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TROUBLES DE LA MIMIQUE ÉMOTIVE CBEZ LES ALIÉNÉS

Dans un précédent article * nous avons envisagé la mimique chez ies aliénés au point de vue de l'expression volontaire ou active (mimique idéalive en rapport avec la vie intellectuelle). Nous nous proposons de l'étudier maintenant au point de vue de Vexpression involontaire ou passive (mimique émotive en rapport avec la vie affective.

Nous avons dit que parmi les troubles de la mimique émotive, les uns se présentent comme de véritables troubles d'adaptation et paraissent avoir leur origine dans une perturbation des associations idéo-affectives, tandis que les autres nous apparaissent comme des troubles de fonctionnement, et reconnaissent pour cause une altération de l'appareil spécialement affecté à l'organisation de l'expression émotive {Thalamus et ses dépendances).

Dans les troubles d'adaptation, il y a incongruance entre l'expression émotive du sujet et la qualité émotionnelle de sa situation. Dans les troubles de fonctionnement, l'exécution même des mouvements mimiques se trouve altérée, soit par défaut d'inhibition, soit par défaut de dynamogénisme.

I. Troubles p.\r incongruance. — Les troubles par incongruance comprennent tous ies cas où l'expression émotive du sujet est franchement paradoxale, contradictoire, ou simplement discordante, injustifiée, par rapport ài la qualité émotionnelle de sa situation.

1. Dromard. Les troubles de*la mimique volontaire chez ies aliènes {Journal de psychologie normale et pathologique. Juillet idOG.)

s JOUHSAL DE PSYCBOLOGIE

Ces difTérentB cas ont été groupés sous le nom générique de paramimie.

pARAumiB. — Normalement toule expression mimique doit être adéquate h Tétai idéo-alTeciir qu'elle représente, c'est-à-dire qu'elle doit répondre aux caractères particuliers de l'incitation, qualitativement et quantitativement. Il n'est pas naturel, avec une émotion agréable, d'avoir une expression triste ; il n'est pas naturel non plu& de « rire aux larmes » avec une émotion médiocrement gaie ou d'esquisser un simple sourire alors qu'on est quasiment « fou de joie».

De telles manifestations ne sont pourtant pas rares che£ les aliénés. Ziehen iusisLe d'une façon toute particulière sur cette a discrépance entre les troubles intellectuels et les réactions mimiques » et il considère cette dissociation comme un des principaux caractères imprimés par la puberté à toutes les aiïeclioiis mentales qui apparaissent à cette époque de la vie. Kraepelin signale également celte ft paramimie hébéplirénique » chez la plupart des déments précoces» et il la délinit: « une absence de rapport entre l'humeur etl'aspect du visage ».

Le défaut deconcordauceeulrelelouémolionneldu délire et l'habitus extérieur du malade apporte parfois sa contribution à un certain nombre de phénomcaes qui lui sont connexes. C'est ainsi que la paramimie peut prendre un caractère stéréo -mimiijite, c'est-ii-dire quelle peut évoluer dans un cercle restreint, dont le thème ne varie guère ou ne varie jamais. Alors, non seulement les gestes et les jeux de physionomie ne sont pas adéquats aux expressions verbales qui les accompagnent, mais eucore ces gestes et ces Jeux de physionomie, comme ces expressions verbales elles-mêmes, se reproduisent d'une manière incessante et en quelque sorte stéréotypée. Ce caractère est très manifeste daos le discours des malades atteints de verOigération qui déclameut sans cesse, sur un ton pathétique et théâtral, les mêmes phrases d'une portée banale on les mêmes mots videa de sens. Or c'est précisément cette intervention d'une paramimie stéréomimique qui distingue la verbigération des catatoniques de la loquacité déclamatoire des maniaques et de la radoterie des déments.

DROMARD.— LES THOVBLES DE LA MtMJQVË EMOTIVE 3

Nous ne nous étendrons pas plus longuement sur les caractères cliniques tle la paramimic^ mais fidèle k IV.sprit de ce travail, nous chercherons & en élucider surtout la signification et le mécanisme psychologique.

Avant de pénétrer dans le cœur du sujel, nous tenons à mettre en évidence une remarque qui nous a été suggérée par l'examen minutieux d'un assez grand nombre de malades et qui a pour résultat do restreindre sensiblement le domaine apparent de la paramimie. Cette remarque cal la suivante : La préfeudtte inadaptation du tangage mtmigtte n'est souvent qu\ine inadaptation du tangage verbal.

Chez l'aliéné, aussi fiîen que chez l'homme sain, c'est toujours par Vintermédiaire du tangage que se traduisent au dehors Icsmodillca* lions de la pensée. On ne peut entrer en communication avec lui, on ne peut pénétrer dans l'intimité de son être psychique que par le langage sous ses différenles formes, c'est-h-dire à la faveur des réactions mimiques et verbales. Nous nous trouvons donc en présence de deux données et nous comparons naturellement les résultats concordanlsdccesdeuxdonnéespour nous édifier sur l'inconau que nous ne pouvons saisir. Or, quand ces deux données sont l'objet d'une dissociation, quand tes deux phénomènes objectifs de la parole et du geste sont en désaccord manifeste, nousavuns tendance h faire du discours verbal la photographie de l'état alTeclif réel et nous accusons la mimique d'une discrépance qui, au total, n'est pas démonlrée. Qui nous dit que le faux témoin est bien celui que nous pensons? Voici un sujet dont la mimique reste indifférente en présence d'une situation triste; nous ne pouvons affirmer qu'une chose, c'est qu'en présence de la même situation nous réagirions nous-mêmes plus vivement. Mais rien ne nous autorise à croire que cette indifférence mimique n'est pas l'expression parfaitement adéquate d'une indifférence affective Le seul critérium objectif que nous possédions pour affirmer que la mimique d'un malade n'est pas adéquate h son état d'&me, réside dans la constatation d'une opposition entre cette mimique et le discours verbal, en admettant que le discours verbal soit bien lui-même l'image de cet état d'âme. Or, celte dernière cooditioa n'est pas toujours réalisée, puisque certains malades sont paraphasiques et disent parfois l'inverse de ce qu'ils veulent dire. Tel malade qui nous parle de crime et d'assassinat, demeure souriant et

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ue parait nullement lerrilié, ni dans ses gestes, ni dans l'expression de sa physionomie. Esl-ce bien celle mimique qu'il faut accuser de discrépance? Ou Lieu n'esl-ce pas au contraire le discours verbal qui extériorise de travers la peaaée, tandis que ta mimique répond sincèrement à des états affectifs dont le faux témoin de la parole nous altère la teneur?

.-i pi'iori les arguments no sont pas rares qui nous permettent d'aflirmer qu'entre les deux témoins de la parole et du geste, c'est le dernier qui est de beaucoup le moins faillible, et qui demeure le plus invariablement lié aux étala d'esprit. Ces arguments, on peut les tirer à la fois de la physiologie et de la pathologie, et on peut les fortiûer de nombreuses constatations empruntées simultanément à l'évolution philugénique et outogénique.

à) Au point de vue de Vévolution généraU, il est certain que l'homme primitif a dû recueillir des sensations bien avant de les analyser par la pensée, et il est non moius certain que son attilude cl sa physionomie ont été le reflet des impressions reçues, bien avant que ces dernières eussent leur traduction conventionnelle dans un signe graphique ou verbal. Entre le langage élémentaire commun aux hommes et aux animaux qui s'expriment par gestes ou par cris, et le langage articulé, propriété de notre espèce, il y a des différences si profondes que beaucoup de psychologues ont eu peine à admettre que le second dérivât du premier. On a même opposé le langage <' naturel » au langage dit artificiel. Il y a cependant lieud'admettre l'idée qu'indiquait Lucrèce* et qui fut défendueà noire époque parl'illustre linguiste Schleicher-.Cette idée, qu'ont adoptée et soutenuecher. nous, des anthropologistes tels que Girard de Uialle \ et Zaborowsky *, peut être exprimée de la façon suivante. Le langage est. à son origine, expressif; le geste et le cri, plus tard l'interjecliou et l'onomatopée, expriment, par une sorlede réaction auLomatique du système nerveux, les sentiments que l'animal éprouve et les idées encore fort élémentaires qu'il posâcde. Le langage articulé, qui est le propre de l'homme dérive, parune série de transformations successives, de ces premiers-

l, LacrtM. Denaturarerum. Lir. V.

3, Schleicbcr. Die tleutache Sprache. 1860.

3. Girard de HialU . L^ iranformisme en UQ^utslique. {Revue êeientifique, arrU 1873. ).

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