J. COURMONT ET CH. LESIEUR
curables. Il cite, outre sod observation, celles de Geffrier, Rondot, Darkschewitsch (2 cas survenus après le traitement et ne guérissant qu'après plus de 7 mois, — transition avec les cas du 5"») où les symptômes rabiques sont swvenus aprh le traitement et ont guéri.
Nous croyons que la rage peut guérir^ qu'il existe des cas de rage atténaée, surtout à la suite du traitement.
5* Enfin^ la rage chronique, c'est-à-dire la rage qui guérit, qui s'est atténuée sous l'influence du traitement, mais qui laisse des lésions chroniques, des séquelles, elles-mêmes incurables. Les accidents surviennent le plus souTeot après la fin du traitement, au moment précis où l'invasion de la rage est à redouter, alors que le traitement a eu son effet, au lieu de survenir aux premiers jours du traitement. Il n'y a pas lieu d'incriminer celui-ci et de parier de « myélites du traitement >. Voici une observation de myéliie irwh verse, passée à l'état chronique, qui nous parait démonstrative. Le malade est resté plus de 2 ans dans le service de l'un de nous; nous la donnons irk résumée.
Myélite tramsvbrsb rabiqub. — Arthur B..., 30 ans, polisseur sur métaux, entré à rhôpital Saint-Pothin, service du P' J. Courmont, salle Sainl-Jean, n* 41, le ÏS avril 1904, sorti le 10 juillet 4906. (Observation n* 1823 de la collection J. CourmoDt.)
Parents morts d'affection indéterminée ; la mère prenait des crises nerveuses. M frères ni soeurs.
Personnellement, excellente santé habituelle; tempérament nerveux, mais aucaw maladie antérieure, sauf un bubon dans l'aine gauche incisé il y a 15 mois et no petit chancre (?) sur le frein de la verge, il y a 6 mois, traité au nitrate d'argent, sans accidents consécutifs. Nie toute syphilis.
Marié depuis 8 ans; sa femme se porte bien, n'a pas eu de fausses couches: 2 enfants en bonne santé.
Il y a 2 mois, le 45 février, B... a été mordu au cou-de-pied droit (4 dents, cautérisation à Talcool) par son chien, atteint de rage furieuse constatée par l'École Télérinaire (Forme à rémission : début le 45, rémission le 19, accès furieux le â3, ab<u le 27). Traitement pastorien du 29 février au 47 mars, à l'Institut antirabiqoc de Lyon, sans incident.
Dix ou quinze jours après la fin du traitement, B... ressentit, en se leYantk matin, un mal de reins très violent, qui l'obligea toute la journée à faire un traïiil moins pénible que d'habitude. Le lendemain matin, au lever, la jambe gau<A« était faible, traînante. Le surlendemain, rétention d'urine. 2 jours plus tard, la jambe droite se prenante son tour, le malade se met définitivement au lit. Pendant 8 jours, on dut le sonder; puis la rétention des matières s'installe, en même temps <pi< la paralysie des jambes se complète.
A Ventrée (3 semaines après le début), paraplégie flasque complète : jambe inertes, pieds en extension, réflexes rotuliens abolis, sensibilité très émousséeaadessous de l'ombilic, douleurs provoquées par la recherche du signe de Lasègo^ léger œdème bimalléolaire ; pas de signes de mal de Pott; rien aux membres supérieurs. Abdomen dur et tendu, constipation avec défécations inconscientes, Tesae remontant à l'ombilic; rien aux poumons ni au cœur; pouls : 80, régulier: dan* l'urine, anneau épais d'albumine avec pus, pas de sucre; température rectale, 37*3.
Traitement : Lavages de vessie, injections intraveineuses de 0>%04 de biiodured? Hg, tous les 3 ou 4 jours, comme traitement antisyphilitique, malgré la né^tioa de la syphilis et l'absence de tout autre accident.
Le 23 avril 1904, œdème de toute la région infra-ombilicale avec hypoesthésie. ^
douleurs pendant les mouvements; large eschare trochantérienne droite. Ponction de Quincke : liquide clair, sans hjperpression, de composition normale (rares lymphocytes), de virulence nulle (inoculation dans le cerveau de lapins ; résultats négatifs), se ro-di agnostic tuberculeui négatif (P. Courmont).
Le 29 avril, douleurs plus vives dans la jambe et le pied gauche ; eschare sacrée envahissante.
Le 2î mai, les eschares sont en voie d'amélioration, mais suppurent abondamment.
Le 25 mai, accès fébriles (40*), avec vomissements. On suspend les injections intra-veineuses de biiodure.
Le 1" juin, à la suite de l'ingestion quotidienne de i gr. de sulfate de quinine, la température tombe de 40* à 38*, puis à 37" 5.
En juin et juillet, fièvre légère, attribuable aux 3 eschares; bon état général.
Fin juillet, quelques mouvements réflexes et spontanés réapparaissent dans la jambe droite. 4 eschares, dont 3 grandes comme une soucoupe.
Au commencement d'août, température oscillant autour de 37" 5, on refait 3 injections intraveineuses, puis, on donne journellement 4 pilules de Dupujtren et 4 gr. d'iodure de potassium.
Le 22 septembre, la température s'élève à 40* 7, puis décrit de grandes oscillations; en même temps : mauvais état général, coliques, céphalée. Ces accidents sont dus aux eschares. Apjrexie le 30.
Le 17 octobre, à la suite de séances quotidiennes d'électrisation faradique des membres inférieurs, la motilité s'améliore, encore limitée toutefois aux genoux ; le cou-de-pied gauche est capable de mouvements spontanés. Les réflexes tendineux sont exagérés, la sensibilité à peu près normale. Atrophie marquée des membres inférieurs. Les eschares sont en voie de cicatrisation, surtout au sacrum. Urines troubles, avec globules de pus, polynucléaires, sans cylindres (examens du 6 décembre et du 26 janvier i905j.
7 février 1905 : Pas d'accès fébrile depuis 2 mois ; les urines s'étant troublées ' il y a 3 semaines, on a donné O^^SS d'urotropine, et les urines sont redevenues claires ; le besoin de miction commence & se faire sentir, et le malade passe plusieurs jours sans avoir besoin de cathétérisme. Les plaies se cicatrisent lentement; la jambe gauche commence à se mouvoir spontanément; les pieds sont en équinisme très accentué, le droit surtout, et nécessitent l'application d'un appareil redresseur.
Le 17 juillet, on supprime définitivement l'iodure et le mercure, qui ont été donnés par intermittence.
Le 13 novembre, les eschares sont presque cicatrisées, sauf celle de la hanche droite. Contractures des 2 jambes, surtout à gauche, avec tremblements fibrillaires et pieds bots équins; bon état général.
9 mars 1906 : Urines un peu troubles. Vessie irritable (Rochel).
Le 29 mai 1906 : Amélioration considérable; depuis 2 mois, la dernière eschare est réduite aux dimensions d'une pièce de 50 centimes. Le malade peut marcher avec une canne, descendre l'escalier avec une béquille. Réflexes rotuliens exagérés, trépidation épileptolde, pieds bots équins, tremblements fibrillaires dans les membres inférieurs. Depuis 4 mois il ne reste plus dans son lit pendant le jour. De ses troubles sphinclériens, il a gardé de l'incontinence nocturne d'urine ; la pyurie persiste. On donne journellement 3 cachets de 0>',i5 de salol.
Le 10 juillet, le malade part pour l'hôpital de convalescence de Longchéne; son état général est excellent, ses eschares cicatrisées; ses urines ne sont plus troubles que par intermittences. Un mois plus tard, il est capable de reprendre son métier de nickeleur.
Le 1" octobre 1906, il se dit très bien portant, se plaint seulement de douleurs
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des jambes à l'occasion des changements de temps ; mais il peut monter un escalirf ayec son appareil en s'aidant d une canne, et il continue à travailler de son métie: En somme, il subsiste une lésion médullaire définitive, avec atrophie des 2 membres inférieurs, iremblements fibrillaires, contractures intenses, pieds bois équins.
Cette observation nous paraît démonstrative en faveur de l'existence d'uae rage chronique^ c'est-à-dire curable avec séquelles médullaires.
Nous en résumons une autre, peut-être plus discutable^ où le syndroiK clinique a été celui d'une attaque apoplectique.
Hémiplégie rabiqub (?) — Eugène C..., 23 ans, pâtissier, hôpital Saint-Pothii service du D' Ljonnet, salle Saint-Jean n* 9, du 30 novembre au 30 décembre lOOGi. du 24 février au 23 mars 1906, et hospice de Longchêne du 24 mars au -11 avriH906
Père mort de bronchite chronique à 53 ans; mère bien portante. Huit frères oa sœurs morts en bas âge d'entérite ou de fièvres éruptives ; i sœur morte à % am de fièvre typhoïde ; 3 frères ou sœurs bien portants.
Personnellement, aucune maladie antérieure; ni éthjlisme, ni syphilis, ni rtematisme, ni troubles cardio-pulmonaires. Cependant, habitus général malin jit. taille petite, presque infantile : 2 fois ajourné pour faiblesse de constitution, i ;. finalement été réformé.
Marié à 21 ans; sa femme se porte bien et n'a pas eu de fausse coucbe un enfant mort de diarrhée, un autre âgé d'un an, bien portant.
Le 22 octobre 1905, C... fut mordu au mollet droit sur son pantalon (qui futtrt versé) par un chien, reconnu enragé à l'École vétérinaire; aucune cautérisation A l'Institut antirabique de Ljon, on le soumet au traitement pastorien, du 24 octob:* au 10 novembre; aucun incident pendant toute cette période. Une autre personrn. mordue par le même chien et traitée dans les mêmes conditions, est restée indemne.
Le 22 novembre 1906, 12 jours après la fin du traitement, C..., qui rentrait sci! chez lui, après avoir conduit sa femme à la maternité de l'Hôtel-Dieu, fut pré dit-il, brusquement, dans la nuit, de coliques, avec éruption phlycténulaJre Dcàrâtre, très passagère, sur l'abdomen (?). En même temps, il tomba de son litsar le côté gauche, sans perdre connaissance, mais fut empêché de se relever seol t s'aperçut que sa vue s'était troublée ; on dut le relever, et on le porta à l'hôpital
A son entrée, on constate une hémiplégie gauche complète, atteignant la fate. avec déviation de la langue à gauche, dysarthrie et diminution des réflexes tendineux; pas de troubles sphinctériens. Hémianesthésie sensitive gauche, atteignant li face, mais ne s'étendant pas à la sensibilité thermique, ni au goût, ni à l'odorat. si & l'ouïe. Ambljopie de l'œil gauche. Rien aux viscères. Dans l'urine, ni sucre ^ albumine. Température normale.
Au bout de 15 jours de traitement bromure (on avait pensé à une origine hj*> rique probable), et après une application de pointes de feu sur la colonne, ainé> ration du côté du membre inférieur.
Le 24 février 1906, le malade marche, en fauchant, mais ne peut encore seser^ de son bras ; l'examen ophtalmologique révêle une hémianopsie bilatérale gaïKJt; (Prof. Rollet).
A sa sortie de l'hôpital (23 mars 1906), il marche bien ; la motilité du menib?' supérieur gauche reparaît et la vision s'améliore. Amélioration surtout notable «fe 15 juin au 5 juillet 1906, puis état à peu près stationnaire.
En octobre 1906, le malade est capable de faire des courses comme lélégraphistt mais traîne toujours le pied gauche; il peut mouvoir le bras assez aisément, maist^
peut se servir de sa main gauche ; ses troubles visuels l'eiposent assez fréquement & être victime, dans la rue, des chocs venant du côté gauche.
13 octobre 1906 : La paralysie faciale a disparu: l'hémianopsie bilatérale gauche persiste ; la moitié gauche du champ visuel parait supprimée ; pas de djschromatopsie, pas de troubles pupillaires,
Le membre supérieur gauche est en contracture facilement réductible, en une demi-flexion; la force musculaire est très diminuée surtout au niveau de la main; les réfleies tendineux sont exagérés; Tavant-bras et le bras sont atrophiés, diminués de volume.
Au membre inférieur gauche, les mouvements volontaires et la force musculaire sont bien conservés, mais : exagération bilatérale des réflexes rotuliens avec trépidation épileptoïde du côté gauche, et signe de Babinski en extension.
L'hypoesthésie à la piqûre ne persiste qu'au niveau du tronc, très légère. Pas de stigmates hystériques.
Pas de signes de syphilis. Depuis quelques jours, pollakiurie avec parfois incontinence d'urine : blennorrhagie il y a un mois.
Rien à l'abdomen ni aux poumons. Rien au cœur. Pouls : 76, régulier. Temporales légèrement saillantes et sinueuses. Urines normales. Pas de fièvre.
Nous résumerons nos idées sur les différentes modalités cliniques qui se rapportent à la rage humaine par le tableau suivant :
( Mortelle. — Formes variées.
Rage / Curable. — Surtout formes paralytiques.
f Chronique. — Myélite transverse, attaque apoplectique, etc. Accidents pseudo-rahiques. — Hystérie.
Aeeidents du traitement. — Surtout myélite ou polynévrite à forme de syn-
drome de Landry (passagers, curables).
Et nous conclurons avec Gamaleia : Puisque la rage peut guérir, il ne faut pas faire de traitement anesthësiant, dirigé contre la douleur, il faut 011 contraire aider le système nerveux dans la lutte et tenter de faire fonctionner aussi longtemps que possible les centres bulbaires. La guérison est peut-être quelquefois possible^ si on prolonge la vie du rabique en luttant contre les symptômes bulbaires.