‹ Journal de physiologieChapitre 72 sur 578 · rS.tf I · texte numérisé non relu

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8* Amaim Ifart 1906 N* 2

TRAVAUX ORIGINAUX

Par M. FIL. BOTTAZZI

Protosaaur de physiologie à rUnlvenité de Naples.

I. But des regherches et historique. — On sait que le bout central des grosses veines qui débouchent dans le cœur, le cœur lui-même et les organes musculaires lisses présentent normalement des mouvements automatiques, non seulement in sUUj mais encore quand on les a séparés du corps et placés dans des conditions qui permettent leur survie. On refuse au contraire aux muscles striés (du moins à ceux des vertébrés) la faculté d'exécuter des mouvements *y s'ils ne reçoivent pas d'incitations nerveuses. Cependant RoUett et d'autres (Schiff, etc.) ont décrit des mouvements vermiculaires et relativement lents, soit dans des muscles d'insectes, observés au microscope, soit dans des muscles de mammifères. Biedermann* a observé des mouvements rythmiques spontanés dans des muscles striés, de grenouille par exemple, soumis à Taction des solutions diluées de carbonate de soude. Plus récemment Stentesson' et Henze^ ont enregistré des mouvements très lents du sariorius de la grenouille sous l'action de doses très petites de vératrine.

* LuciANi [Fiaiologia delt Uorno^ 1* ediz., 1901, t. I, p. 458) écrivait récemment : « Talora «peeialiDeiite per effetto di certi veleni, si osservano lente oscillazioni positive e nesative del tono dei detti muBColi (respiratori) che ricordano le oscillazioni del tone degli atrii del cuore descritte dal Pano. e quelle del tono dei vaai descritte dallo Scbiff e dial Traube ed Hering. Se ne ha un belr esempio nel tracciato délia flgura 226 ottenuto dal Mosso in un ooniglio awelenato con piridina. In condizioni nonnali queste oscillazioni del tono dei mnscoli respiratori mancano, ma talora si rendono visibili durante il sonno, corne mostra la fiff. 287. Queste lente oscillazioni del tono dei muscoli sono l'espressione estema di oomsiiondsnU oscillazirai deir eccitabilità (automatica e riflessa) dei centri del respiro ». 11 est clair qns, bien qu'observées dans des muscles striés, ces oscillations du tonus sont d'oriffine centrale et dues à des augmentations ou des diminutions du tonus provoquées par des impulsions venues des centres nerveux. Le phénomène est différent de celui <][ue Je me propose d'étudier; mes expériences sont, en effet, limitées à des muscles striés, isolés de l^rganisme et soustraits par conséquent à toute influence des centres nerveux.

' Voy. BiBDSRMANN. EleJctropbysiologie, Jena, 1895, p. 130 et suiv.

* C. G. Santbsson. Einiges uber die Wirkung des Glycerins und des Veratrins auf die Moskelsabstanz, etc. ( Vortrag an der Versammlung norddeutscher Naturforseber uad Aerzie au HeJsingfors^ 8 Juh 1902). — Eigenthûmliche Tonusschwankungen der Veratrincontractar beim Prosch (Cenirai. f. Physiol., 19 Juli 1902, Hen 8). — Einises ûber die WirkoBg des Glycerins und des Veratrins auf die quergestreifte Muskelsubstanz im FrwÊCh rSkêndin, Archiv f. Pbyaiol., 1803, Bd XIV, p. 1).

^ M. Hknzs. Der chemisehe Demarcationsstrom im toxikologischer Beziebung {Pflùger's Archiv, 1902, Bd XGII, p. 4M).

Journal ds phtsiol. it di pathol. o£nkr., 1906. 13

19i FIL. BOTTAZZI

J*ai voulu répéter les expériences de Santesson et celles de Henze, non plus sur des muscles de grenouille, mais sur ceux du crapaud (Bufo vulgaris) dont les fibres sont plus riches en sarcoplasma et par suite, conformément à roon hypothèse sur la contractilité du sarcoplasma', plus aptes à présenter des phénomènes toniques, des contractures durables, etc.

II. Technique expérimentale. — Je me suis servi des muscles gastrocnémien et triceps fémoral. Le muscle, aussitôt après avoir été enlevé, est suspendu par son extrémité tendineuse à un levier écrivant sur un cylindre enfumé et tournant lentement. On verse sur le muscle, maintenu dans une chambre humide à 18<^ environ, un volume déterminé d'une solution de nitrate de vératrine dans une solution de chlorure de sodium à 8 0/00 ; le poison est versé par gouttes, au moyen d*une pipette de capacité connue. Tout de suite après on inscrit le tracé mu-sculaire. Je me suis toujours assuré que la solution de chlorure de sodium ne produisait, par elle-même, aucun effet. La concentration des solutions de vératrine employées variait de 1 pour 10.000 à 1 pour 20.000. On sait que de telles solutions sont suffisantes, puisque la vératrine produit déjà ses effets spécifiques sur la substance musculaire à la dose de 1/80.000 et même de 1/100.000. Mais pour observer l'action de dilutions ainsi étendues, il faut les injecter sur l'animal vivant avant de préparer le muscle ou bien maintenir ce dernier plongé dans la solution pendant toute la durée de l'expérience. — J'ai voulu, au contraire, faire agir l'alcaloïde durant le moins de temps possible et en une seule fois, afin d'éviter les effets d*une action trop énergique du poison. Dans cette condition, chaque fois que je me suis aperçu que les effets d'un premier arrosement s'étaient dissipés, j'ai procédé à un nouvel arrosement avec un volume égal de la même solution de vératrine. •— Dans d'autres expériences, le muscle a été maintenu constamment plongé dans du liquide ae Ringer, dans lequel je versais un volume connu d!une solution de vératrine et où je faisais passer un courant d'oxygène. Le muscle lisse choisi pour ces expériences fut le muscle rétracteur du pénis du chien.

m. RÉSULTATS DES EXPERIENCES. — A) Musclôs strîés et œsophage du crapaud. — Mieux qu'une description prolixe, quelques tracés, choisis parmi le grand nombre de ceux que j'ai recueillis en plus de trente recherches effectuées en avril et mai 1905, mettront en évidence les résultats de mes expériences.

Sur la ûg. 1, la ligne inférieure représente l'inscription du temps ; les intervalles entre les traits verticaux correspondent à des minutes. Au-dessus de cette ligne s'en voit une autre, irrégulièrement ondulée et qui présente deux

Fig. 1 (Réduction photographique au 1/5 du tracé original ). — Contractions iibrillairei! et oscillations du tonus dans les muscles striés. Le tracé supérieur est celui du gastrocnémien du crapaud (Bufo vulgaris). Le tracé inférieur est celui du triceps fémoral du même animal. ~ Les deux muscles ont été soumis à Taction d'une solution de nitrate de vératrine à 1/10.000. — T. 18«. Temps 1 min.

ordres d'ondulations, des petites, plus fréquentes, et d'autres, plus amples et périodiques et sur lesquelles les premières s'inscrivent à la façon des dentelures. — C^est là la courbe que donne le triceps fémoral vératrinisé du crapaud durant la première heure de l'expérience. Les dentelures du tracé

* Fil. Bottazzi. The oscillations of the auricular tonus in the batrachian heart with a heory on the function of sarcoplasma in muscular tissues (J. of PhysioL, 1897, XXI, p. 1).

correspondent à des secousses musculaires et ressemblent à de petites contractions ; les oscillations plus amples et qui se succèdent à des intervalles un feu variables, pourraient être appelées « oscillations toniques », pour employer expression par laquelle Fano^ a désigné un phénomène apparemment semblable, qu'il a observé sur Toreillette du cœur de VEmys europœa; elles ont, en effet, Taspect d'augmentations et de diminutions successives du tonus musculaire. — Les lignes supérieures de la même fîg. 1 ne présentent point de secousses musculaires fréquentes, mais seulement des « oscillations du tonus » et ressemblent beaucoup aux tracés obtenus par Santesson. Cette partie de la courbe a été fournie par un gastrocnémien du même animal, traité par la même solution de vératrine.

Cette différence entre les deux tracés, qui consiste en ce que Tun offre des secousses rapides qui manquent dans rautre, n*est pas due & une différence

Pig. 2 (Réduction photographique au 1/5 du tracé original). — I. Triceps fémoral, traité par une solution de vératrine à 1/20.000. — II. Gastrocnémien {Bufo vulgaris), traité par une solution à 1/15.000 de nitrate de vératrine. -— T. 18» .

spécifique des muscles. En effet, les deux tracés de la fig. 2, inscrits sur le cylindre enregistreur animé de la même vitesse, ont été obtenus, l'inférieur avec un gastrocnémien, le supérieur avec un triceps d'un autre crapaud, et Ton voit que, dans ce cas, c'est le gastrocnémien qui présente de très nettes secousses musculaires (contractions rapides), tandis que le triceps n'en présente que de très petites et seulement au début.

J'ai déjà rappelé que les organes contenant des muscles lisses présentent des mouvements automatiques très visibles. L'œsophage du même crapaud dont il vient d'être question est un de ces organes.

Dans la ûf. 3 ont été réunis le tracé de rœsophage normal d'un crapaud (tt*acé supérieur) et celui d'un triceps fémoral vératrinisô du même animal. Dans les deux cas, le cylindre tournait avec une très grande lenteur. Sur le tracé œsophagien (I) se voient des contractions petites et fréquentes et d'amples oscillations du tonus ; chacune de celles-ci correspond à un nombre variable des premières. Le tracé (II) inférieur, fourni par le muscle strié sous l'influence de la vératrine, présente des oscillations régulières du tonus, sur lesquelles s'inscrivent çà et là de très petites contractions relativement plus rapides. Il y a une différence manifeste dans la durée de chacune des oscillations du tonus du triceps comparée à celle des oscillations toniques de Toesophage ; les premières sont toujours moins lentes, bien que dans la portion terminale du tracé (à droite) elles deviennent toujours moins élevées et plus lentes.

Il est peu probable que d'autres causes, en dehors de la vératrine, puissent rendre compte des mouvements du muscle strié, dans les conditions ci-dessus déterminées. Cependant, pour éliminer môme le soupçon que l'exposition à

' G. Fano. Ueber die Tonusschwankungen der Atrien des Herzens von Emys europœa [Beitr. zur Physiol., C. Ludwig gewidmet. Leipzig, 1887, p. 287).

FIL. BOTTAZZl

l'air et le lavage du muscle de temps en temps fussent des causes d'excitation, j'ai tenu à répéter les expériences en conservant le muscle constamment

Fig. 3. — I. (E. Œsophage du crapaud {Btifo vulgaris). Mouvements rythmiques spontanés et oscillations du tonus. — il. M. Ir, /. Muscle triceps fémoral du même crapaud, traité par une solution à 1/20.00) de nitrate de vératrine. Le tracé présente des oscillations du tonus plus ou moins amples et de très petits mouvements plus rapides par lesquels sont produites les dentelures de la courbe. — T. 18*. L'intervalle entre deux traits de la ligne des temps correspond à un quart d*heure.

immergé dans le liquide de Ringer, dans lequel barbotait un courant d'oxygène et où j'ajoutais, à un moment donné, la vératrine.

Les tracés de la fig. 4 démontrent que, dans ces conditions, la vératrine produit des effets identiaues à ceux qui ont été décrits. On a commencé d'inscrire le tracé supérieur (I) environ une demi-heure après que le muscle avait été soumis à l'action du poison; sur le tracé inférieur (II), on peut distinguer trois portions, toutes intéressantes. D'abord on voit, à ^uche, une ligne horizontale, ce qui prouve que le liquide de Ringer par lui-même n'exerce aucune action spécifique sur le muscle. Au point indiqué par la flèche on fait tomber dans les 200 c. c. de lic^uide de Ringer, dans lesquels se trouve plongé le muscle, O^"",! d'une solution à 1 0/0 de sulfate de vératrine; le courant d'oxygène qui traverse le liquide fournit la distribution de l'alcaloïde dans toute la masse. Aussitôt le muscle se contracte ou plutôt entre en contracture maxima, état dans le quel il reste, comme on voit, un long temps. Puis, sur le sommet de la contracture, apparaissent les mouvements automatiques connus, les secousses rapides, généralement très petites, et les oscillations très nettes du tonus. Quand l'expérience est interrompue , rien n'indique que le muscle soit prêt à se relâcher.

Le tracé de la fig. 5 est encore plus démonstratif; les deux ordres de courbe sont nettement distincts ; les secousses musculaires simples (rapides) sont si peu développées qu'il est impossible de supposer que les courbes plus amples soient dues à leur superposition et à leur fusion incomplète.

Le tracé de la fig. 6 parait encore plus intéressant ; c'est le tracé d'un gastrocnèmien de crapaud sous l'influence de la vératrine diluée dans le liquide de Ringer. La première moitié ne diffère pas beaucoup de ceux déjà décrits : on y voit des secousses musculaires rapides et des oscillations lentes du

tonus; mais les premières prédominent isur les secondes, après que l'on a ajouté an liquide une dose de vératrine plus forte que celle d'aoorp employée. Puis il arrive un moment où les secousses rapides disparaissent pour ainsi dire, pendant qu'augmentent les amples contractions toniques qui.

d*aot0d très élevées, se réduisent elles aussi. Dans cette seconde phase, comment pourrait-on parler ae superposition et de fusionnement do secousses musculaires élémentaires?

Je croie, au contraire, que la vératrine abolit d'abord les contractions rapides, puis plus tard, et après les avoir beaucoup développées, les contractions toniques. Conformément a rhypothèse que j'ai émise, on pourrait dire que la vératrine abolit d*abord Texcitabilité de la substance contractile biréfringente de la fibre musculaire et plus tard seulement celle aussi du sarcoplasme, mais après Tavoir portée au maximum.

Il faut noter que le cylindre enregistreur tourne très lentement et que chacune des contractions toniques les plus lentes dure environ 10 minutes^ et ainsi se détruit l'impression qu'éprouve à première vue l'observateur, à savoir que les contractions que j'appelle toniques seraient des contractions musculaires simples.

Je reconnais cependant qu'avec la mé-1 thode graphique que] j'ai employée on ne peut résoudre à coup sûr la question de savoir s'il y a ou non des contractions élémentaires qui s'étayent sur la courbe des contractions toniques ; il serait nécessaire de recourir à une méthode éleclrométrique pour obtenir une solution certaine. J'ai déjà commencé ces recherches et j'en communiquerai les résultats. Pour le moment, qu'il me soit permis de dire que ceux que fournit la méthode graphique usuelle ne justifient pas la sup-

Fig. 4. — Mouvements aulomatique.s du çastrocnémien du crapaud (Bufo vulgaris)^ maintenu en hquide de Hingcr oxygéné, sous Tinfluence de la vératrine.

FIL. BOTTAZZr

position que les contractionB toniques puissent être dues à la fusion des secousses élémentaires. D'ailleurs, on sait déjà que la « contraction vératrinique » d'un muscle strié, provoquée (non spontanée) par un choc d'induction, est une contraction unique prolongée, et non un tétanos.

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Si Ton veut interpréter les faits que j'ai observés, il faut se demander, en premier lieu, comment la vératrine provoque dans les muscles striés les mouvements ci-dessus décrits. On sait déjà qu'à faible dose elle augmente

Fig. 5 (Réduction protographique à 1/2 du tracé original). — Gastrocnémien de Bufo ■ ris. Mouvementg sponunés sous Tinfluence de la véraln

vulgaris.

gêné. — 9 juillet 1905. T. 25*.

vératrine. Liquide de Ringer oxy-

Texcitabilité et la contractilité de la substance musculaire, alors qu'elle diminue l'une et l'autre à dose élevée. Or, l'oii peut admettre que, dans nos cas, Taugmentation de l'excitabilité atteint un degré suffisamment élevé

pour que les stimulations minimes, inappréciables et sans effet dans les conditions ordinaires, provoquent, dans les conditions décrites, des réactions motrices, de peu d'amplitude il est vrai, mais graphiquement constatables.

C'est dans ce sens, je ne crois pas superflu de le dire, que j'appelle automatiques les mouvements observés et enregistrés.

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Fig. 6 (Réduction photographique à 1/2 du tracé original). — Gastrocnémien de crapaud. Action de la vératrine. —

T. 26*. Temps 5 min. 5 juillet 1905.

Ceux-ci ne peuvent être tenus pour des réactions immédiates à la stimulation chimique exercée par la vératrine parce que les efTets décrits sont durables; ils sont comme l'expression d'un état particulier et persistant dans lequel l'alcaloïde met la substance musculaire. Les excitations minimes, auxquelles j'ai fait allusion plus haut, peuvent être de divers ordres : il en est de

mécaniques, dues à la traction du levier qui écrit, de thermiques dérivant de la température de la chambre humide où le muscle est suspendu, il en est d'autres encore. En second lieu, il faut rechercher de quelle nature sont les deux espèces de courbes enregistrées et quel est leur déterminisme. On note que les courbes ne coexistent pas toujours. Quand le tracé les présente en même temps, on pourrait admettre que les plus amples, celles qui ont été distinguées sous le nom d' t: oscillations du tonus », sont l'expression d'une superposition et d'une fusion incomplète, croissante et décroissante, des petites courbes que j'ai considérées comme correspondant aux ébauches des contractions simples, comme étant des secousses musculaires abortives. En ce cas, les oscillations dépendraient étroitement de ces autres courbes. Mais d*abord il existe des oscillations du tonus sans secousses musculaires simples, et le tracé 1 de la figure 2 le démontre ; puis, si l'on venait à admettre une telle interprétation dans les cas où coexistent les deux sortes de courbes, il faudrait supposer que la phase de décontraction des secousses successives fût en soi assez prolongée et incomplète pour que chacune eût commencé avant que le muscle, après la secousse précédente, ait encore atteint le maximum de distension. Ce fait même implique un changement dans les propriétés fonctionnelles du muscle, changement consistant précisément en cette prolongation supposée de la phase d'expansion de chaque contraction simple, qui se résout en une tendance plus accentuée du muscle à présenter des phénomènes toniques.

Hais l'indépendance des deux espèces de courbes est, comme je l'ai dit, démontrée avec certitude par le fait que chacune peut être présentée seule, l'autre étant absente; ensuite par le fait que dans quelques cas les oscillations du tonus sont prédominantes et que les secousses musculaires simples prévalent dans d'autres.

Cela posé, doit-on admettre que les deux espèces de courbes sont une double manifestation de l'activité contractile d'une seule substance musculaire, ou bien peut-on proposer cette hypothèse qu'à la double manifestation par des contractions correspond un double substratum de matériel contractile ? Avant de répondre à cette question, il sera bon de considérer les phénomènes similaires que Ton observe dans d'autres structures contractiles.

Si Ton examine certains tracés de l'oreillette du cœur d*Emy8 europœa, on y distingue également deux espèces de courbes : les unes, plus rapides et plus fréquentes, sont les systoles auriculaires proprement dites; les autres, plus lentes et moins fréquentes, sont celles que Fano appelle <« oscillations du tonus ». Or, j*ai démontré^ que les deux sortes de courbes sont dues & deux éléments contractiles distincts : les plus rapides aux cellules striées du myocarde et les plus lentes aux cellules lisses qui se trouvent en grand nom ore dans les parois de l'oreillette de l'Emys, ainsi que je l'ai observé ^, et Rosenzweig avant moi \

* Fil. Bottazzi. Nuovc riccrcho sulle oscillazioni del lono degU atrii di Emys eur. iBollcU. McJJa R. Acead, Medica di Genova, 1904, t. XIX, n- 2).

* Fil. boTTAzzi e C. Ganfim. Ricerche islologiche sull' atrio del cuore di Emys europœa [Bolhii. délia H. Accad. Medica di Gcnova, 1904, t. XIX, n» 3).

' E. RosBNzwEiG. Beitrage zur Kennlniss der TonusschwankuDgen des Herzens von Emys europœa {Arcb,f. PliysioL, VJQSy suppl., p. 192).

FIL. BOTTAZZl

Pour en revenir aux muscles striés, il existe également dans ceux-ci des fibres musculaires de deux espèces : les troubles et minces, les claires et

grosses; par conséquent les deux espèces de courbes pourraient peutêtre se rapporter à la présence de ces deux sortes de fibres. Je ne suis pas en état de résoudre cette question.

Il existe bien des muscles striés constitués exclusivement, ou à peu près, par des fibres claires, mais il n*est pas facile d'expérimenter sur eux.

Toutefois, des expériences d'autres auteurs il résulte que les muscles blancs présentent également des phénomènes toniques très nets, par exemple la contracture vératrinique; de sorte que nous ne sommes pas absolument obligés d'admettre que les oscillations du tonus sont dues aux fibres troubles et les secousses musculaires rapides aux fibres claires. Et si l'on peut ne pas admettre cela, il ne reste alors qu'une seule possibilité, d'après laquelle les deux espèces de courbes que j'ai observées devraient être attribuées aux deux matériaux contractiles entrant dans la constitution de chaque fibre:

le sarcoplasma, les fibrilles striées. A la première substance contractile» moins différenciée, seraient dues les oscillations du tonus,, et à la seconde les secousses musculaires simples.

Les mouvements que j'ai observés sont provoqués par la vératrine ; mais j'ai déjà dit qu'ils ne doivent pas être considérés comme des réponses à des stimulations chimiques actuelles, vu qu'ils se présentent pendant un certain temps après que le muscle a été une seule fois immergé dans la solution de vératrine, ou arrosé parcelle-ci. Il s'agit donc d'un état particulier d'excitation dans lequel la vératrine met les deux substances contractiles. S'il en ^st ainsi, quelle est la raison qui pourrait empêcher d'admettre que cet état d'excitation, artificiellement produit par la vératrine, est l'état naturel du myoplasme cardiaque et celui des fibres musculaires lisses ? Il est certain que dans les muscles striés il n'existe pas de cellules nerveuses ganglionnaires et que par conséquent les mouvements sont de nature exclusivement myogène. Dans le cœur et dans les organes à musculature lisse, les éléments gaDghonnaires servent peut-être plutôt à déterminer et à entretenir dans la substance musculaire les conditions de l'excitation autochtone qu'à provoquer

Fig. 7 (Réduction photographique à 1/2 du tracé original). — M, retractor penis d'un chien jeune, de petite taUle. Mouvements automatiques très réguliers. — Liquide de Ringer réchauffé à 25*, oxygène. — Temps : 5 min. 12-13 juillet 1905.

immédiatement les contractions, ainsi que le voudraient ceux qui soutiennent la théorie neurogène des mouvements automatiques.

La question de l'automatisme musculaire du cœur et des organes à musculature lisse n'est pas encore résolue. L'écart entre myogénistes et neurogénistes est toutefois plutôt un désaccord de localisation que de déterminisme; les seconds déplacent le siège de l'automatisme et le reportent des cellules musculaires aux cellules nerveuses ganglionnaires, leur refusant toute capacité de contraction si elles ne sont pas stimulées par les impu1^;ions nerveuses (cela

dans les conditions normales). La naissance des impulsions dans les. éléments ganglionnaires constituerait leur propriété automatique.

Mes expériences démontrent toutefois que les muscles dépourvus de cellules ganglionnaires peuvent présenter des mouvements automatiques pendant plusieurs heures, après avoirsubi l'influence d'une dose minime de véra- Irine. La présence d'éléments nerveux

n'est donc pas indispensable; l'automatisme peut être provoqué dans des éléments musculaires n'en possédant normalement aucune trace; dans notre cas, c'est un alcaloïde qui, pénétrant dans les fibres musculaires, en modifie le plasma de telle sorte que celui-ci est capable d'accomplir des contractions rythmiques en dehors de toute stimulation rythmée extérieure et actuelle.

B) Muscle rétractear du pénis du chien. — En outre du cœur (oreillettes, sinus veineux, grandes veines centrales débouchant dans le sinus), en outre des préparations musculaires du tube gastro-entérique et des autres organes à fibres lisses, il est un muscle qui présente aussi des mouvements automatiques et qui a sur les autres préparations l'avantage d'être nettement iso-

Fig. 8. — M. retractor peais du chien. Rotation plus lente du cylindre enregistreur. Contraclions automatiques rythmiques régulières, formant des groupes périodiques. — Liquide de Ringer à 36*, oxygène. — 7 juillet 1906.

FIL. BOTTAZZI

lable et de rester longtemps dans un état parfait de conservation après qu*il a été séparé de ranimai ; c'est le rétracteur du pénis de plusieurs animaux,

sur lequel Sertoli ^ le premier flt des recherches, imité plus tard par de Zilwa'. Jusqu'ici il a été admis par tous ceux qui ont expérimenté sur ce m^scle qu'il est dépourvu de cellules ganglionnaires^, bien qu'il soit muni d'une innervation exquise, minutieusement décrite par Langley et Anderson*.

Les choses étant ainsi, le muscle en question constituerait la préparation musculaire idéale, la mieux adaptée pour résoudre le

Froblème tant discuté de existence de plasmas musculaires capables d'accomplir, une fois détachés du corps de Tanimal, des mouvements automatiques de longue durée, indépendamment des centres nerveux et des ganglions locaux. En effet, ce muscle, isolé et maintenu immergé dans le liquide de Ringer que ti*averse un courant d O, çeut continuer ses contractions rythmiques pendant des heures entières et des jours, les contractions se maintenant plus ou moins vigoureuses, plus ou moins fréquentes, ainsi que Ton peut s'en rendre compte on observant les fig. précédentes 7 et 8.

On remarque sur le tracé de gauche de la fig. 9 une plus grande tendance à la formation de groupes périodiques de contractions simples (inscrites sur les sommets des oscillations les plus amples). Les contractions plus rapides

Fig. 9.— A/, retractor penis du chien. Le muscle était au commencement extrêmement contracture et il n'a atteint son maximum de distension (spontanément) qu'après plus de deux heures. C'est alors qu'il a commence à accomplir des prroupes périodiques de contractions. — Liquide de Ririgcr, T. à 2G', oxygène. — 3 juillet 1905.

* E. Sertoli. Contribution à la physiol. générale des m. lisses (il. /toV. de Bioi.» 1883, 111,78).

* Lucian A. E. dk Zilwa. Some con tribu liones to the physiology of unstrialed muscle {Joura. of Physiol., 1901, L XXVII, p. 200).

* W. M. Fletchkk. Preliminary note on the motor and inhibitory nerve-endings in smooth muscle [Journ. of Physiol., 1898, t. XXII, p. 37). Cet auteur s'est servi du bleu de méthylène et a fait aussi des préparations permanentes, par la méthode de Dogiel et de licthe. Il dit : « On ne voit pas de fibres nerveuses; mais il est à noter que dans le dernier temps de la coloration beaucoup de cellules du tissu connectif à U surface du muscle se teignent ordinairement, et que, avec leurs pseudopodes longs et variqueux le pins souvent, ces cellules ne sont pas très différentes d*aspecl des « cellules nerveuses sensitives • qui ont été décrites dans les muscles lisses par P. Schultz et d'autres. » — Les muscles examinés étaient les rétracteurs du pénis du rat et du hérisson.

* J. N. Langley et H. K. Anderson, Joura. of Physiology, 1895, t. XIX, p. 88.

Apparaissent surtout nettement sur la partie descendante de chacune des courbes plus amples.

L'oreillelte du cœur de TEmys contient deux espèces d'éléments musculaires. De même, les muscles striés contiennent le plus souvent deux espèces de fibres, les troubles et les claires. Le rétracteur du pénis, d'après tes observations microscopiques faites jusqu'ici, n'est constitué que par des cellules musculaii*es lisses (striées dans le seul sens longitudinal); elles sont parfaitement parallèles, groupées en faisceaux séparés par des cloisons conjonctives dans lesquelles passent des vaisseaux sanguins et des fibres nerveuses. Il était par conséquent intéressant de rechercher si ce muscle présente, lui aussi, comme l'oreillette d'Emys, Toesophage du crapaud, les muscles striés soumis à l'action de la vératrine, des courbes de deux ordres; les unes plus fréquentes et plus rapides, les autres moins fréquentes et plus lentes.

Je ne possède encore aue deux tracés qui pourraient démontrer la présence des deux ordres de courtes, au sens que j'ai attaché à ces termes (voy. les flg. 10 et 11). Le tracé reproduit fig. 10 présente d'abord, à gauche, un groupement périodique des con trac* tiens simples.

Cet asi)ect du tracé, ainsi que

celui de la fiç.9, est Findice

d'une augmentation périodique de la fréquence des excitations autochtones, qui se manifeste parce fonctionnement périodique du muscle ; dans ces cas, comme on le voit généralement aussi avec le cœur et l'estomac del' Aplysie ', les contractions les plus fréquentes apparaissent en

haut, sur les sommets des ondulations toniques. Puis, plus à droite, dans ce même tracé de la figure 10, apparaissent deux oscillations du tonus, encore plus amples, tandis que tout le muscle (sous l'influence d'une stimulation chimique anormale sur laquelle il n'y a pas lieu d'insister) commence à entrer en contracture.

On voit dans la figure 11 des ondulations et des oscillations du tonus vraies ot propres; elles sont d'abord petites, alors que le tonus général du muscle est très élevé, puis deviennent de plus en plus grandes, dans la partie droite du tracé, là où le tonus général du muscle devient de plus en plus petit. Dans tout le tracé se voient, sur les courbes les plus amples, de petites dentelures qui correspondent évidemment à des contractions élémentaires rapides. Cela me paraît un fait de quelque importance ; il pourrait être expliqué très simplement si l'on admettait que le M. retractor penis, d'une façon analogue à ce

* Fil. Bottazzi. Recherches sur les mouvemenls de l'œsophage de « l'Aplysia depilans ». Arcb, italiennes do Biol., 1897, XXVlII,p. 81.— V. aussi lA. o/*P/ïvs/o/., 1898, XXIl, p. 481.

Fig. 10. — M. relraclor ponis du ciiicn. Liquide de Hingcr. T. 82% oxygène. — 15 juin 1905.

FIL. BOTTAZZI

Fig. 11 (Réduction photographique à 1/2 du tracé original). — M, retractor penis d'un chien jeune. Liquide de Ringer. T. 27*, oxygène. Temps : 5 min. En 4^ on a interrompu le courant d'oxygène. — 2 juillet 1905.

qui se passe pour le muscle œsophagien et pour les muscles rouges striés^ est capable d*accomplir deux espèces de contractions pouvant coexister aur un même tracé ou apparaître inaôpendamment les unes des autres ; ces contractions seraient effectuées par les deux substances contractiles dont est com- Ï»osée chaque cellule lisse, à savoir les plus rapides par les fibrilles et les plus entes par le sarcoplasma. Si Texcitation du sarcoplasma est prédominante,

on a les gran-

^ ^ des et amples

oscillations toniques de la fig. 7 et on n'y voit pas trace de dentelures; dans d'antres cas , lorsque Texcitation du sarcoplasma est moins accentuée , les dentelures peuvent se manifester et alors apparaissent au ' sommet et sur les traits descendants des courbes toniques. Il n*v a pas lieu de s*étonner du fait qu*ordinairement, et lorsque les conditions du muscle sont les plus voisines de la normale, ce sont les contractions toniques qui prévalent; on sait, en effet, que les cellules musculaires lisses sont, pour la plus grande partie, constituées par du sarcoplasma et que, par conséquent, les muscles lisses sont par excellence les instruments du tonus.

Mais cette interprétation, conforme à mon hypothèse de la contractilité du sarcoplasma, ne plait pas à de Zilwa. Il dit^ : « Dans les tracés des contractions spontanées du re tractor penis^ on peut voir que la branche ascendante de chaque contraction monte par échelons, tandis que le relâchement est de rès:le ininterrompu. L'absence de dentelures sur la ligne de relâchement va à rencontre de Inapplication de Tinterprétation de Bottazzi au cas présent. La relation entre les oetites contractions et les grandes est si étroite, que Ton doit rejeter la possioilité qu'elles soient dues à des causes différentes. »

En réalité, dans mes tracés, les contractions plus fréquentes se voient ou sur les sommets des contractions toniques (fig. 8, 12, 13), ou sur les cimes et dans les valions entre deux contractions toniques (tig. 11).

Mais voyons auelle est Texplication fournie par de Zilwa. D*après lui, il est probable << que aans les tracés souvent vus à haute température, où une succession de fines ondulations et une période de repos se continuent sur la même ligne horizontale, chaque ondulation est due à la contraction isolée d'une fibre ou d'un faisceau de fibre. Supposez que la température s'abaisse : la durée de chaque contraction se prolongera ; et si l'intervalle suivant lequel les difiérents faisceaux de fibres se contractent l'un après Tautre demeure invariable, il se produira une sommation des contractions ». Il s'ensuivrait que les contractions toniques amples et sans dentelures ne devraient être produites qu'à une température basse (par exemple à22«, selon de Zilwa). Or, tout au contraire, c'est toujours aux températures les plus élevées (26-27^) que j'ai obtenu les courbes toniques typiques, comme celle de la fig. 7 et également les courbes avec dentelures plus ou moins accentuées à leur sommet (fig. 9 et 13). Du reste, dans le travail même de de Zilwa, on voit des tracés (comme celui de la fig. 1 B) dans lesquels les dentelures sont nettes même à une température relativement assez basse (IT-IB^^), et d'autres sans dentelures, bien Qu'ils aient été pris à une température excessivement haute (fig. 3, 4, 6, etc.). .e caractère artificiel de Pexplication fournie par l'auteur est donc manifeste, et pourtant il s'estime autorisé à conclure comme suit : « Nous ne voyons aucune raison pour attribuer les grandes (tonic|ues) et les petites variations dans la longueur du muscle à l'action des parties spécifiquement dififérentes

* Luc. cit., p. 202.

de chaque fibre musculaire (théorie du sarcoplasma de Bottazzi) ; mais nous

Seasons que l'état tonique du muscle dépend de la fusion plus ou moins grande es contractions rythmiques des fibres individuelles ».

Ici encore, ce ne seront peut-être que les inscriptions photographiques avec réiéctromètre capillaire qui pourront décider la question. Pourtant je ne puis m'empécher de remarquer ce fait assez étrange que les contractions rapides (les dentelures) apparaissent exactement sur le sommet des ondulations toniques, là oil leur fusion devrait être plus complète, s'il pouvait vraiment s'agir de sommation et de fusion.

Ensuite, pour montrer comment, même dans les contractures nrovoquées artificiellement (au moyen aune brève stimulation faraaique), c'est toujours sur les plateaux qu'apparaissent les petites dentelures dont il vient d'être question, je reproduis les deux courbes de la fig. 12, écrites par un Af. retractor penU qui, immergée dans le liquide de Ringer, demeura inerte plusieurs heures consécutives après un petit nombre de contractions spontanées, bien qu'il fût toujours excitable par les stimulations extrmséques. Quand on observe cette figure, on subit rimpression que l'état de pleine excitation du matériel contractile qui fait le raccourcissement tonique énorme, provoque la contraction d'une autre substance dont l'excitabilité, par des raisons éveillée autrement.

Fig. 12 (Réduction photographique a là moitié du tracé original). — M, retractor penis du chien. Contracture provoçiuée au moyen d*une brève stimulation faradique maximale directe.

Liquide de Ringer. T. 27*, oxygène.

inconnues, était incapable d'être

Et maintenant, quant à la nature myogène ou neurogène des mouvements spontanés décrits, je ne puis parler que de ce qui résulte des recherches histologiques du professeur d'Evant ; sur ma demande, il a eu Tamabilité d'étudier les muscles rétracteurs du pénis qui avaient été employés pour mes recherches graphiques.

Auparavant je dirai un mot d'une expérience faite dans le but d'éliminer tout ganglion nerveux extrinsèaue qui éventuellement peut se trouver près de l'un ou l'autre des chefs de la longueur du M. retractor penis ou dans ses gaines conjonctives. Les tracés obtenus dans cette expérience sont ceux de la fig. 13.

iJe muscle entier d'un jeune chien ayant été extirpé avec beaucoup du tissu connectif voisin fut suspendu dans le liquide de Ringer, préalablement réchauffé à 26<*,5 et traversé par un courant d'oxygène. Tout de suite après que le muscle se fut rel&ché (en raison du traumatisme opératoire le muscle est presque toujours contracture au commencement et il demeure ainsi pendant un certain temps, qui est fort variable), il commença à accomplir les amples contractions toniques que l'on voit à gauche dans le tracé, contractions qui montrent sur leur sommet d'autres petites contractions rapides. En 1 on coupe le chef proximal, celui qui était fixé et par lequel on pouvait supposer ~u*il entrait des nerfs dans le muscle ; on en retranche une longueur d'environ

centimètre. A cause du stimulus anormal, le muscle entre fortement en contracture. Quand il s'étend de nouveau, il écrit le second groupe de contractions spontanées, qui sont moins amples et moins hautes que les premières, mais plus fréquentes ; elles portent aussi sur leurs sommets de petites contrac-

FIL. BOTTAZZl

lions rapides. En 2, On excise un autre fragment de la portion proximaie du muscle et Ton déchire toutes les gaines connectives, si bien que le muscle est complètement mis à nu, ce qui se reconnaît à la couleur rose pftle de la substance musculaire qui se voit partout. Le muscle entre de nouveau en contracture, puis se relâche et il écrit le troisième groupe de contractions «ncore plus basses et plus fréquentes que celles du second groupe et cette fois presque complètement dépour\'ues d*e contractions plus rapides sur les sommets. Puis les contractions deviennent plus rares. En 3» on enlève quelques lames connectives demeurées adhérentes à la cloison séparant les deux muscles jumeaux (j*ai jusqu'ici parlé du M, retractor penis comme d'un muscle unique ; en réalité, il est constitué par deux muscles jumeaux parallèles et symétriques, tenus ensemble par un septum conjonctif qui peut être reconnu même à l'œil nu), et on coupe un morceau du chef distal du muscle. Après une lon^e période pendant Laquelle celui-ci écrit un petit nombre de contractions irrégulières, on obtient le tracé II de la figure 13, qui

Srèsente des contractions méiocres, se suivant d'après un rythme irrègulier, mais pour une durée de plusieurs heures.

Pour conclure, je puis dire que, bien que le muscle ait été mutilé à maintes reprises, il n'a jamais manc\ué d'accomplir ses contractions rythmiques automatiques, quoique ces dernières aient réduit leur amphtude.

Si donc les contractions, que nous disons spontanées parce qu'elles ne sont pas déterminées par des causes extérieures appréciables, sont de nature neurogène, comme le muscle fut complètement dénudé et réduit à sa partie médiane, il est besoin d'admettre que le siège de l'origine des impulsions qui les déterminent se trouve dans des ganglions ou dans des cellules nerveuses éparses, nichées dans le muscle lui-même.

Les fragments de M. retractor frais ou ayant déjà travaillé dans le liouide de Ringer furent fixés dans le liquide de Bouin (solution alcoolique d'aciae picrique, additionnée d'acide acétique), puis traités par Talcool pour les libérer de 1 acide picrique en excès, déshydratés et inclus dans la paraffine. Les coupes en séries furent colorées au liquide de Boccardi (bleu de toluidine, érytrosine et acétone), puis montées en baume. On obtint aussi de bons résultats en se servant comme liquide colorant de Thèmatoxyline acide d'Ehrlich. Les tentatives de coloration vitale avec le bleu de méthylène, par contre, n'ont jamais donné de résultats satisfaisants.

Des observations comparatives faites sur diverses pièces, il résulterait, i^ qu'il existe dans le M, retractor penis du chien des cellules nerveuses qui ne sont pas confluentes, de façon à former un ou plusieurs ganglions, mais se trouvent disséminées dans la portion postérieure du muscle^làoù il confine au sphincter anal ; — 2'' ces éléments, épars dans les grands espaces connectifs interposés entre les faisceaux musculaires, se rencontrent jparticulièrement au vpisinage des vaisseaux sanj£i^uins qui parcourent longitudinalement le muscle; ^ ces éléments sont fusif ormes (fîg. 14 et 15), bipolaires ou multipo-

Fig. 13. — 3/. retractor penis da chien. Liquide de Rin^r. T. 26%5, oxygène. Temps : 5 minutes.

Explication Hans le texle.

MOUVEMENTS AUTOMATIQUES DE DIVERS MUSCLES STRjTÉS

laires ; ils ont un corps volumineux, mais appartiennent (relativement) aux cellules nerveuses de type moyen (plutôt petit) ; ils ont un protoplasma abondanty riche en Granulations de Nissl^ un noyau vésiculeux et grand (ce qui le distingue des nombreuses cellules

conjoncti vales parmi lesquelles elles se ^ ^.

trouvent placées dans les espaces men- , ^ |" '^

tionnés) et des prolongements très min- ' i

ees^ quelquefois au nombre de deux, ailleurs au nombre de 3 ou même davantage. Us ressemblent beaucoup à ceux qui se trouvent dans les parois intestinales et à ceux que Pon observe quelquefois isolés et ôpars parmi les éléments musculaires de la langue (chien, lapin).

Je n*ai pas Tintenlion d'affirmer, pour soutenir la théorie myogène, que l'existence de quelques cellules ganglionnaires disséminéesn'impliquepasnécessairement la nature neurogène des contractions musculaires enregistrées ; Je ne dirai pas qu*il est peu vraisemblable que les mêmes cellules nerveuses puissent survivre des jours entiers, vu qu'elles appartiennent à des animaux à sang chaud. Ce ne sont pas là des arguments suffisants pour trancher la question de savoir si la substance musculaire, indépendamment de tout élément nerveux cellulaire central ou péri-

Fig. 15.

phérique, peut être le siège d'excitations autochtones capables de déterminer en elle-même le processus de la contraction.

aoe

FIL. BOTTAZZI

J'sgouterai seulement, par amour de rimpartialité, que, d'après ce qui me semble résulter des observations faites, on rencontre des muscles rétracteurs qui, quoiqu'ils ne diffèrent aucunement des autres et qu*ils aient été mis dans les mêmes conditions que les autres, n'accomplissent pourtant pas les contractions automatiques, tout en étant excitables par les stimulations artificielles, et cela dès qu'ils sont séparés du corps de l'animal ; dans d'autres cas, le muscle se montre encore excitable par les stimulations électriques ou mécaniques directes, même lorsqu'il a cessé de se contracter automatiquement. Cela démontrerait une certaine indépendance entre l'excitabilité propre de la substance musculaire et la propriété d'accomplir des contractions automatiques ; cette indépendance peut, d'ailleurs, être diversement interprétée.

Enfin, j^ai pu constater que, comme le démontre la figure 16, radjonction d'une goutte de la solution mère &1 0/00 d'adrénaline Clin à 200 ce. de liquide

de Ringer dans leûuel se trouve suspendu depuis 24 n. un M. retractor penis, provoque dans celui-ci une forte contracture.

Uadrènaline agit aussi plus énergiquement, mais toujours dans le même sens, sur les muscles frais, en provoauant des contractures assez durables .

Une autre préparation surrénale qui, en Italie, se trouve dans le commerce, sous le nom de « Paragangline Vassale », produit des effets identiques.

Cette action de l'adrénaline s'accorde parfaitement avec la règle générale établie par I«angley * et Elliot*, à savoir qu'elle agit sur chaque structure musculaire à la façon de l'excitation des rameaux sympathiques qui lui sont destinés; on sait, en effet, depuis les recherches de Langley et Anderson {loc. cU.)^ que les rameaux qui font contracter le M, retractor penis proviennent précisément du sympathique.

Fig. 46. M. retractor penis du chien. Action de Fadrénaline. — Liquide de Ringer. T. 26»,5, oxygène.

* J. N. Langley. Observations on the physiol. action of extract of the suprarenal bodies, «^ of Physiol., 1901, XXVII, p. 237.

■ T. R. Elliot. The action of adrenalin, J. of Physiol., 1905, XXXII, p. 401.

Par M. L. HUGOUNENQ

(Laboratoire de Chimie biologique de la Faculté de médecine de Lyon.)

Les nouvelles mélhodes imaginées ces derniers temps pour isoler les produits provenant de Thydrolyse des substances albuminoïdes ont ouvert la voie à des recherches fécondes. Grâce à ces méthodes, ce n'est plus par des caractères empiriques qu'on distingue aujourd'hui les albumines, mais bien par la nature et la proportion des composés qui prennent naissance au cours de leur dédoublement sous Tinfluence des acides dilués et bouillants.

Sans doute, une fraction importante de la molécule échappe ainsi à un clivage régulier et subit une décomposition profonde. Néanmoins, la masse des corps cristallisables qu'on peut isoler et caractériser suffit à établir entre les diverses classes de matières albuminoïdes des différences susceptibles de servir à une classification rationnelle.

Dans celte voie, j'ai poursuivi quelques recherches, en choisissant de préférence les albumines de l'œuf, d'abord parce qu'on peut se procurer en abondance des œufs d'oiseaux ou de poissons, ensuite parce ({ue tout ce qui touche à l'œuf est de première importance, enfin parce que l'étude comparative des albumines de l'œuf avec celles du sperme dans la même espèce, aussi bien qu'avec les albumines des œufs d'espèces différentes peut offrir quelque intérêt.

J'ai suivi, pour détruire la vitelline et isoler les produits qui en dérivent, les procédés décrits par Kossel et Kutscher i, pour la séparation des acides diamines et à ces procédés j'ai combiné, avec quelques modifications, la technique indiquée par Fischer* pour extraire et séparer les monamides. Ces méthodes, classiques dans certains laboratoires allemands, sont peu connues en France ; aussi ne sera-t-on pas surpris de trouver dans ce mémoire des développements dont les biochimistes pourront faire leur profit.

Au surplus, je n'ai pas la prétention d'avoir épuisé un sujet qui est difficile et, dans la longue série d'opérations auxquelles je me suis livré, je n'ai cer tainement pas évité des erreurs, dont quelques-unes étaient inévitables : c'est ainsi que je ne publie pas sans réserves des résultats quantitatifs dont je ne me dissimule pas que plusieurs sont sujets à caution.

* K08SEL et Kutscher, Beitrâge zur KennUiiss der Eiweisskôrper [Zcitsch. /. pbysiol. Cbem, t. XXXI, p. 165).

* EiiiL F18CHBR, Ueber die Hydrolyse des Caseins durcti Salzsaûre {Zcitsch /. physiol, Cbem., 1901, t. XXXIII, p. 151).

JOUBNAL DB PHTSIOL. BT DB PATHOL. OENÉR., 1906 14

210 L. HUGOUNENQ

La vitelline a été préparée en faisant durcir dans Peau bouillante des œufs de poule frais. Le jaune est séparé, broyé et agité à plusieurs reprises à Taide d'un agitateur mécanique d'abord avec de l'éther de pétrole, puis avec de Téther ordinaire jusqu'à ce que Tévaporation de ce dissolvant n'abandonne plus de corps gras. On termine par des lavages à l'alcool. On obtient une matière blanche, un peu élastique, légèrement jaunâtre qui retient encore un peu de graisse qui ne se libère qu'à là suite d'une digestion artificielle de l'albumine. La vitelline contient, en outre, une petite quantité d'hématogène, dont la présence ne trouble pas sensiblement les résultats.

J'ai fait deux préparations de vitelline : dans la première on a mis en œuvre 88 douzaines d'oeufs, lesquels ont produit &^'fibO de jaune, 1030 gr. de vitelline et d'hématogène.

Une seconde opération, sur un poids de matière première moitié moindre, nous a donné 475 gr. de vitelline, qui ont servi à la recherche des diamines précipitâbles par l'acide phosphotungstique, le résultat de la première opération étant destiné à l'étude des acides monoamidés, lesquels ne précipitent pas ce réactif.

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