MAGNÉTISME ET COKPS RADIO-ACTIFS
et parallèle au champ, montrant que les rayons parallèles aux lignes de force ne sont pas déviés, ainsi que l'ont reconnu MM. S. Meyer et V. Schweidler. Ces rayons, rasant la plaque horizontale, ne donnent sur celle-ci aucune impression photographique.
Fio. 4.
La courbe qui limite l'impression sur la plaque verticale est Tombre, déformée par le champ, de Tintersection des plaques horizontale et verticale, qui se comportent comme des écrans partiellement opaques. La tangente à cette courbe à l'origine fait avec l'intersection des plaques, dans le sens du mouvement d'entraînement, un angle d'autant plus grand que la distance de la source à la plaque verticale est plus grande, et que le champ est plus intense.
Une préparation de carbonate de sodium, considérablement moins active que le chlorure qui a servi aux expériences précédentes, a donné des courbes identiques à celle du chlorure dans le même champ magnétique. Le rayonnement de cette préparation ne diffère donc que par son intensité et non par sa nature.
Les expériences instituées dans le but de reconnaître si le rayon-
iiement du radium était influencé par un champ électrique ont donné des résultats négatifs.
Le rayonnement du polonium préparé par M. et M"* Curie n*a manifesté, dans les conditions des expériences précédentes, et pour des champs magnétiques atteignant i 0.000 unités C. G. S., aucune déviation appréciable.
Il existe donc, dans le rayonnement des corps radio-actifs, des rayonnements de deux espèces, Tun déviabl^i l'autre insensible à un champ magnétique (*).
J'ai vérifié que le rayonnement non déviable du polonium donnait des ombres géométriques très nettes, comme, du reste, je Tavais reconnu depuis longtemps pour le rayonnement de Turanium, et ultérieurement pour celui du radium.
L'ensemble de ces faits, qui viennent s'ajouter à ceux que j'avais
observés avec luranium, ne nous fixe pas encore sur la nature de ce
rayonnement, dont la spontanéité apparente et la permanence sont
toujours un mystère d'un grand intérêt.
[A suivre,)
SUR L'ÉPAISSEUR DES GQUGHES DE PASSAGE; Par M. G. VINCENT.
On admet d'ordinaire qu'un corps solide ou liquide ne doit pas être considéré comme homogène jusqu'au voisinage immédiat de la surface qui le termine. En d'autres termes, on envisage un pareil corps comme terminé par une couche superficielle — appelée couche de passage^ — derrière laquelle la constitution du corps devient constante.
Mais le mot « constitution » est vague ; comment peut-on définir expérimentalement la couche de passage d'une façon nette? On cherchera comment varient certaines des propriétés du corps avec la profondeur; par exemple, si ce corps conduit l'électricité, on déterminera à partir de quelle distance de la surface sa conductibilité spécifique devient constante. Chaque propriété choisie fournira ainsiune épaisseur de passage, et si, pour un même corps donné, ces
(1) M. Curie vient de montrer récemment que les deux espèces de rayonnements coexistent dans le rayonnement du radium; d'autre part, M. Giesel avait observa une déviation magnétique avec une de ses préparations de polonium.
différentes épaisseurs sont identiques, on aura bien défini une véritable .couche de passage. Quoique très peu de corps et un très petit nombre de propriétés aient été jusqu'ici Tobjet d'une pareille étude, il est possible, comme on le verra plus loin, de définir les couches de passage d'une manière unique, de conclure à leur existence objective (^j, de mesurer leur épaisseur et de caractériser quelques-unes de leurs propriétés.
Dans toutes les méthodes employées, les corps choisis, liquides ou solides, ont été étudiés en couches minces afin de rendre prépondérante l'influence des couches superficielles.
Je me propose, dans ce qui va suivre, de résumer mes propres recherches sur cette question ; mais, auparavant, je vais rappeler brièvement, en manière d'historique, les travaux de Reinold et Rûcker sur les bulles de savon et ceux de Quincke sur les couches minces solides. J'aurai à me servir de leurs résultats et à les interpréter.
APBKÇU HISTORIQUE
Expériences de Reinold et Rucker. — Quand on abandonne une buUede savon, maintenue par un support, à l'intérieur d'une enceinte close saturée d'humidité afin que l.a bulle ne s'amincisse pas par évaporation mais seulement par écoulement lent du liquide, on voit, au bout de quelque temps, se former à sa partie supérieure une plage noire dont l'épaisseur est très faible et dont l'apparence s'explique comme celle de la tache centrale des anneaux de Newton en lumière réfléchie. Cette plage noire, très stable, peut persister plusieurs heures; sa tension superficielle est donp égale à celle du reste delà lame(^).
Reinold et Rucker ont remarqué que cette plage est séparée des parties colorées contiguês par un bord très net, et un examen minu^ tieux leur a montré qu'entre le noir et la première couleur visible qui le borde immédiatement, plusieurs couleurs indiquées dans Iq tableau des interférences de Newton (en particulier, toutes les nuances de gris) font absolument défaut ; on peut d'ailleurs les faire apparaître
(1) Je n'attache ici & ce mot aucun sens philosophique; je remploie dans son sensTulgaire.
('] Newton ayait déjà signalé ce phénomène et avait même constaté dans certains cas (quand Teau de savon a une certaine composition) une deuxièmeplage à l'intérieur de la première, plus noire et, par conséquent, plus mince qu'elle.
en faisant passer dans la bulle un courant électrique d'une intensité suffisante ; elles disparaissent ensuite quand on interrompt le courant. On doit donc conclure en cet endroit à une discontinuité d'épaisseur (*).
Reinold et Rucker montrent que l'ensemble de ces phénomènes est dû à ce que la tension superficielle, pour les épaisseurs qui manquent, est moindre que pour la plage noire et pour les parties colorées plus épaisses. Ainsi, la tension superficielle, constante pour toutes les épaisseurs supérieures à une certaine limite, commence à varier quand l'épaisseur de la bulle tombe au-dessous de cette valeur critique qu'ils ont trouvée comprise entre 45 fxfx et 96 [xj/. (millionièmes de millimètre).
Que représente cette valeur critique? Reinold et Rucker pensent qu'elle est en relation avec la grandeur du rayon d'activité moléculaire, relation qu'ils n'ont pas d'ailleurs fixée au juste. Nous pouvons admettre qu'elle représente la somme des épaisseurs des couches de passage qui limitent la bulle à l'intérieur et à Textérieur.
Expériences de Quincke. — Quincke, se proposant de déterminer la grandeur du rayon d'activité moléculaire de quelques substances solides, employa le procédé suivant : Sur une plaque de verre bien propre, on dépose une couche mince du corps à étudier, couche en forme de coin dont l'épaisseur au tranchant est nulle et croit à partir de là uniformément. On plonge ensuite la lame verticalement dans un liquide non susceptible de la mouiller (j'entends un liquide tel que l'angle de raccordement soit différent de zéro) ; l'angle de raccordement et, par suite, la hauteur soulevée ou déprimée, varient d'un point à l'autre de la paroi tant que l'épaisseur de la couche cunéiforme est moindre qu'une certaine limite, après quoi elle devient constante.
Opérant sur l'argent avec l'eau comme liquide, puis sur l'iodure et le sulfure d'argent avec le mercure, Quincke a trouvé que cette épaisseur limite est voisine, pour les trois corps étudiés, de 50[jl{x. Il interprète son expérience ainsi : la hauteur soulevée varie tant que l'action du verre sur le liquide se fait sentir au travers de la couche mince, mais devient constante quand Tépaisseur de celle-ci devient égale au rayon d'activité moléculaire. Celle interprétation n'est pas nécessaire, et l'on pourrait en imaginer bien d'autres, en particulier
(I) Pour plus de détails et pour tous renseignements bibliographiques, voir un article que j'ai publié dans la Revue y énérale des Sciences, numéro du 15 juin 1899.
celleTci que Tépaisseur 50 (i.(i. représente la somme des épaisseurs de passage. Nous verrons plus loin que celte dernière hypothèse est en effet la meilleure et qu'en tout cas celle de Quincke doit être rejetée, car elle suppose implicitement que les couches minces précédenteis sont homogènes dans toute leur épaisseur, ce que contredisent mes propres expériences que je vais maintenant rapporter.