‹ Journal de psychologie normale et pathologiqueChapitre 2 sur 161 · Zaborovski. L'on^ine du lanyage, {Paris. F. AlcânJ · texte numérisé non relu

Zaborovski. L'on^ine du lanyage, {Paris. F. AlcânJ

OROMAHlK - lES TROVDLEU DE LA MIMJQVE ÉMOTIVE 5

procédés d'expression. Ce langage n'est conventionnel qu'en apparence, et s'il nous semble arbitraire^ c'est que nous n'apercevons pas les phases à travers lesquelles le langage exprese^if s'est transformé en une langue synthétique, puis analyliiiue Cotte assertion trouve, d'ailleurs, un appui nouveau si nous passons de révolution dans le temps à l'évolulton dans l'espace. Chez les sauvages frappés d'arrêt de développement, les gestes jouent un aussi grand rôle que les mots, si bien qu'ils ne peuvent plusse comprendre dans robscuritù. Quoi qu'il eu soit^ on ne peut nier que le langage des gestes ait sur celui de la parole un droit d'aînesse qui eu fait un clément plus profondément ancr^ dans l'eBpilrce et parlant plus solide. La notion d'uniformité, tout au moins relative dans le domaine des gestes et de dissemblance flagrante dans le domaine du langage verbal vient confirmer, d'ailleurs, une telle conclusion. Les gens de différents pays, les gens d'autrefois comme ceux d'aujourd'hui, expriment leurs états d'dme, à quelques vnrîalions près, par les mêmes altitudes et les mêmes jeux du visage : on sait eu revanche combien sont variables leurs caractères graphiques et leurs langues.

fj) Des considérations analogues trouvent une application immé* diale dans i évolution individuelle. L'enfant qui ne parle pas, mani* feste déjà par sa physionomie et ses gestes le dcsir qu'il a d'un objet. Si ou tente de lui faire échec, il s'agite; il se détourne, si l'on se trompe sur le choix de la chose convoîlée. A-t-on compris ce qu'il voulait, c'est dans son altitude, c'est dans l'aspect de sou visage que nous lisons encore son bonheur. Lorsque, plus tard, ce même enfant parlera, il exprimera les mêmes choses de façon plus complexe et plus précise à la fois, parce qu'une nouvelle fonction se sera développée, parce que ses idées auront une étiquette : réliquelle dumot. Ici encore, le langage naturel de l'ioterjeclion et du geste qui n'est d'abord qu'un mode d'expression réflexe, nous apparaît comme le plus ancien et le plus solidement établi.

Ainsi, tant au point de vue onlogcnique que phitogénique, on ne peut nier que l'expression mimique soii l'expression primordiale. L'expression verbale est d'apparition plus tardive ; elle témoigne d'une difTérenciation beaucoup plus marquée ; elle répond à une étape plus avancée de l'évolution. C'est que le mot n'est plus.

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comme le geste, ioactiondc l'intcrét vital, il est foociion de l'intérêt sûdal. Sa venue ouvre une phase de relations et prélude au besoin d'analyse.

c) Des conséquences physiologique» se dégagent très naturellement des notions générales qui précèdent. D'acquisition plus ancienne que la parole et l'écriture, la mimique reste liée à son objet par une association plus profondément ancrée ; assise sur une plus longue éducation tant individuelle qn'anceslralc, ses facultés de déclanchement sont douées d'une susceptibilité plus exquise et l'on pourrait presque dire d'une fatalité plus étroite. Qu'on surprenne chez un homme un état de frayeur : on verra un mouvement de retrait modifier son attitude et son expression, bien avant qu'une parole, une exclamation même se soit^ècliappée de ses lèvres. Cette procession d'ailleurs ne concerne pas uniquement la forme passive et involontaire de la mimique; elle concerne aussi bien sa forme active et voulue. Qu'on regarde un orateur : le geste précède le mot. a Demandez dans un salon à dix personnes successivement^ ce que c'est qu'une crécelle ou quelque chose de compact, dit Grasset, toutes vous répondront en faisant le geste expressif de quelque chose qui tourne ou de quelque chose de tassé».

d) L'argument jxithologi/jue n'est pas moins probant, et c'est à lui que nous voulons en venir. Quelles que soient les relations intimes qui le relient au langage expressif dans le passé de l'espèce, le langage verbal s'est tellement dilTérencié qu'il a conquis une sorte d'autonomie. Sans doute, c'est à tort, que certains auteurs ont déUni l'aphasie « la perte du langage artificiel avec conservation du langage naturel », puisque dans certains cas le langage naturel est troublé au même titre que TartiOciel. Mais il n'en est pas moins vrai que la conservation du premier est fréquente chez les aphasiques et que c'est l'abolition ou la perturbation du langage dit artificiel, qui constitue, à proprement parler, l'aphasie. Le langage du geste se perd rarement. Les aphasios dans lesquelles ou trouve du désordre de« gestes ue sont guère fréquentes et elles sont d'une nature extrêmement complexe, dans tous les cas. Quoi qu'il en soit, nous savons que ramoésie des signes descend des noms propres aux communs, de là aux adjectifs et aux verbes, puis au langage des sentiments et aux gestes. C'est qu'en général, ce qui est de formation récente périt

DHOMARD— LES TROCBIES DE LA MtmiQVE £M0T1VE 7

tout d'abord, tandis que les formations les plus anciennes disparaissent les dernières. Nous en trouvons ici fa confirmalioa : le geste, langage des émotions, se forme avant la parole, langage des idées; or, il subsiste après elle, il résiste plus qu*elle. dans la plupart des états morbides.

Ainsi peut-on dire à priori et en vertu d'arguments multiples que le langage du geste est un mode d'extériorisation plus solide et plus stable que celui du verbe, et qu'il doit constituer par suite un véritable ultimum 7tio7'ien$ en matière d'expression.

Hais sortons du domaine théorique pour exposer brièvemenl quelques faits tendant & faire la preuve de oe que nous avancions tout à l'heure, à savoir que nous prenons parfois pour de \aparamimie ce qui n*est autre chose que de la paraphasic.

L*«xemple le plus simple que nous puissions prendre est celui de U"" C... que nous avons eu l'occasion d'examiner à t'iufirmerie spe'eiale du Dépùt, It s'agit d'une femme âgée de soiianle-^inq ans et atteinte de ramollissement cérébral avec déOcience intellectuelle. Comme nous lui demandons si elle a des enfants, elle nous répond :

«J'en ai cinq .... oui..... tous les cinq c'e&l parfait » Mais ce

disant, elle fond en larmes eu ébauchant des gestes désespérés. Nous croyons d'abord à une perversion de l'expression mimique, mais nous apprenons dans la suite qu'elle a perdu cinq enfants et qu'en disant «c'est parfait n elle n voulu dire a c'est a0'reux». Comme elle réclame sa sortie nous lui demandons s'il lui conviendrait de partir le jour

même m Non non non ■, répoud-elle avec insistance ; mais

un signe affirmatif de la tête accompagne ces mots et la joie rayonne sur sou visage. Quelques traits du même genre suffiraient à prouver que l'inadaptation du geste n'est qu'apparente chez cette malade : c'est le verbe qui est en défaut et sort avec maladresse la pensée.

L'exemple de M°" B. . . , une démente précoce, que nous avons connue dans le service du D' Sérieux n'est pas moins probant. £n maintes circonstances, cette malade a préseuté toutes les apparences d'une paramimique et eu analysant les phénomènes de plus près nous nous sommes aperçus que l'élémenl-lémoin, c'est-à-dire le langage verbal était seul responsable des contradictions bizarres que nous voulions imputer au geste. Une fois M*"' B... vint à nous, le regard courroucé et les poings fermés: a Tu esmoalils, nous dit-elle, et Je te

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vénère n. Sa mimique sigtiifiail à ne pas s'y tromper : « tu es mon bourreau, et je le haïs ». Or, nous eûmes la preuve immédiate que dans celte opposittou paradoxale entre le sentiment qu*exprimait la phrase et celui que rendait la physionomie, le second était le vrai. La malade nous heurta presque aussitdl avec violence et entra dans une indicible colère. Un autre jonr^ M"' D... savourait avec un plaisir non dissimulé quelques Friandises. Elle nous appela auprès d'elle:

« Prince! Venez goûter c'est délicieusement mauvais!». Les

troubles du langage chez celle malade ont été d'ailleurs soulignés par M. Masselon qui en donne l'observation au cours de sa thèse. En voici un exemple. Comme elle se plaint d'aller k la douche, elle s'exprime en disant : « finirpar une eau bouillante, vous croyez que c'est mal ? On m*a lancé un tuyau dans l'œil. » Il est évident qu'ici le mot mal a été employé pour le mot bien, le mot tuyau pour le mot jei d'eau. En réalité la malade ne peut pas dire ce qu'elle veut, et elle passe presque toujours à côté de ce qu'elle désire exprimer: c'est une expression verbale voisine qui se présente ; c'est même le plus Rûuvent l'expression verbale diamétralement opposée, car les associations par contraste sont celles qui naissenl te plus facilement de l'automatisme. Ce trouble n'est d'ailleurs pas constant : reffacement de la représentation verbale appropriée est ici momentané et variable et cette jargonaphasie par cela même est bien dilTérenle de celte qui caractérise les maladies organiques.

Quoiqu'il en soit, il ne faut pas se h&ter de conclure à la paramimie, avant de s'être assuré de l'intégrité du langage verbal.

Mais supposons que le langage verbal, comme cela a lieu le plus souvent, soit l'expression fidèle de la pensée chez un malade qui nous présente toutes les apparences d'un paramimique : il nous restera & fixer le contenu de ceiieparamimie.

En présence d'une manifestation de ce genre on peut faim une double hypothèse : ou bien les sentiments restent normaux, mais les êlats afTeclifs n'ont plus pour se manifester sous forme de mouvesnenls mimiques que des mécanismes altérés par la maladie ; ou bien il y a anomalie ou perversion primitive des sentiments mêmes qui sont à l'origine des réactions musculaires servant & l'expression de Ja mimique. En effet, ce qui est futile pour nous peut être sérieux pour l'aliéné, ou inversement ce qui est sérieux pour nous peut être

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futile pour lui. En pareil cas, il csL juste de dire qu'il ressent une émotion trop forte ou trop taiblc et qu*il exprime celte «émotion trop forte ou trop faible par une physionomie adéquate, d'une manière logique par conséquent. En d'autres termes, c'est la qualité de l'émotion qui est pathologique et non point le rapport de Témotion à l'expression.

Or, nous allons essayer de démontrer que le trouble en question n'est pas le résultat d'une dissociation entre les états psychiques et les expressions mimiques qui doivent leur être adéquates, mais bien le témoignage d'une dissociation entre les opérations intellecluellGS et les modifications afîcclivcs de l'individu.

Et tout d'abord l'indissolubilité des liens qui unissent le tangage mimtque au domaine des facultés affectives nous est soulignée par des arguments nombreux. On peut dire, en effet, que si le langage parlé et le langage écrit sont par excellence Texpression de la pensée, le langage mimique est bien l'expression de l'émotion. La parole et l'écriture sont surtout l'organe d'extériorisation des idées: celles servent la sphère de Tintelligeuce. L'attitude. le geste et les Jeux de la physionomie servent davantage la sphère effective : on y trouve la réaction spontanée de nos modilicalions émotionnelles, le miroir Gdêlc cl souvent indiscret de nos passions.

Plus encore que la parole et l'écriture la mimique nous révèle à autrui et nous extériorise au grand jour» justement parce qu'elle prend racine au plus profond de noire être physiologique, et s'unit pard'inextricables attaches â notre vie affective, à cette vie afTcclive qui préside sans cesse aux moindres manifestations de notre vie intellccluelle elle-même, àoette vie affective en laquelle se résume toute notre vie. Le mensonge demeure à couvert sous l'abri tutélaire d'un discours t-t toutes les hypocrisies sociales qu'on a coutume d'appeler cr les convenances a s'opèrent sans coup férir sous le mécanisme fallacieux de la plume et du verbe. Mais voyez cet homme qui se compose un visage pour faire croire h des dispositions d'esprit qu'il n'a pas ou pour dissimuler soigneusement une émotion quil éprouve ; il risque furt de manquer son but et il le manquera d'autant plus sûrement qu'il lui consacrera plus d'application et qu'il mettra plus de volonté consciente à l'atteindre. Tel beau diseur nous confondra le dos tourné, qui sera jugé comme un imposteur au simple aspect de son

JOVHSAl DE psrcnoLOGis

visage; tel autre éclate d'une joie fort exhubérante, mais an rictus h peine esquissé dépose sur sa bouche une imperceptible grimace et cette nuance expressive, faite de rien, nous dit que ce faux heureux vient de « rire jaune».

C'est que la langue écrite ou parlée est œuvre de combinaison^ elle mesure SCS coups et médite ses effets ; clic est tonte volonté, toute conscience. Le langage mimique, lui, est Touvrage immédiat d'une spontanéité irrénéchie ; il ntanifeste les états d'ùmc d'nnc façon fatale -, il est tout instinct. Ânssi bien pourrait-on dire que la parole et l'écriture furent données à l'homme pour lui permettre de mentir, la mimique pour le forcer à se trahir. Non seulement la mimique est la résuUante des modificatioDs émotives, mais encore l'indissolubilité qui relie l'ctTet à la cause donne à cet effet le caracLëre et ta valeur d'un ûdèle réactif. « Ton discours est inscrit sur ton front, disait Marc-.\urc!e ; je l'ai lu avant que de l'entendre. » Ecoutons aussi Edgard l'oé * : « Quand je veux savoir jusqu'à quel point quelqu'un est circonspect on slupide, jusqu'à, quel point il est bon ou méchant, quelles sont actuellement ses pensées, je compose mon visage d'après le sien et j'attends alors pour savoir quelles pensées ou quels sentiments naîtront dans mon esprit ou dans mon coeur, comme pour s'appareiller et correspondre avec ma physionomie». Maudsley ^ ne pense pas autrement quand il afûrme : ti La particulière action musculaire, n'est pas seulement l'exposant de la passion, mais bien aussi une partie essentielle d'elle-même. Exprimer par votre physionomie une émotion particulière, celle de la colère, de l'étonnement, de la malignité, et l'émotion ainsi imitée ne manquera pas de s'éveiller en vous : pendant que les traits du visage expriment une passion déterminée, il est inutile et vain de tâcher d'en éprouver une autre. »

Voilà qui nous conduit bien près de la théorie deJames^et, en fait, on peut se demander si rémotion proprement dite est primitive et si c'est elle qui détermine l'expression corporelle, ou bien si elle ne se produit pas au contraire lorsque la conscience reçoit le contre-coup

1. Edgard Poà. Laletlre volée : Histoires extraordinaires (Traduction Baudelûi'o, p. «3, 6<iil. 1993).

S. Maudsley. Vathologie de t'exprit.

3. Vt. James. La théorie de Cemotion (irad. Dumas. Paris, F. AJcan, I9U3).

unonAno.— les troihlss de la mwjqve émotive h

de celte expression môme. C*esl une opinion discutée qui a pour elle de bons argumeutn. Qu'importe d'ailleurs. Ce rjuî reste certain, c'est :iue dans toute émotion, le facteur dynnmogénique de l'expression produit à quelques degrés un surcroît de plaisir eu de peine correspondant aux nouveaux éléments conscients qu'il engendre; en d'autres lormes> Téraotion se grossit de son expression même el celte remarque vient encore h l'appui de l'iaiiisâolubilité des attaches qui relient les fonctions mimiques aux mudiûcations de rafTeclivile.

Abordant maintenant la deuxième partie de notre Ibfese, non» croyons pouvoir affirmer que certains états pathologiques déterminent une dissociation manifeste entre les sphères émotive et intellectuelle. L'étude psychologique des déments précoces telle qu'elle a été présentée par Masaelon témoigne chez ces malades d'un état de «c désagrégation u sur lequel noua nous sommr's appuyé nous-mêmes pour expliquer difTérents symptômes cliniques de cette affection. La désagrégation dont il s'agit peut aller très loin : disjoncUon entre le mot et son contenu^ disjonction entre un groupe d'impressions actuelles el le groupe des images emmagasinées qui lui correspond, etc. Mais sous sa forme la plus grossière elle tend & isoler en quelque sorte le foQClionoemeut des trois départements qui constituent les rouagesde toute notre vie mentale : afTectivité^ intellectualilé el motricité. Stransky ' a d'ailleurs développé cette idée dans un article particulièremcut intéressant. Pour lui, ce qui caractérise au point de vue psychologique le dénient précoce, c'est ce qu'il appelle « Tincoordiaation inlra-psychîque » el plus spécialement la dissociation entre le contenu des facultés noopsychiques et thymopst/chiques K Ou sait en effet que les déments précoces manifestent le plus souvent une indifTérence émotionnelle remarquable. Au début, ils sont encore capables de réagir par rapporta leurs conceptions délirantes, maïs peu à peu, le délire n'éveille plus aucune émotion el l'on conçoit qu'il puisse se produire alors une contradiction apparente entre la mimique tidèle servante de Tétat émotionnel et la parole traduisant

1. Stransky. Sur U question iln ta dàmencâ précoce (Ceniralt>. f. Sercenk. XXYII noQTcUe »*rie, t. XV, janrier 1901).

S. Soaa le nom do thymopaychie L'ouletir ombrA^so la viû sânllmentale et affective da l'individu et aoas le nom de noopsychie sa vie intellecluelle propremeal dite.

le délire. Oa voit fréquemment ces malades traduire des idées hypocondriaques ou de persécution d'un air satisfait ou tout au moins d'un air indifTérenl et complètement détaché. Le simple anéantissement de 1 activité affective ou thymopsychique, donne donc l'explication des réactions mimiques indifl'érenlc&, mais il est insuffisant ri expliquer les réactions mimiques contradictoires. Il n'explique pas par exemple comment un malade de Masselou auquel ou présente une fleur odorante esquisse une grimace de déplaisir tout eu déclarant éprouver une sensation agréable, ou comment un de nos malades, auquel nous commandons de se tenir sur une jambe, s'exclame en pleurant : « Ah ! que c'est drôle ï... ah! que c'est drùlcî »

En réalité on peut distinguer deux ordres de fait : ou bien c'est une mimique indifTèrentc accompagnant une situation qui nous semble appeler normalement une émotion plus ou moins intense; ou bien c'est une mimique plus uu moins active accompagnant une situation d'une nuance affective indifférente ou franchement opposée.

Dans le premier cas, il suffit de faire iulerveair la nution que nous exprimions tout à l'heure, à savoir que ce n'est qu'exceptiunncUcmcnt et seulement au début que les idées délirantes des déments précoces s'associent à des modilications émotionnelles adéquates, de telle sorte que rapidement le malade est indifférent ou même invariablement sttlisfail ou béat.

Dans le second cas. il faut faire inlervenirun autre élément, lequel puise d'ailleurs k la même source que Ir précèdent. On peut admettre que le sujet étant incapable d'avoir une émotion adéquate à un processus idéatîonnel, utilise sa sphcre affective à vide en quelque sorte, en cherchant â l'activer au hasard par le stimulus que produisent les mouvements d'expression. Alors une représentation quelconque ne produit plus l'émotion en raison d'un lien logique; elle cstsimplemcnt le mannequin sur lequel se drape une activité émotive arbitraire qui vit pour son propre compte sans adaptation, de même que dans un article précédent nous avons vu l'activité motrice arbitraire vivre aussi pour son prupre compte et sans adaptation chez ces mêmes malades. Cette conception explique du même coup pourquoi les pbénomèueu de « discrépance * Déportent pas seulement sur l'expreasion émolionnclle par rapport à son contenu présumé, mais sur Icsexpressions émotionnelles comparées entre ellesaux

DRO.VARD.— LES TROVBLES DE LA MIMIQUE ÊMOTIVli 13

diiTéreats temps de la durée. Par exemple, telmalade qui reste immobile etsibncieux peudaut des journées ciitîc'res dans la tristesse et rabattement du mèlaiicutique, se met n faire une grimace soudaine ou à rire d'un rire explosif.

Quoiqu'il en soit, on peut synlhéliser ce qui précède de la façon fluiv&nle. A l'état normal notre langage est '.'expression de nos pensées et notre mimique est le véritable miroir des i^tats aiïectifâ que véhiculent ces pensées. Or, chez certains malades, il y a dissociation entre l'activité idéalionnetle et l'activité alîective ; l'émotion est désagrégée de l'idée. Il en résulte que la mimique n'est plus en rapport avec te langage. Ce qu'on appelle (tparamimie » ne nousapparaitdonc pas comme le témoignage d'une discrépancc entre VexpresnonmuniqueeX racfuu7e//if/mo/?jtyc'/ii7»çqu'elle exprime, mais comme le témoignage d'une discrépance entre cette activité thymopsychique ou affective et Vaclivité noopsychiqve ou inletleclueUc qui devrait lui être normalement adéquate. Cela revient â dire que le phénomène qui nous intéresse n'est pas un trouble des iteuH iclèo-miviiqnes mais un trouble des associations idéo-affcctives^eiti nous voulons bien nous rappeler l'indissolubilité que nous avons admise entre lavie afTectivc et l'activité mimique, nous reconnaîtrons qu'en réalité, la mimique conserve ici ses attributions ou si l'on veut ses attaches mentales fondamentalement: le fait psychologique qui explique la paramimie n'est pas a proprement parler un iroxtbte psycho-mimique *

II. TnoCBi.E3 PAR DÊPAOT d'ixhibition. — A côtê dcs troubles qui ont leur origine dans une perturbation des association» idéo-affectires, il en est d'autres qui reconnaissent pour cause une altération de l'appareil spécialement afVectc à l'organisation même de l'expression émotive. Lorsque cet appareil représenté par le thalamus se trouve directement excité par une lésion irrttalive, ou mieux encore lorsqu'il a perdu ses relations corticales par une lésion destructive de sa couronne rayonnante, l'action inhibîlriee du cerveau ne peut plus

1. U est des auteurs qui donnent un sens plus large k cette expression de paramimie el font entrer sous sa rubrique un certain nombre de troubles dont nous parlerons â l'occasion de la mimique npasmodique ?t de la mimique dissociée. Mais nous croyons justement qu'il est tort utile da ne point grouper les faits d'uprés leurs attnbuls extérieurs el leur simple râleur objectire quand on se place au point de rue de ia psychologie.

U JOURNAl DE PSYCnOLOGiE

s'exercer, el de ce défaut d'inhibition résultent de véritables décharges motrices qui relèvent de Tautomatisme et se traduisent par des expressions mimiques spasmodiques toujours involontaires, sinon inconscieules.

MiuioDE âPAsuoDiocE. — On peut dire que, toutes choses égales d'ailleurs, les émotions sont exprimées d'une façon plus intense chez l'aliéné que chez l'homme sain et en cela, comme eu d'autres points, ralicné se rapproche du primitif et de l'eafant. Si, comme le fait observer Darwin, loscnfanlsel les primitifs expriment leurs émotions avec une extrême énergie, c'est par^e qu'ils réagissent exclasi" vemenl et sans correction à l'excitation actuelle. U en est de même, au fond, si Ton compare le roturier à l'homme d'une classe plus élevée dont la contrainte sociale^ plus complexe et plus étroite h la fois, représente une source d'inhibition, si bien que le geste tend à se rétrécir comme la parole Icnd à se réserver, Or cette contrainte sociale, cette influence modératrice de l'ambiance, tend à disparaître pour l'aliéné. Chez l'individu normal el maître de lui-même, les mimiques sont le plus souvent limitées par ce qu'on appelle (i le sentiment des convenances » ; elles peuvent être même totalement inhibées si te sujet a quelque intérêt à ne pas montrer ce qu'il ressent. L'aliéné au contraire, tout entier k ses idées délirantes, oublieux ou inconscient des exigences du milieu, se livre sans réserve à une mimique effrénée. Au reste, toutes les fois qu'un homme est animé par une grande passion, les phénomènes émotifs accaparent tout le domaine psychique aux dépens du travail logique de la réflexion. Les manifestations mimiques ne sont plus que des réactions automatiques extériorisant sans intermédiaire et d'une façon immédiate l'état violent de la sensibilité intérieure. Lorsqu'un homme est n fou de joie», quand il est «fou de colère », ne dit-on pas qu'u il se ne connaît plus»? Il ne se connaît plus : c'est-à-dire que l'émotion a tout pris, que l'intelligence ne mesure plus rien« que la volonté n'arrête plus aucun mode de débordement, que la conscience même est obnubilée, et que tout ce qui s'exprime sur le visage et dans les gestes de cet homme, traduit son &me sans retenue, sans entrave, sans intervention de ces innombrables interférences et de ces mille empêchements d'agir qui nous viennent d'une éducation sociale.

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Mais si le défaul Je contrôle ou d'auto-critîque tend à étai'gir, en quelque sorte les réactions extérteares che^ tout homme dont le bilan psychique se trouve déséquilibré par la passion ou la fulie, il est des cas où le trouble que nous étudions prend un véritable caractère de spéciOcitéf à ce point que certaines manifesta lions mimiqueB devieuncnl la âimple expression d'uu réllexe du thalamus qu'aucune votoulé corticale ne peut refréner. Tels sont ces accès iiivoloutaires et incoercibles de rire qui, sous l'innueuce de la moindre excitation psychique, s'emparent de certains malades et leur imposent des manifestations expressives qui ne répondent pas à une émolioa réelle.

Le rire est un phénomène physiologique qui traduit une émotion agréable: il varie d'intensité depuis le sourire jusqu'au fourtre.

he sourire ne se sépare pas seulement du rire par sou expression mimique et eu tant que modalité atténuée. 11 a'eu sépare par son mécanisme intime qui lui confère si l'on peut dire une plu:i haute dignité psychologique et l'éloigné davantage des manifestations purement physiologiques soumises aux lois fatales de l'automatisme. Le sourire n'est pas simplement un rire faible: c'est un rire qui se contient, un rire qui s'analyse et se dépense librement; c'est unrire intellectuel, ai l'on veut. Qu'on examine les causes du sourire et l'on trouvera toujours à sa source une activité mentale bien équilibrée. Le sourire est dune le propre de l'homme sain et il est particulièrement rare chez les aliénés dont la plupart uni perdu à divers degrés leurs pouvoirs d'analyse ou d'iuhibiliuu. Nous n'avons pas à nuua étendre sur la psychologie de celle manifestation expressive dont G. Dumas ^ a d'ailleurs développé tous les éléments et nous n'en parlons que pour l'opposer au fou rire qui, lui, nous intéresse particulièremeul.

Le fou rire mérite sa qualiUcaliuu au sens littéral des mots, il tient de la folie, non seulement en raison de l'intensité de ses manifestalions, de sa durée inusitée, de sa tendance à se produire indéllniment, mais en raison de ta futilité de ses motifs. C'est l'explosion convulbive, bruyante et prolongée d'une émotion sans cause apparente, souvent intempestive, ou même tout à fait contradictoire par rapport à la situation. Le fou rire est irrésistible; il se prolonge indé-

t. 0. Dumaa. Le Sourire. (Puù, F. Alcon.)

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fînimeat et ne cesse que quand arrive l'épuiseinenl. Les sUualious les plus graves et les plus palhéliques sont incapables de l'arrêter. Il n'esl pas seulement dilTèrent du rire par ses mamfeataliûQS extérieures et en tant que modalité exagérée du phénomène habituel. Il s'en distingue par son mécanisme profond qui le place aux bas échelons de la hiérarchie psycho-physiologique par opposition an sourire. Le fou rire n'est pas simplement un rire forl; c'est un rire qui ne se conlicnt pas, un rire qui ne s'analyse pas et se dépense malgré lut ; c'est un rire automatique auquel ractivité mentale paraît étrangère, car rintclligcnce ne participe guère à sa production et la volonté n'intervient pas dans sa réduction. Cela est si vrai, qu'on souffre réellement d'un fou rire comme on soutire d'une crampe et que la véritable crise par laquelle se traduit ce phénomène est loin de comporter d'une manière invariable des éléments de plaisir. En disant tout à l'heure que le sourire est le propre de V/iotnme sain, nous avons voulu* sous une forme un peu schématique, exprimer une vérité que nous croyous générale, tout en souffrant quelques restric- Uons. En disant maintenant que te fou rire estle propre de Vaîiéné, nous exprimons une autre vêrilé générale, et il est à peine besoin de dire que nous laissons encore au lecteur le soin d'en atténuer la brutalité.

Les malades atteints de lésions organiques anciennes (foyers d'hémorragie ou de ramollissement)^ présentent fréquemment des troubles plus ou moins marqués de la psycho-réflectivité cl du fou rire spasmodiqueen particulier, «llsunit souvent des*approcherd'eux,diL Dupré', pour voir immédiatement leur face rougir et se contracter, puis un rire incoercible apparaître, dont les convulsions saccadées ne cessent que par intervalles. D'autres fois ce sont des sanglots qui viennent secouer la poitrine du malade en s 'accompagnant d'une grimace expressive du visage. Il n'est pas exceptionnel non plus de constater des mélanges physionomiquespar Iransforraationa ou coïncidences, au milieu desquels on peut reconnaître des expressions intermédiaires ou contradictoires entre le faciès qui rit et le faciès qui pleure. »

Au reste, si le rire ei le pleurer spasmodiques soatles manifesta-

1. Dupr^. Ti'ailé de pathologie mentale de Gilbert Ballet, p. 1100.

DROMAHU. — LES TROrBLËH DE lA MiMlQlE É»OTn'E 17

tioos les plus coDranles des troubles dont nous parlons, ce ne sont pas les seules « J^ai observé sur un malade, dit le même auteur, un

singulier Irouble de In psychoréflecLivilé Dès qu'on lui parlait il

oommençait à présenter les marques cxtèrieuresles plusmanifcstcs de la peur (accélération du pouls et de la respiration, rougeur, tremblement}. Or interrogé ù cet égard, le malade déelaraitn'éprouver aucune émotion; il s'étonnait de ces manifestations évidentes d'une frayeur

qu'il ne ressentait pas.. Ce malade présentait, daus te domaine

de la psychoréneclivité de Pémotion de la peur, un trouble analogue À celui que présentent, dans le domaine de la psychoréflectivilé de la gaité ou de la tristesse, les malades atteints de rire et de pleurer spasmodiques* ».

La mimique spasmodique n'est pas l'apanage exclusif des lésions circoQsoriles du cerveau. Elle est loin d*étre rare au cours de lésions dissèmtnées ou diffusent. Elle a été étudiée dans la nyp/tilix cérébrah et dans la paralysie générale dont elle représente même parfois le phénomène précurseur'. Elle est fréquente chez le dément sénile, qui nous apparaît comme un pleurnicheur et dont la sensiblerie est traditionnelle.

Au reste quel que soit la nature des lésions, le symptôme do la mimique spasmodique n'est pas toujours en rapport avec le degré de déficience. Il est des cas au contraire, où l'opposition est frappante entre l'intégrité relative des facultés mentales et la perturbation profonde des expressions. « Certains sujets, présentant le syndrome qui nous intéresse, témoignent d'unie activité intellectuelle encore très évidente par leurs actes, par leur conduite journalière, par la part qu'ils prennent aux conversations, par leur conscience parfaite du milieu et du temps. Quelques-uns même, au cours d'un acct^s de rire ou de pleurer, marquent leur gène ou leur impatience par des gestes de dénégation destinés à faire comprendre que leur état d'Âme n'est nullement associé & leur expression. Ces malades en effet ue sont pas toujours des déments, ils possèdent parfois toutes leurs facultés bien qu'à première vue on puisse les eu croire pri- Téa, et ils souffrent cruellement de cette disposition au rire et au

i. Dupré. Ti-nité de paiholoffie mentale de Gilbert Ballet, p. i!Û2. t. Fcrè. Le fou rire prodroini<iue {RtvutSturol, 15 arril 1W3, p. 333. n* 7). Jonrntl de pnjchologie. S

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pleurer à l'excès dont ils sealeal proronUéoieat le ridicule ^ a D'ailleurs, il faut bien reconnaître qu'il n'est pas toujours facile de faire la part des troubles mimiques parmi les troubles de la motricité et de l'idêation, surtout si des troubles aphasiques ou dysarlhriques riennenl interposer an nouvel obstacle entre le médecin et le malade. Ainsi que le fait observer Dupré, il faut unexamen prolongé doublé d'une analyse psychologie délicate pour débrouiller un complexus, auquel participent à la fois, et l'expression de raffaiblissement iolellecluel, et les inodilicalious de la psvchuréilectivité, et les altérations spa&modiquca ou paralytiques portant sur la neuro-musculature de la face.

Si nous abandonnons le domaine des maladies organiques pour aborder celui des psyc fio-név j'ose» ^ nous sommes encore amenés à reconualtre que toutes les conditions pathologiques s'accompagnanl d'un afTaiblissemenl général des fonctions nerveuses eld'une augmentation de l'oxcitabililé, prédisposent aux expressions spasmodiques, particulièremenl au fou rire et aux crises de larmes qui sont des symptômes fréquents au cours des neuropathies. Chez les hysicri- ^wrs le rire ou le pleurer peut représcaler un prodrome de l'attaque ou t'attaque tout entière. On a signalé des épiiepti(^tif s' chez lesquels l'alLaque débutait également par un accès de rire automatique, présentant tous les caractères du rire forcé ou incoercible et dont le malade ne conservait d'ailleurs aucun souvenir. Il existe descas plus extraordinairesdans lesquels le rire et le pleurer peuvent être eu l'absence de tout autre signe, l'uuique symptùme d'une névrose ou d'une disposition névropathique aiasi que le fait observer Charcot. On connaît cette histoire d'une famille de rieurs. Uu jour à table, le père commeuc*ii rire «ans motifs; l'accès dure jusqu'au soir et se renouvelle deux fois par jour, dans ta suite. Deux ans plus tard, le même phénomène apparaît chez la plus jeune de ses Olles, puis successivement chez d'autres enfants.

Les accès de rire «ont fréquents au cours ôc$ psychoses. Ils se pro-

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