H. BECQUEREL. - PHOSPHORESCENCE PAR LE RADIUM
Ces fragments, qui deviennent instantanément lumineux, redeviennent "ipidement capables de rendre, quand on les échaulTe, une lumière lentique à celle qui est provoquée par Tétincelle électrique avec rédominance de Téclat de la bande 531-478 signalée ci-dessus.
Déjà, en 1897, M. Borgman {*) avait pu manifester avec les rayons e Turanium un effet de thermo-luminescence sur des mélanges de alfate de potasse et de sulfate de manganèse.
Je terminerai ce résumé en signalant Tindépendance entre les ffets de phosphorescence et le phénomène découvert récemment ar M. et M"® Curie, le pouvoir temporaire de rendre Tair conduc- 3ur, communiqué aux corps soumis à Tinfluence du radium.
J'ai pu vérifier" qu'un grand nombre de corps subissent cette afluence et déchargent à distance les corps électrisés; ces corps [ifluencés, placés sur une plaque photographique, soit directement 'ils ne sont pas phosphorescents, soit sur du papier noir, n'ont produit aucune action. L'effet paraît donc être différent de celui que avais signalé il y a quelques mois(^). Ces substances, lorsqu'on les chauffe, perdent leur activité.
Le sulfate double d'uranium et de potassium n'a pas paru subir ette influence. Après une exposition de plusieurs jours à l'action lu radium, il n'a pas manifesté de variation appréciable, soit dans ion pouvoir de rendre l'air conducteur, soit dans son action sur une >laque photographique.
La fluorine, soumise à l'action du radium, s'est comportée comme rès active pour rendre l'air conducteur ; on peut f^ire disparaître ;ette propriété par un lavage à l'eau, sans modifier sensiblement la )hosphorescence persistante acquise par le cristal sous l'influence lu radium.
Les faits qui viennent d'être exposés apportent de nouvelles )reuves à la réalité d'une émission continue d'énergie par les corps 'adio-actifs ; ils mettent, de plus, en évidence l'existence, dans cette émission, de radiations particulières caractérisées par leur absorption iélective, et présentant entre elles des différences du même ordre }ue les radiations lumineuses de diverses longueurs d'onde et les •ayons X secondaires de M. Sagnac.
(1) J. de Phf/s,, 3- série, t. VU, p. 671 ; 1898.
(ï) Comptes Rendus, t.CXXVIII, p. 771 ; mars 1899.
H. BECQUEREL. — MAGiNÉTISME ET CORPS RADIO- ACTIFS 1\
IHFLUENGE D'UN GHAHP MA61IÉTI0UE SUR LE RAYONNEMENT DES CORPS RADIO-ACTIFS ;
Par M. Henri BECQUEREL.
Au cours des expériences que je poursuis dans la recherche des faits qui peuvent nous éclairer sur la nature du rayonnement émis par les corps radio-actifs, j'ai eu Toccasion d'observer récemment des effets remarquables produits sur ce rayonnement lorsqu'il traverse un champ magnétique.
Dans un champ magnétique non uniforme, constitué par un puissant éleclro-aimant, j'ai observé que le rayonnement du radium s'infléchit et se concentre sur les pôles.
M. et M"* Curie, à qui je montrais quelques-unes des expériences qui vont être décrites, m'ont alors appris que MM. Stefan Meyer et Egon R. V. Schweidler venaient de publier,, trois semaines (^) auparavant, l'observation d'une action d'un champ magnétique sur les rayons du radium et du polonium, et ils m*ont communiqué la Note de ces auteurs. Ceux-ci, en étudiant dans un champ magnétique uniforme le rayonnement du radium au moyen d'un écran de platinocyanure de baryum, ont conclu de leurs expériences que, dans un plan perpendiculaire au champ, les rayons sont infléchis vraisemblablement suivant des lignes circulaires, tandis qu'il existerait dans la direction du champ des rayons qui ne sont pas déviés. Ces propriétés sont celles des rayons cathodiques. Le même phénomène avait été vu peu de temps avant par M. Giesel.
Parmi les faits que j'ai observés, sans avoir eu connaissance de ces expériences, les uns sont conformes à ceux qui ont été découverts par les auteurs allemands ; les autres apportent une contribution nouvelle à nos connaissances sur le rayonnement du radium.
Voici les expériences que j'ai réalisées avec la petite quantité de chlorure de baryum radio-actif, que je dois à l'obligeance de M. et de M»*» Curie :
Effets produits dans le sens des lignes de force, — Dans un champ magnétique formé par deux petites surfaces de fer doux, planes et circulaires, de 44 millimètres environ de diamètre, qu'un fort électro-aimant permettait d'aimanter presque à saturation, et dont la
(ï) Physikalische ZeitschiHft, n» 10, p. 113-114.
distance a varié de quelques millimètres à plusieurs cenlimètpes, suivant les expériences, j'avais disposé d'abord, près du centre d'une des surfaces polaires, la matière radio-active, déposée sur du papier et recouverte d'une mince feuille d'aluminium battu, puis contre l'autre pôle un écran fluorescent, soit de sulfate double d'uranium et de potassium, soit de platinocyanure de baryum, do blende hexagonale, de diamant, ou d'autres corps phosphorescents. Tant que l'électro-aimant n'est pas excité, la phosphorescence apparaît sous la forme d'une large tache lumineuse s'étendant bien audelà de la surface polaire en contact avec l'écran ; la lueur est assez faible lorsque les armatures sont à une distance dei centimètre environ, conformément aux expériences que j'ai publiées récemment.
FlG. 1.
Si, alors, on excite l'électro-aimant, on voit la tache lumineuse se rétrécir et devenir considérablement plus intense. La lueur dépasse à peine les contours de la pièce polaire, et il semble que tous les rayons excitateurs émanés du radium viennent aboutir sur cette surface. L'augmentation d'intensité est considérable ; elle ne présente pas de différence notable lorsqu'on change le sens de l'aimantation.
Le même phénomène se produit lorsqu'on interpose entre la matière active et la surface fluorescente des écrans de diverses