myco'ides rosaceus, B. atUkracis, B. diphtérique, le Thimothée-bacille. Ce sont encore les cocci, staphylocoques. streptocoques^ tétragènes, pneumocoques^ sarcines, etc., tous particulièrement résistants aux milieux salins.

PiG. 2. — Bac. de la tuberculote humaine A,

5« génération dans Tiodure de potassium.

(formes allongées et ramiBées, formes renflées.)

Note. — Lei bacilles les plus courts figurés sont déjà proportionnellement très augmentés de dimensions par le séjour dans le milieu salin.

V. — LES SELS, AGENTS DE POLYMORPHISME. — LeUR ROLE DANS CE POLYMOR- PHISME DES BACTÉRIES.

Malgré la présence de ce dernier groupe de bactéries non modifiables, le polyphormisme apparaît donc déjà comme un phénomène fréquent chez les bactéries : Il le devient encore bien plus si on envisage le nombre et la variété des sels capables de le produire. D'autres ont indiqué le chlorure de lithium, le bichromate de potasse. Outre Piodure de potassium, dont nous avons seulement parlé jusqu'ici, nous avons pu reproduire ces variations polymorphiques avec les iodures de calcium^ de strontium, de lithium, d'ammonium, le permanganate de potasse, l'iodure de sodium, l'iodate de potassium, le bromure de potassium ; d'autres, très loins de ceux-ci, des sels organiques tels que l'urée, permettent encore de l'obtenir avec la plus grande facilité. Il conviendra toutefois aussi de reconnaître que les sels volatils, éthers-sels, les sels d'alcaloïdes, toute la série de ceux dits antiseptiques, les sucres enfin employés à des doses variables et même considérables pour la recherche de ces variations morphologiques, nous ont conduit à des constatations négatives.

Resterait à expliquer le mécanisme producteur de ces variations polymorphiques. S'agit-il d'un simple phénomène physique^ l'osmose? ou d'une action spécifique de certains sels sur les bactéries polymorphiques ? M. Gamaléia (Vracht 1894) qui semble admettre cette hypothèse^ croit que ceux de lithium et de baryum jouiraient de cette action spécifique^ dont en particulier le potassium, le sodium et le rhubidium seraient totalement dépourvus; il semble bien au contraire, d'après les résultats que nous avons indiqués plus haut, qu'ils doivent au moins la partager avec eux. Faut-il encore voir ces variations en rapport avec la complexité de structure chimique des sels? ou bien comme le résultat du phénomène normal de division des bacilles, à l'intérieur d'une gaine périphérique qu'aurait durcie et fixée le sel employé ? Nous nous contentons de rappeler tout ceci : de toutes ces hypothèses, nous n'adoptons, ni ne rejetons aucune, mais manquant encore de matériaux suffisants pour l'établir, nous réservons toute opinion à ce sujet.

Enfin n'y a-t-il point, de ces faits, des conclusions pratiques à tirer ? formes de sénescence ou formes morbides, les variations polymorphiques dans les sels, doivent être considérés comme un phénomène sinon constant, du moins très fréquent chez les bactéries ; leur cause, il est vrai, nous échappe.

Malgré leur tendance à revêtir un type assez identique (formes renflées ou filaments) dans lequel elles sembleraient pouvoir se confondre, elles ne sauraient nous faire mettre en doute l'existence d'espèces bactériennes distinctes, vers lesquelles elles reviennent d'ailleurs spontanément et dans tous les cas.

Mais bien plutôt, ce que de semblables variations de forme tendraient à prouver, c'est l'insuffisance, comme on l'a dit déjà, des caractères morphologiques seuls, quand il s'agit d'isoler une espèce bactérienne ; c'est qu'enfin, plus qu'on ne l'avait cru longtemps, il faut reconnattre une extraordinaire

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plasticité aux bactéries, comme aux autres algues, et comme à leurs voisins, les champignons inférieurs.

BIBLIOGRAPHIE

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