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CICATRISATION DES CRISTAUX

quelque intérêt en précisant ces circonstances ou en infirmant quelque hypothèse (<).

De ce qu'une cassure irrégulière se cicatrise vite, certains auteurs ont conclu que la rugosité de la surface était pour quelque chose dans le phénomène ; cette hypothèse est inconciliable avec le fait suivant, bien connu : en modifiant la composition du bain nourrissant, on peut donner aux cristaux des faces qui ne se produisent pas dans le bain ordinaire; par exemple, aux aluns octaédriques on peut donner des faces cubiques ; or ces faces, naturelles et bien polies, disparaissent si on plonge le cristal dans le bain ordinaire, comme cela a lieu pour les cassures irrégulières. Les expériences suivantes conduisent au même résultat, mais en ajoutant quelque chose : des cristaux d'alun de chrome sont nourris pendant un certain temps à moitié plongés seulement ; la partie plongée seule se développe, et reste composée des faces ordinaires, parallèles à celles de la partie non plongée (Voir remarque 2) ; si le cristal ainsi modifié est replongé tout entier dans le bain nourrissants, la partie restée petite se développe beaucoup plus vite que Tautre ; en quelque s heures, elle est devenue aussi grosse que celle-ci, qui s'est très peu accrue, et on a de nouveau un cristal régulier ; or la croissance rapide ou cicatrisation s'est faite sur des faces naturelles et polies, qui, de plus, sont des faces ordinaires du cristal dans les conditions de Texpérience.

On peut encore opérer ainsi: Un cristal d'alun assez régulier, mais plat dans une certaine direction, est mis dans un bain nourrissant ordinaire ; on mesure de temps en temps la distance des couples de faces parallèles; on constate que l'accroissement est plus rapide perpendiculairement aux faces les plus rapprochées, que perpendiculairement aux autres : c'est une sorte de cicatrisation sur les faces ordinaires, qui fait tendre le cristal vers sa forme régulière.

Je n'ai jamais observé qu'une modification artificielle sur un élément d'un cristal ait une influence sur la forme que prend, pendant l'accroissement consécutif, l'élément symétrique (observation que Lavalle dit avoir faite) ; il est vrai que j'ai obtenu le résultat suivant : un cristal octaédrique d'alun, bien régulier, est placé dans un bain nourrissant, de manière qu'il repose sur le fond du vase par une de

(1) On pourra trouver Thistorique de la question dans : 0. Leumanx, Moleknlar Physik. W. Engelmann, Leipzig.

J, de Phys., 3* série, t. IX. (Avril 1900.) 14

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ses faces ; on mesure de temps en temps la distance des couples de faces parallèles; Taccroissement, perpendiculairement aux faces parallèles au fond, est plus lent que perpendiculairement aux autres faces, et même plus de deux fois pli;is lent, c'est-à-dire que le dépôt sur la seule face parallèle au fond qui soit libre est plus lent que sur les autres faces; mais cela provient sans doute des conditions particulières où se trouve placée cette face horizontale, et non pas de ce fait qu'elle est parallèle à une face sur laquelle on empêche artificiellement le dépôt.

Je vais résumer ce que mes expériences semblent présenter de général, sans avoir aucunement la prétention de formuler une loi : une modification artificielle ayant été apportée à la forme de la surface d'un cristal, lorsqu'on le remet dans le bain nourrissant, un travail actif s'accomplit sur la partie modifiée ; si elle était brute, elle se recouvre d'abord rapidement de facettes qui ne font pas toutes partie, en général, de la forme ordinaire aux conditions où on opère, et qui paraissent telles qu'il se reforme d'abord, sur la partie modifiée, une surface convexe entièrement composée de facettes, compatibles avec la symétrie du cristal, avec le moindre dépôt possible de matière. Puis la cicatrisation continue, il semble moins rapidement, en éliminant progressivement, parmi les facettes formées celles qui ne font pas partie de la forme ordinaire. La forme qui comprenait toutes ces facettes parait donc encore instable, mais moins que la forme primitive non entièrement limitée par des facettes naturelles.

Ce qui précède s'appuie sur le mode de cicatrisation de cristaux d'alun tronqués sur les arêtes ou les sommets de différentes façons; si on crée à la lime une face qui peut devenir naturelle, par exemple une face du cube, ou une troncature tangente sur une arête, la face artificielle devient très promptement naturelle, bien polie, dans la solution pure, mais disparaît ensuite; si on crée une face plane incompatible avec la symétrie du cristal, elle ne se transforme pas en face naturelle ; mais elle se recouvre d'un dépôt limité par les faces naturelles les plus proches formant un ensemble convexe ; ces expériences, faites sur des cristaux d'alun de chrome, ont été répétées sur des cristaux d'alun ordinaire, plongés ensuite dans une solution d'alun de chrome; on peut alors comparer nettement la masse colorée qui a produit la cicatrisation à celle très faible déposée sur les faces ordinaires ; cette dernière se manifeste par une coloration à peine sensible. •

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