Q50 J. COURMONT ET CH. LESIEUR
quelques pas en traînant les pieds. Force musculaire notablement diminuée ds deux côtés également et sensibilité subjective donnant au malade TimpressioD d» gourdissement. Sensibilité objective très diminuée au contact et à la piqûre jasqe't la ceinture. Membres supérieurs intacts. Uéilexes tendineux et cutanés diminiitt Un peu de gène de la déglutition. Les sons sont mal timbrés.
Pouls et respiration normaux. Température normale.
Les mictions se font bien. La constipation persiste.
Quatre milligr. de sulfate de strychnine en ingestion.
On suspend le traitement antirabique.
5 man. — Les phénomènes nerveux se sont accrus. La sensation d'engourdis»ment s'est généralisée aux membres supérieurs.
Le malade ne peut absolument plus se tenir debout. La sensibilité reste très diminuée, mais non abolie aux membres inférieurs et au tronc.
Les membres supérieurs commencent à perdre de leur force. La faibl^se el U maladresse sont surtout marquées au niveau des doigts. Parésie des muscles cenieaux et des muscles de la nuque.
La déglutition est encore plus troublée. La parole k haute voix est impossible et l'articulation des mots difficile. Les mouvements des lèvres et de la langue soBt gênés.
Les réflexes tendineux et cutanés persistent, quoique affaiblis.
La langue est saburrale. Le malade se plaint de sensations désagréables gustatÎTO.
Respiration un peu gênée sans dyspnée vraie. 20 respirations à la minute.
Pouls & 100-104.
La température reste normale.
La constipation persiste. Les mictions restent faciles. Pas d'albuminurie. Pas de sucre.
Strychnine : 6 milligr. à l'intérieur.
6 mars. — L'état s'est considérablement aggravé. L'impotence et la faiblesse génê^ raie sont très grandes. La force musculaire est très diminuée. Le malade mobilise un peu ses membres inférieurs et supérieurs, mais faiblement, et il ne peut leor faire exécuter aucun mouvement précis coordonné. U éprouve une grande sensatioi de lassitude. Tousses téguments, jusqu'à la face et au cr&ne, lui donnent l'impression de parchemin collé sur la peau.
Sensibilité très diminuée. Les réflexes, très diminués toujours, persistent.
La face est envahie par le processus parétique et les mouvements de la mimique se font mal. Occlusion de la bouche et des yeux incomplète. Déglutition très difûcilc; les boissons repassent par les fosses nasales ou déterminent de la toux en tombant sur le larynx et dans la trachée. L'émission des sons est impossible, le malade » parle plus qu'à voix chuchotée et sans pouvoir articuler distinctement. La langue est parés! ée.
Toujours, sensations gustatives désagréables.
Un peu de dyspnée et râles trachéaux. Il ne peut expectorer. Respiration : 32 par minute, superficielle. Rien à l'auscultation.
Pouls à 120 régulier, mais faible; à plusieurs reprises, menaces de syncopc.
Mictions normales. Pas d'albumine ni de sucre.
Pas de nouvelles selles depuis un lavement purgatif.
Température : 37* 8 le matin; 38' 2 le soir.
On donne la strychnine en injection sous-cutanée : 3 milligr. dans la journée- Injection de caféine .
7 mars. — Etat stationnaire. Il semble que le malade fasse un peu mieux effort pour chasser les mucosités.
La respiration est toujours rapide : 32, et le pouls précipité : 124. Température, 38° le matin, 38'' 4 le soir.
Smart. — Légère amélioration. La température est redescendue à peu prés & la normale : 37* 6 le matin et 37*8 le soir.
Les râles trachéaux ont diminué. Les mouvements des paupières s'exécutent mieux et l'occlusion peut se faire presque complètement. Le malade peut mouvoif UD peu la tète. Les tendances s^ncopales sont moindres. La respiration est moins rapide (28) et le pouls également (116).
9 mars. — Amélioration très grande. Les râles trachéaux ont complètement cessé. La respiration et le pouls se sont ralentis jusqu'à la normale. La sensation du masque parcheminé a disparu sur les téguments du crâne et de la face. Les muscles de la face ont repris en partie leur action. La déglutition est moins gênée, maisTétat de la niotilité et de la sensibilité est resté stationnaire sur le tronc et les membres.
On continue seulement 2 injections de 1 milligr. de sulfate de strychnine. Un lavement purgatif, pour combattre la constipation.
10 mars. — L'amélioration progresse. Le malade peut mouvoir la tète assez facilement. La mimique est revenue. La parole se fait mieux, presque & haute voix et l'articulation des mois est meilleure.
La sensibilité et la motilité reviennent aux membres supérieurs encore très faibles.
Les membres inférieurs sont dans le même état.
11 mars. — L'amélioration progrosse encore. La sensibilité et la motilité reparaissent aux membres inférieurs.
Les membres supérieurs ont recouvre une grande partie de leur activité.
12 mars. — Le malade va tout à fait mieux. La motilité et la sensibilité sont revenues partout, mais avec une grande faiblesse.
La sensation de ventre de carton persiste seule avec de la constipation.
La déglutition, la phonation, la mimique sont presque normales.
14 mars. — Amélioration progressive. Le malade se lève et peut, soutenu, marcher jusqu'à une chaise longue, puis se recoucher sans incident.
17 mars. — Le retour à l'état normal est complet; il ne reste qu'un peu de faiblesse musculaire générale.
La sensibilité abdominale réparait. '
Les selles se font spontanément.
Octobre. — Le malade, revu à plusieurs reprises depuis cette époque et encore récemment dans le début d'octobre, est en parfaite santé et n'a plus éprouvé aucun malaise.
C'est là, croyons-nous, une observation type d'un syndrome de Landry, par intoxication due au traitement.
4* La rage véritable, due au virus lui-même, mais curable, en raison du traitement, atténuée par celui-ci, ou peut-être spontanément curable dans certains cas. Nous ne possédons pas d'observation personnelle, mais on peut en trouver dans la littérature.
Dans son mémoire de 1887, Gamaleia cite des cas de rage paralytique curable (5 de Reder); Gamaleia recommande même, en prévision d'une guérison possible, de soutenir le système nerveux au lieu de le déprimer par la morphine. En 1891, Laveran cite un cas avec douleurs au niveau de la morsure, paraplégie^ dysphagie qui guérit. Ivo Novi, Bordoni Uffreduzzi, Daddi^ Zaccaria, Chmjelewsky, Skschivan admettent la guérison possible de la rage. J. Roux' admet des cas de rage atténués par le traitement et
* JoANNT Roux. Accidents nerveux chez les perscones mordues par un chien enragé et soumises aux iuoculatious pastoriennes. Province médicale^ 18^8, p. 289.