I. — Historique
C'est à Fraser ' que l'on doit les premières rectierches sur les propriétés chimiques et physiologiques du strophantus. Il trouva que ce médicament, à petite dose, renforce l'énergie des contractions du cœur, diminue leur fréquence et augmente la pression sanguine.
Peu de temps après, Paschkis et Zerner * conclurent avec Fraser k la diminution de la fréquence du pouls et à l'élévation de pression, tandis que Langaard', injectant de fortes doses de teinture de strophantus sous la peau, voyait tomber la pression d'une manière incessante jusqu'à l'arrivée de la mort.
Deux auteurs français, Germain Sée et Glej ^, étudièrent également les modifications du r^rthme du cœur, consécutives à l'action du médicament qui nous occupe, et conclurent de leurs recherches que ces modifications ne sont pas dues à une action du strophantus sur le bulbe ou sur les nerfs du cœur.
Presque simultanément, Delsaux* d'abord et Popper** peu de temps après, publièrent une monographie du strophantus. La question du rythme du pouls était assez longuement traitée dans ces deux travaux et, bien que ces deux auteurs eosseol employé sensiblement les mêmes méthodes d'investigations, les résultats auxquels ils aboutirent étaient contradictoires : Delsaux, confirmant les idées de Germain Sée et Gley, soutenait que le maintien des pneumogastriques n'est nullement requis pour observer le ralentissement du rythme cardiaque, tandis que Popper considé-
> Cité d'après Delsaux. Voir plus loin.
* Ibid.
* Ibid.
* Cité d'après Germain Sée, Thérapeutique physiologique du cœur, t. II. Paris, 1893.
* E. Delsaux, Note sur Vaction physiologique et sur l'action thérapeutique du StrophmUm Hispidus, Gomé-Germon. Bruxelles, 1888.
* Popper, Ueber die physiologische Wirkung des Stropbantus. (Zeitu f. Klin Meàtàn 1889. t. XVI, p. 97-127.)
ACTION DEjLA STROPHANTINE SUR LE COEUR 989
rait que la section des vagues empêche ou tout au moins atténue le ralentissement généralement observé.
Depuis cette époque de nombreux pharmacologues étudièrent surtout les propriétés vasculaires diurétiques et toxiques du strophantus, se ralliant, sans élément d'appréciation personnelle, à Tune ou l'autre des théories concernant le mécanisme des modifications du rjthme du cœur.
Tout récemment, alors que mes expériences étaient complètement achevées, Kochmann ' a publié un travail expérimental, dans lequel il constate qu'après la double vagotomie au cou, la strophantine de Merck ne ralentit plus le rythme des contractions du cœur du chien .
On voit par ce coui*t historique que les avis sont très partagés en ce qui concerne l'action du strophantus sur l'appareil modérateur du cœur. Il m'a paru intéressant de réétudier cette question, en reprenant des expériences déjà faites et en les complétant.
II. — Action de la teinture de strophantus et de la strophantine
SUR LA pression ARTÉRIELLE ET SUR LE RYTHME CARDIAQUE.
Dans ces recherches, j'ai employé soit de la teinture de strophantus au 20*, telle qu'elle nous est fournie dans nos hôpitaux, soit de la teinture au 40% préparée par Burroughs et Wellcome. Disons-le de suite, il n'y a guère, à notre avis, de différences qualitatives ou quantitatives entre ces deux produits. La strophantine cristallisée, préparée parMerck, a été utilisée dans un certain nombre de cas.
Dans cette première série d'expériences j'ai opéré sur des petits chiens anesthésiés soit uniquement par le chloroforme, soit en leur administrant en outre, une demi-heure environ avant l'expérience, de la morphine en injection sous-cutanée à raison d'un demi centigr. par kilogramme d'animal.
Une carotide était mise en rapport avec un sphjgmoscope, une artère crurale avec un manomètre à mercure inscrivant leurs tracés sur le cylindre de l'appareil enregistreur de Bering; un pneumographe de Knoll enregistrait les excursions thoraciques; l'animal soumis à l'expérience respirait librement par la bouche ou par l'intermédiaire d'une canule trachéale. Le médicament était injecté au moyen d'une seringue de Pravaz et sans interrompre la circulation dans la veine jugulaire externe, préalablement mise à nu.
Il a paru préférable de ne pas introduire dans la veine la teinture à l'état de pureté, étant donné que sa teneur en alcool peut suffire à provoquer des coagulations du sang et donner ainsi naissance à des embolies. Aussi ce produit a-t^il été dilué dans du liquide physiologique à raison d'une partie de teinture pour neuf parties de liquide physiologique. Un centimètre cube de ce mélange était habituellement injecté par kilogramme d'animal. L'alcool ainsi dilué ne peut engendrer ni modification du rythme, ni modification de la pression. C'est ce dont on peut s'assurer en injectant une dose équivalente d'alcool dilué dans les proportions qui viennent d'être indiquées.
> Kochmann, Beitrag zur Wirkung eîniger kôrper der Digitalisgnippe auf don N. vagos. {Areh. int. de Pharmaêodynam, et de Th4rap„ 1906, t XYI, p. i21-244.)
CH. LIAGRE
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Le premier effet d'une injection intraveineuse de teinture de strophantus est de produire un ralentissement très marqué du pouls. Ce phénomène se constate déjà i5 à 20 secondes après la fin de l'injection et
dure de 2 à 5 minutes. C'est le < stade de ralentissement >. Les données dassiques de pharmacodynamie nous enseignent que ce stade est accompagné d'une hausse énorme de la pression. Or. c'est, là, chose que je n'ai pas constatée. L'élévation de pression, quand elle se produit, reste très peu considérable pendant toute la durée de ce stade. Dans certains cas il y avait même une baisse de pression manifeste.
Tout comme L. Plumier* l'a observé avec la digitoxine, sous l'influence de la teinture de strophantus il se produit habituellement un passage brusque du stade de ralentissement au stade d'accélération et, à ce moment même, la pression s'élève considérablement et pour ainsi dire instantanément (fig. i).
La dose de strophantus administrée habituellement n'a été mortelle que dans environ les trois quarts de ces expériences. Lorsque le médicament tuait l'animal, la phase d'accélération du pouls et d'élévation de pression pouvait être divisée en deux parties : pendant les 6 à 10 premières minutes^ les contractions du cœur se faisaient très régulièrement, puis, pendant les 7 à 8 minutes qui précédaient la mort, le pouls devenait irrégulier, inégal; l'arrêt du cœur se produisait toujours plusieurs minutes avant l'arrêt de la respiration . Lorsque le chien supportait l'injection, le stade d'arythmie s'effaçait petit à petit, les pulsations moins accélérées redevenaient régulières, la pression descendait au niveau primitif ou même en dessous.
La strophantine cristallisée de Merck donne des résultats analogues :
Examinons d'abord les résultats de rinjection d'une forte dose de cette strophantine et vojons, par exemple ce qui s'est passé chez un chien mâle de 7 kilogr. ayant reçu 3 centigr. et demi de morphine et un peu de chloro-