I08« A. IGNAT0V8KT
ce moment à palper le rein dont Tartère est liëe^ on remarque une diminution de volume considérable. Souvent la diarrhée se produit; dans les cas graves^ le poil du dos tombe et une parésie des membres postérieurs se développe. Dans un cas (lapin fi.^ tabl. Y), au bout du second mois^ l'état de l'animal était si mauvais que la mort était imminente, et nous l'avons tné. ayant en vue d'obtenir ses organes dans Tétat de fraîcheur pour l'examen. Un si mauvais état des animaux dure de 2 à 3 semaines; 6 à 8 semaines après l'opération, ils commencent lentement à se rétablir. Tout signe de maladie disparaît peu à peu, et au bout de 2 mois à 2 mois 1/2 les animaux sont complètement guéris.
La ligature bilatérale de l'artère est suivie des mêmes phénomènes que la double néphrectomie et la ligature des uretères. Les animaux succombent 2 à 3 jours après l'opération.
A l'examen histologique, le rein à l'artère liée présente un intérêt tout particulier. Son volume, 1 mois après l'opération, est égal au tiers du rein normal. Au moyen des coupes microscopiques, on peut voir que le tissu rénal est remplacé peu à peu par le tissu conjonctif et que le rein est calcifié. Un des 2 lapins opérés que nous avons conservés pour des observations vivait encore 4 mois 1/2 après l'opération unilatérale. Il est mort d'une cause accessoire (un eczéma se développant dans ses oreilles détermina la cachexie). L'autre lapin est resté en vie plus d'un an. Grâce à l'amabilité de M. Gouget, les reins des 2 lapins ont été mis à notre disposition. Chez le premier lapin, dont l'artère avait été liée, le rein correspondant était réduit environ aux 2/5 de son volume, et était complètement pétrifié. L'infiltration calcaire consécutive à la nécrose l'avait envahi totalement, et l'avait transformé en un vrai caillou qui restait dans l'organisme comme un corps étranger inofTensif. Le rein de l'autre lapin était beaucoup plus petit que le précédent, il était réduit à l'état de moignon fibreux très dur, de consistance cartilagineuse. Nous ne savons expliquer cette différence dans les modifications de ces deux reins.
Particulièrement intéressantes au point de vue clinique sont les modifications du second rein, étudiées par Castaigne et Rathery. Nous avons fait l'examen histologique du second rein des 2 lapins tués 1 mois après la première opération. Nous n'avons pas pu y constater les lésions observées par Castaigne et Rathery. Les reins étaient normaux au point de vue histologique. Il n'existait que de l'hypertrophie compensatrice, moins prononcée qu'en cas de néphrectomie unilatérale. S'il y avait quelques légères modifications, elles pouvaient être considérées comme cadavériques.
Les modifications du sang consécutives à la ligature de l'artère rénale sont analogues à celles qu'amène la ligature de l'uretère. Un ou deux jours après l'opération, on constate de la leucocytose. Parfois prédominent les polynocléaires, parfois les lymphocytes. En même temps, le nombre des cellules basophiles augmente dans le sang.
L'alcalinité du sang immédiatement après l'opération suit la règle gênéraie, c'est-à-dire diminue. Dès la 3« semaine se développe une leucocytose secondaire, et, ici, en général, les polynucléaires prédominent au détriment des lymphocytes. Quelquefois l'alcalinité du sang diminue brusquement.
La ligature bilatérale de l'artère rénale a la même influence sur la compo-
LIGATURE DE L'ARTÈRE OU DE LA VEINK RENALES iOSt
sîtion du sang que les opérations sus-indiquées, et nous n'en parlerons pas.
Bj Ligature de la veine rénale, — Les modifications qui ont lieu dans l'organisme après la ligature de la veine rénale ont un aussi grand intérêt pratique que théorique. En clinique, on rencontre des cas analogues, lorsqu'il y a oblitération ou compression de la veine cave inférieure en aval de l'embouchure des veines rénales. Les tumeurs, les adhérences, les thrombus, déterminent des lésions analogues à nos opérations expérimentales. Le cas classique de Bartels est un des premiers exemples de ce genre. Le cas de Ghauflard (thrombose de la veine cave par inflammation de la môme veine), le cas d'oblitération incomplète de la veine rénale gauche par compression de la rate hypertrophiée décrit par Falkenheim, peuvent être considérés à un certain degré comme analogues à la ligature de la veine rénale. Les thromboses veineuses des jeune enfants épuisés sont si fréquentes que quelques auteurs les ont classées comme une forme pathologique particulière (Parrot et Hutinel, PoUak, Senator). Plusieurs des cas décrits (Nattin, Wranni, Panoff) présentent une analogie complète avec la ligature des veines rénales.
Tandis que la ligature de l'artère rénale se manifeste d'abord par une hyperémie de la couche corticale, la stase veineuse provoque la congestion de la couche médullaire (Senator, Seelig). Nous devons la description détaillée des modifications anatomiques du rein après la ligature de la veine rénale aux recherches de Buchwald et Litten, de Cornil et Brault, de Pawlicki. Deux heures après la ligature de la veine rénale, on a trouvé déjà l'altération nécrotique des canalicules, un processus de prolifération du tissu rénal, de la desquamation et calcification des epitheliums, et, plus tard, un début d'hyperplasie du tissu conjonctif.
Selon tous ces auteurs, cette opération a pour conséquence une atrophie de l'organe, avec une destruction et une disparition de l'épithélium. Cependant, les expérimentateurs italiens, Alessandrini et Giani, ne considèrent pas un rein à veine liée comme perdu pour l'organisme. Ils admettent dans ce cas, comme pour la ligature de l'artère rénale, une restitution ad integrum (Alessandrini). Une des conséquences possibles de la ligature de la veine rénale pourrait être l'hydronèphrose, d'après les observations de plusieurs auteurs, et surtout d'Anzilotti et Fabrini.
De toutes les opérations précitées, la ligature de la veine rénale est celle qui a la plus grande influence sur l'état général de l'organisme aussitôt après l'opération. Immédiatement après la ligature, le rein devient rouge foncé, gonfle, devient dur, et sa capsule se distend au maximum. Pendant 24 heures, les urines sont peu abondantes, ou même il y a une anurie complète. Les urines du premier jour sont pauvres en chlorures et en urée; en môme temps, le poids des lapins diminue de plus de 230 gr. Une autre particularité de ces urines est qu'elles conliennent une certaine quantité de sang. Il n'y a pas d'hématurie le premier jour, mais elle est toujours observée le second et les 2 ou 3 jours suivants. On ne trouve du reste de ' globules sanguins que dans les urines fraîches. Dans celles de 24 heures, les globules de sang sont détruits, et l'on n'observe que du pigment sanguin. L'intensité de l'albuminurie est en rapport avec la quantité du sang, bien que des traces d'albumine s'observent encore plusieurs jours après l'hématurie.
1038 A. IGNATOVSKT
Dane lea cas d'anurie complète, il se produit évidemment une action réflexe sur le rein opposé. Lorsqu'on observe Thématurie 24 heures seulement après l'opération, il faut croire que le premier jour le rein à la veine liée ne prodoil guère d'urine. Les urines du premier jour sont produites par le rein opposé. L'expérience 5 est particulièrement intéressante à ce sujet. Dans les premières 24 heures s'observa une anurie complète. Dans les 24 heures suivantes, il y eut une quantité notable d urine (245 gr.), presque sans albumine, avec une quantité à peu près normale d'éléments fixes, et c'est seulement le 3* jour que nous avons constaté l'hématurie. Au bout de 2 semaines et demie, la diurèse se rétablit et la quantité des chlorures et de l'urée devient normale.
On n'observe pas de phénomènes d'intoxication générale consécutivement à la ligature de la veine rénale, mais, 4 à 6 semaines après, en faisant U ligature de l'autre veine rénale, nous avons trouvé toujours le rein oppott considérablement hypertrophié.
Les phénomènes accompagnant la ligature de la seconde veine ont le même caractère qu'après la ligature de iapremière, mais ils sont plus marqués. Les animaux succombent du 2* au 3* jour aveo une anurie complète, ou bien ils éliminent seulement 20 à 30 ce. de liquide, qui contient plus de sang qoe d'urine. A Vautopsie^ on trouve le rein entièrement inûltré de sang et très volumineux. La capsule est séparée du rein par une couche de sang coagulé. Quelquefois on trouve une hémorragie même dans le tissu cellulaire du rein. Le premier rein est réduit au tiers de son volume et dur; sur la coupe, on voit des infarctus anciens à cdté du tissu rénal sclérosé. Ainsi, quelque temps après la ligature de la veine rénale, commence la dégénérescence de lorgane, et les déchets de désintégration entrent dans la circulation^ mais si lentement qu'ils n'ont pas d'iniluence notable sur les processus biologiques qui se passent dans l'organisme
L'expérience 17 (tabl. VU) occupe une place particulière. La première période post-opératoire, dans ce cas, s'est écoulée d'une façon ordinaire, mais, dans la 2* semaine, le phénomène suivant a eu lieu : les urines contenaient chaque jour des traces d'albumine, dont la quantité était tantôt plus grande, tantôt moindre. De temps à autre, la température du lapin augmentait, mais il mangeait toujours bien et son poids restait le même. Au bout du premier mois, la seconde opération a été faite. Trois jours après, le lapin a succombé. A l'autopsie^ le premier rein a été trouvé augmenté de volume. La coupe du rein a montré la présence d'une pyonéphrose. Il est évident que les microorganismes ont agi sur le rein comme sur un point de moindre résistance. Signalons aussi que les auteurs italiens ont remarqué que la ligature de la veine rénale peut déterminer une hydronéphrose.
En examinant le sang^ on constate d'abord que la ligature de la veine est souvent suivie d'une anémie. Le nombre des globules rouges et la quantité d'hémoglobine diminuent quelquefois jusqu'à 500/0. 11 est facile d'expliquer l'origine de l'anémie^ si l'on prend en considération que la conséquence de l'opération est Thématurie et quelquefois Fbémorragie dans le rein et sousla capsule. Un ou deux jours après la ligature unilatérale de la veine, la leucocytose est toujours observée. Elle ne présente rien de particulier. Pendant la période suivante jusqu'à la seconde opération, l'état du sang reste à peu près normal. Nous n'y trouvons pas cette seconde leucocytose qui représente la
conséquence caractéristique de la ligature de l'artère rénale. La survie des lapins après la deuxième opération est toujours suffisante pour le développement d'une anémie aiguë. Le nombre des globules rouges diminue rapidement et progressivement. Ainsi, chez le lapin 1, le nombre des globules rouges est tombé en trois jours de 5,785,008 à 2,800,000. La quantité d'hémoglobine diminue parallèlement. Quant à la quantité des globules blancs^ elle augmente considérablement. Quoique le chiffre total des leucocytes diminue chaque jour, ce chiffre^ comparativement à la diminution des éléments figurés du sang, est toujours considérable. La formule leucocytaire conserve son caractère distinct; le nombre des polynucléaires prédomine. Le nombre des petits leucocytes^ contrairement aux résultats des autres opérations, est dans ce cas plutôt augmenté que diminué. Mais le nombre insuffisant des expériences (5) ne permet pas une conclusion ferme.
Au point de vue de l'alcalinité du sang, on observe le phénomène ordinaire : l'opération diminue l'alcalinité. Le sang du lapin 17, à l'autopsie duquel nous avons constaté une pyonéphrose, a présenté cette particularité que le nombre des leucocytes était, pendant toute la période écoulée entre la première et la deuxième opération, surtout immédiatement avant la deuxième, supérieur à la normale. L'alcalinité du sang avant la deuxième opération était non seulement non diminuée, mais supérieure à la normale.
De la concentration de l'urine. — Dans notre introduction, nous avons déjà cité les travaux de Bottazzi et Onorato. Ces auteurs ont constaté que la concentration des urines des chiens qui avaient supporté une néphrectomie unilatérale, après leur convalescence, est 2 fois plus grande qu'avant l'opération. Cette augmentation de concentration des urines (ou l'abaissement de leur point de congélation) nous semblait peu probable théoriquement^ ainsi que d'après les chiffres de l'excrétion des chlorures. En efiet, M. Gouget a mis à notre disposition des données qui réfutent complètement les conclusions de Bottazzi.
M. Gouget a fait une série de déterminations cryoscopiques des urines chez des lapins en pleine santé : il a trouvé une moyenne de -0,80, avec des différences de -0,66 à -1^05. L'urine d'un lapin qui avait subi une néphrectomie deux mois et liemi auparavant a donné une moyenne de -0,565 (-0,33 à -0,58). Des lapins ayant subi une ligature de l'artère rénale ont donné une moyenne de 0,73 chez l'un, de -0, 536 chez l'autre. Enfin le À des urines d'un lapin deux mois et demi après la ligature unilatérale de l'uretère, a donné une moyenne de 0,605. Si nous faisons la comparaison de ces chiffres, nous pouvons en conclure que le point de congélation des urines, après ces opérations, s'élève plutôt qu'il ne s'abaisse.
Fablbad V
dei urines
Lapin non opéré
2 mois t/1
»prè« U néphrectomie.
î mois
«près la lig. de
l'art, rénale.
s mois 1,'S
après la lig. de
Tart. rénale.
i noie 1/S
après la lig. de
rarelère.
Maximum .
Minimum .
Moyenne . .
A. IGNATOVSKY