‹ Journal de psychologie normale et pathologiqueChapitre 21 sur 161 · L.-C. Herbert · texte numérisé non relu

L.-C. Herbert

46. — Les éléments mentaux des rêves, par Will.-G. Hoursb. The Journal of Philosophy Psychology and ScietUifîc Method, 23 novembre 1905, pages 650-G52.

Getarticle est le résultat d'une statistique faite par l'auteur au sujet des ^^ lémenls mentaux des rêves. Cinquante-cinq étudiantes lui ont rapporté -I-^urs rêves pendant une semaine. On se préoccupa surtout :

1* De connaître la nature de limagination des rêves et de distinguer entre ^ "■ image du rêve et l'inlerprétation de cette image.

2° Les étudiantes durent chercher autant que possible à expliquer leurs

JQVnSAL DE PSYCliOLOOIE

rêves à la lumière «le pensées ou d'ezpérieoces récentes (exleosion de l'opération des lois deTassocialion).

On a relevé ainsi 287 rêves pour une période de six nuits. Une seule personne en rapporte 12 une étudiante n'a pu en rapporteraucun, qtioiqu>lle fût certaine d'avoir rêvé au moins durant 2 nuits. Ceci prouve que la mémoire des rêves est très Taiblc pour beaucoup d individus mais peut se foritlleravecl'h&bitude de rappeler les rêves.

Le type d'images visuelles a été le plus prononcé, 63 p. 100 sur les 287 rêves.

Les images auditives sont au nombre de 26 p. iOO. Les images tactiles sont mentionnccs au nombre de 8 p. 100. Les images olfactives u'oat été mentionnées que dans 2 cas sur Jes 287 rêves relevés.

Les images gustalivesne paraissent que dans 3 cas. La température est meatiuunée dans un rêve, la scusaiiuu de fatigue dans deux et celle de douleur dans deux- Sept rêves ont un caractère purement intellecluel sans images spécifiques.

Il y -a eu des réactions émotionnelles dans plus de 1 1 p. 1 00 des cas, mais dans deux seulement elles furent agréables.

Le même rêve s'est trouvé répété dans six cas. Une étudiante afailifoi£ de suite le même rêve (récitation d'une leçon diflicile); une autre a eu le même rêve 13 nuits consécutives (alTaires de famille tjui l'absorbaient dans la journée].

Pour les 4autrescas le rêve n'a été répété qu'une fois. Parmi les rêves relevés, ii p. 100 sont associés à la vie de famille et h la vie sociale ; 4 p. 100 se rapportent à des expériences personnelles récentes; G p. 100 naissent de conversations tenues dans la soirée ; 4 p. 100 ont été suggérés par des lectures ou des tableaux ; plus de G p. 100 sont reliés au travail de l'école, pour 22 p. 100 et plue les étudiantes n'ont pu spécifier la

nature des associations.

Abel Rbt.

VI. — PSYCIIOI.or.IE DAX.S SES RAPPORTS AVE*'. LA LlXUL'ISTIOCK, l'IIisTOIRE, LA SCIBNCK DES UkLIUIONS. LA MoitALK ET LA SoCIULOGIE

17. — Seyyèd Ali Hahommed dit le Bftb, par Nicolas [A. L. Il), 1 vol. 18'^ de 455 p , Pans, Uujarrio et Cie, 1905. iPortrait du BAb)

Le D&b (1821-1850) est un messie persan. Ses apôtres recrutèrent des sectateurs par la prédication et par le sabre ; l'insurrection fut étouflée da.os le sang après l'attentat contre le Chab en 1852.

Dans sou livre Heliffiom et phUosopMen dans l'Asie Centrale, H. de

PSYCHOLOGIE UASS SES HAPPOIITS AVEC LA LINCUL<iTiQUS, ETC. t9

Gobineau, minislre de Prance h Téhéran, a fail (raduire un écrit musulman âur l'hisloire de l'hérésie bAhiste. Dans le présent ouvrage, N-, tnterprèle à la tègalioD de France en l'erse, met ca outre à coulributîon, grjkcc À sa connaissance du persan, quelques-uns des nombreux ouvrages bâbi qu'il a réunis, et la tradition orale.

La première partie du volume (p. 75-188] est consacrée à l'exposé de l'état religieux et inleUectuet de la Perse lors de l'apparition du nouveau messie. L'Islam Persan est scbismatiquc et s'appelle IMani Ctiiitc. « Le acbisme musulman est dû à ce que les Persans ont considéré Aboù Bùkr. 'Omar et 'Ûsraàn comme des usurpateurs, alors que les asonnites» (ou musulmans orthodoxes] les reconnaissent comme les véritables successeurs du Prophète a (p. 75}. Sonnites et chistes dilTorent en outre sur les textes qu'ils considèrent comme sacrés. Les orthodoxes n'ajoutent au Qoràii que les hldis (paroles, décidons, ju^^ement^, prédictions) attribués â Mohammed. Les schismaliques y ajouteut les hàdis d'Ali et de ses descendants. o C'est presque uniquement en se basant sur les hàdis que l'islam tout entier attend le Mehdi, comme les Juifs attendent le Messie et les Chrétiens le retour de Jésus » (p. 144-). Tandis que Mohammed est sobre de détails sur le Mehdi, ses successeurs ont prophétisé ininuLieusemcnl les moindres circonstances de son avènemeot, précédé par l'apparitioD du Dedjal (antîmebdt), &no monstrueux aux excréments simulant des dattes Tralches. et qui seront la pâture des mécréants. Déjà le Mehdi est né ; mais il se tient encore caché ; il voyage & travers le monde et le calendrier onicîel indique. pour chaque jour de l'année, dans quelle direction se trouvent ses anibas' sadeurs pour que les lidclcs se tourncnL dans ce sens pour prier.

Les Persans sont dépourvus de toute notion scientilique. Sans doute ils admettent que, pour comprendre le Qoràn, il faut posséder toutes les scieuces, mais toutes tes sciences, ci'oient-îl<4, sont contenues dans leurs mauvaises Iraductious des ouvrages d tlippocrate, d'Aviccnne, etc. Un philosophe — théologien — juriste dit un jour h. N. : «^ llippocrate écrit que le lièvre est une année mdle, une année remelle. » N. lui conseille d'en faire l'épreuve, en nourrissant en cage un lièvre; mais le Persan « parut fort surpris qu'on put douter d'une chose qu'il avait lue dans un livre, u (p. ~0]. llenouvelanl l'erreur de Van Ilelmont, un médecin croit qu'une brique dans une cave humide se transforme en souris N. en fit devant lui l'expcrtence, mais le médecin dut penser que si la transformation ne se lit pas, ce fut à cause de l'impiété du chien de chrétien. Et voici un exemple du fanatisme du bas clergé persan: u A SèyyédAbou Taleb Khoraçani, mort aujourd'hui, malheureusement pour la gaieté persane, ne s'avtsa-t-il pas de proclamer du haut de la chaire que les Européens n'avaient pas le moins du monde accompli de progrès dans les sciences : s'il semblait que leur médecine, par exemple, fut eu avance sur la mèdeciue persane, c'est uniquement parce qu'ils avaient retrouvé dans les vieux bouquins d'antiques formules, d'an-

JOVR.\'Al DE PSYCnOLOGJE

ciennes inrcKations à des personnages doués d'un pouvoir surbumaio. R Ne croyez pas, disait-il, que «acide phéiiique » et « acide borique* soient des médicaments, le pharmacien vous vend n'imporle quel produit qu'il place 50U3 riovocalioD de A Seïd Borique et d'A Scïd Phénique, deux desceadauU de uolre illuslre prophète, morts tous deux pour la fiainle cause d'Ali Mourtezzal »

La cryptographie, l'astrologie» la lalismanique s'exercent sur les textes sacrés. « En vertu des calculs de l'abjèd. on change les lettres d'un mot, on remplace dans une phrase des mots entiers par d'autres, quand on ne modifie pas la phrase cUc-mème : des volumes ont été écrits sur l'explication des lettres isolées de certaines sourates du Qor&n qui devient dès lors une immense énigme dont on ^'acharne de tous les côtés à la îo'n à chercher la solution > (p. 80). Par exemple, on démontre que cette phrase de Mohammed : « Suis-je autre chose qu'un homme comme vous? « (Qorau 18, 110: 41, 5) prouve de ta façon la plus formelle que Mohammed n'est précisément pas un homme comme nous (p. 80).

La seconde partie du volume (p. 189-4'j5) expose l'histoire du BAb. Seyyôd Ali Mohammed, fils d'un mercier de Chiraz, écrivit à PAge de dix-neuf ans un ouvrage royslique. Les auteurs musulmans et les Lâbi sont d'accord pour rapporter qu'il s'infligeait des macérations monastiques, et les musulmans racontent qu'il s'exposait tête nue au soleil brùlaut pour parvenir h. la connaissance des secrets de Dieu, tant qu'enfin sa raison s'altéra. Toujours il se vanta de n'avoir rien appris des sciences que l'on acquiert dans les écoles, et de tenir de Dieu seul tout son savoir. Le II juin 1844, il eut l'intuition de sa mission, mais n'en parla d'abord qu'à quelques intimes, et s'&bstint de la proclamer publiquement, dans les prédications qu'il faisait dans la Mosquée des Fabricants de Sabre. Cest 4 la Meqqe qu'il alla publier son don de prophétie. Il ne semble pas qu'il se soit proposé ni considéré tout de suite comme le Mehdi. Il s'iuLitulc BAb, c'est-è-dire Porte, par allusion h cette parole de Mohammed : « Je suis la ville de la science, et AU en est la porte t. Ali et les imans ont été successivement des Portes. Après la mort du douzième iman, la Porte de l'inspiration divine a été fermée : Seyyèd Ali Mohammed la rouvre. Il est nn prophète plus grand que Mohammed, qui éiait plus grand lui-même que Jésus, comme Jûsus était plus grand que Moïse et Moïse qu'Abraham.

X. fait un vivant historique des luttes qu'il eut à soutenir contre les prêtres, les autorités établies et le peuple, des condamnations et tentatives d'assassinat auxquelles il échappa, des conversions qu'il fit et de l'appui que lui pr^iérent quelques pulissunts disciples. 11 semble que ce sont les apôtres du BAh qui, de son vivant, firent de lui le Mehdi. En èvangelisant diverses régions, ils réussirent à créer un mouvement populaire. Deux des plus importants sont Mollah lloussein et une femme, Zarriue Tadj, dite Qourrèl-oul-Aîne (Consolation des yeux) A cause de son éclatante beauté.

PSYCItOI.OaiR DASS Sk'S RAPPORTS AVKC LA UiS'GUISTÎQVB, RTC. 71

Le bftb fut arrêté el incarcéré au fort de Makou. Les apôtres entraînèrent

les disciples TcrsMalcou, et déclarèrent, après un concile, que, de rnémeque

Jésus avait abrogé la loi de UoTse. cL Huhammfîd celle dti Christ, le Bab

abrogeait le Qor&n. OQurrèi-oul-Aînc la très pure proclama : « Il n'y a plus

de devoirs... Toutes les femmes vous sont communes, communs tous les

biens « jusqu'à l'institutioD de la loi nouvelle. Cela attira bien des gens qui

ne possédaient aucun bien et aucune femme. Alors eurent Heu une série d'es

carmoiiches. de razzias, d'incendies, de sièges, de massacres, où l'héroïsme

fanatique des bàbis leur donna plus d'une fois l'avantage. Mais enfin le Ulb

fol exécuté, ainsi que ses apôtres, et ses disciples furent masBacrés.

Le livre que nous venons d'analyser n'est qu'une publication provisoire.

N. n*a encore dépouillé qu'une faible paitie des documents qu'il a réuni».

Sa source principale, pour l'histoire du Bâbisme, reste le Nacikh elTevarikh,

c'est-â-dire l'ouvrage musulman exploité par M. de Gobineau. .\i l'un ni

l'autre auteur ne sait l'arabe : sa connaissance du persan permettra à N..

d'apporter bientôt des données nouvelles.

G. H. d'Alloigibs.

18. — Obâissance et indépendance, par G.-C. FxnRAni. J^ivûta di psicotogia, uavL-Uibre-décembre 1906. 7 pages.

L'aventure de KApenïck fournit à U. G.-C. Ferrari l'occasion d'un essai de psychologie collective, nationale : l'influence qu'exerce sur la inenlaiité alleniaude le prestige du militaire [>eut eu être une explication.

Maislefait est iutéressaut encore par d'autres côtés; H. Ferrari y découvre un Étal d'cspril domine par lecoaseniemcntau sacrifice» un véritable besoin d'obéisâance qui se retrouvait plu& souvent dans les civilisatious primitives. Or, rhistoire par exemple de la fille de Jephté ou du sacriflcef d'Abraham nous semblent bien lointains ; le fatalisme de certains peuples, la résignation du moyeu âge devant l'index ou l'excommunication, nous paraissent incompatibles avec notre culture moderne ; uous voulons nous croire libres de CCS stupides faiblesses : Illusion ! L'aventure de Kopenik nous révèle la frersistauce de cet état d'esprit.

Et, à travers toutes nos merveilleuses inventions, l'auteur recherche ^:ombieu de générations nous séparent de ce moyen âge que nous prétendions renier : il établit que de Dante à nous, vingt générations, vingt indi- ''Vidus uous séparent en lifino directe. U n'y a plus ^ucre ù. s'étonner des ^area ataviques qui persistent en nous.

Dès tors, l'aventure de Kôpenik pose un problème pédagogique. Le sens ^3e l'obéissance doit-il être développé chezl'enfaot ou doit-on cultiver en -A ui riodépcndance du sentiment et de la raison?

Il semble aujourd'hui que cette seconde idée soit la bonne. C'est du *^»ioin5, dit-on, la thèse moderne, encore que Sénèque, saint Thomas lui- ■~xiéme et »aiat Ignace aient été plus ou moins alûrmalifs dans ce sent.

72 JOVRNAL DE PSYCHOLOGIE

En mille circonstances nous obéissons sans raisonner : les actes accomplis par habitude ne sont rien autre chose. Et ceci se retrouve même dans le sacriHce individuel : le suidai se dévoue par suggestion et non par raisonnement. Ce « devoir d'obéir » devient de moins en moins impérieux en raiâon de la tendance au libre examen.

Pourtant on peut le retrouver en exaltant un esprit d'indépendance qui donnerait à l'individu une haute idée de sa responsabilité : ce serait une acceptation de t'obcissance qui rendrait cette dernière active et consciente; cette obéissance aura l'apparence d'un contrai d où force pour le commandement et énergie plus grande à atteindre le but proposé. Comparons l'obéissance passive de la patrouille de Kfipenik avec l'obéissance intelligente d'une poignée de Japonais : on voit la différence.

Au point de vue pédagogique l'obéissaDce enseignée n'ira Jamais sans discussion et libre examen de ses causes j habituons seulement l'adulescent à raisonner librement. C. Hinr.

1^. — Contributions de la psychologie à la conception de la justice, par le proresseur James H. Turrs. Philonophicai lUview. Juillet 1906, pp. 3G1-379.

Il y a deux moyens généraux de dcHnir la justice cl le droit, selon qu'on se place au point de vue de l'individu ou au point de vue de la société. Aucun des deux n'est suffisant et adéquat, car st le sujet des droits c'est toujours l'individu, c'est aussi toujours et seulement l'individu vivant dans la société. H faut doue pour définir la justice éolaircir avant tout le sens de ces conceptions : « l'individu social » et « une société qui respecte l'individualité ». C'est là que peuvent intervenir d'une façon opportune les iodicalioDs de la psychologie.

K Si la justice, dit l'auteur, ne se définit qu'en considérant tes personnes, alors il est important avant tout de connaître ce qu'est une personne >. Celle-ci ne peut être définie qu'après nne théorie psychologique de l'indivîdualilé. Les deux points importants qu'une théorie psychologique de l'individualité met en relief sont la complexité de l'individualité d'une part, et d'autre part, la notion que l'individualité est une activité d'habitude et d*adaplatioa. Il y faut ajouter le caractère social de la plupart des facteurs de la personnalité.

La réalisation de la justice comportera alors cette question centrale : La loi reconnaii-elle la pleine et réelle individualité des membres de la société, ou y substitue-elle des fictions abstraites ? Ou s'apercevra aisément, notamment dans notre conception sociale aciucllc, de la propriété, que la loi ne respecte ni Tindividualité réelle, ni la liberté de cette individualité. Elle est beaucoup plus métaphysique que naturelle, et envisage les individus comme des iuentités arithmétiques, des formes abstraites, abstraction faite du contenu réel de chaque individualité. Abcl Rkv.

fSYCHOLOtUB DASS SES ItAPrOItTS AVSC LA imGVISTlQVE. ETC. 73

20. — La conscience individuelle et la loi, p&r Rmils Boittroitx. Hevue de tnélaphysiQue et de morale, n° 1, p. 1, janvier 1900 {16 pages}.

L« question des rapports de la conscience el do la toi peut sembler depuis Jonglemps et défiDilivemenl résolue par la .séparation absolue de leurs domaines : la conscience est déclarée inviolable dans 1c monde tout intérieur des croyances, des pensées, des sentiments, des volontés, cl la loi soureraine dons le monde tout extérieur des mauirestatlons et des actes. 0. se demande si cette solution, la ilislincLion de deux mondes et Tindépendance complète de la conscience et de la loi est aujourd'hui aussi incontestée que naguère; et il montre que les principes mômes sur lesquels vile repose paraissent fortement ébranlés par la psychologie contemporaine.

On déclarait le moi inviolable, parce qu'on le considcraii camme une entité réelle etdistÏDctc, parce qu'on croyaitqu'il existe à pari. Mais Icmui, pour le psychologue d'aujourd'hui, ce sont dos pensées, et nos pensées ne se séparent pas des actes, elles sont l'acte lui-même, n se dessinant et tendant &se déployer dans toute son ampleur», mais arrêté, maintenu « à l'état de tension » par des pensées plus Tories el plus vives. Nulle raison, par suite, « quand on reconnail & l'Elal un droit sur les actions, de soustraire les pensées h. sa compétence ». On attribuait aussi au moi une existence à part, parce qu'on se le représentait «comme un sujet bien défini et circonscrit, qui se possède et se connaît, au moins en puissance, dans toute son étendue o. et qui demeure lui-même dans toute son existence, en un mol, parce qu'on ne considérait que. le moi conscient.

Maisl'étud*! de rinoonscieuce est venue révéler sous le moi conscient le moi subconscient, le vrai moi. a Ce que nous appelons nos convictions, notre conscience, notre personnalité, n'est que le résultat mécanique d'un travail qui s'est accompli en dehors de cette personnalité mC*me, dans le sein de l'ioconscient. Là opèrent à notre insuies influences organiques, t'imitatioD, )a suggestion, l'autosuggestion. » Gomment, par suite, déclarer inviolable la conscience ainsi eulendue, simple rellet, épiphénomène, «sans substance et sans effîcace » ? Comment déclarer sacrées nos croyances, que nous ne pouvons considérer comme notre œuvre que par une pure illusion, dont au contraire nons devons reconnaître qu'elles viennent le plus souvent «du travail infini de tant de générations » qui nous ont précédés f

Par là semble justiliée la tendance i l'absolue subordination de la conscience individuelle & ta ti>i, tendance manireste de nos jours chez tousceux qui, an nom de la nécessité d'assurer 1 unité morale de ta nation, so reconnaissent tout droit de gouverner non seulement les actes, mais tes pensées Ues individus, d'inculquer â ceux-ci " par l'éducation et par tous les moyens appropriés, les sentimeols. la forme de conscience et d'autonomie les plus propres à réaliser la fin sociale, telle que la société la détermine y. Et en opposition à cette tendance i- comme si les contraires s'appelaient », nous

JOVRSAL DE PSYCHOLOGIE

voyons également apparaître la lendaocc opposée, la tendance, au nom de rémaocipatioQ complète de l'individu, pour sati^^raîre le besoin de possession et de libre disposition de soi-inOme, à s'insurger contre les entraves de la loi, à ne voir dans la contrainte légale «qu'un mécanisme plus ou moins provisoire», qu'il faut rendre de plus en plus inutile.

L'opposition est-«lle irréductible entre ces deux tendances, en sorte que la force seule décidera si la loi absorbera la conscience individuelle ou si la conscience individuelle absiirbera la lui? B. estime qu'elle provient d'une dialectique toute verbale, mais qu'elle disparaît si on lui applique • non plus la logique abstraite qui descend des concepts aux réalités, mais la logique vivante qui va de l'èlre aux concepts, des réalités aux rapports». Or, la logique de la vie nous montre la vitalité de l'une et de l'autre tendance, la valeur et le rôle respectifs de la conscience individuelle et de la loi ; elle nous enseigne que la loi suppose la conscience el que la conscience ne peut se passer de la loi, qu'elles sont donc solidaires el se pénètrent mutuellement, et qu'il n'est parsuite pas possible d'établir entre elles une séparation absolue el d'enfermer la conscience en un n sanctuaire intangible et inexpugnable. Terme à la loi • ; (|u'il faut, au contraire, viser à mainleuir. à favoriser et à réaliser le mieux possible la pénétration do la conscience et de la loi dans les sociétés existantes.

H. HouLinii.

31, —Remarques sur une énergie htimaine spécifique et sa signification économique et sociale, par LuiisiiRoBUiùviTcu. Jounia/ of mental pathûlugtj, vol. Vil, n*'3. I90o, p. 120-137.

Dans celte étude, l'auteur examine la critique des différentes théoriesqui ont été produites pour expliquer la décroissance des naissances, le •> suicide de la race », comme disent les alarmistes.

Les causes qu'on a alléguées peuvent être réduites à9 :

I" L'éducation nouvelle des Femmes.

2" Le manque d^éducalton des femmes.

3^ La pauvreté (mortalité inrantile).

4^ La richesse.

^° Moyens matériels limités par l'ostentation et l'envie.

6° ignorance parmi les femmes des soins médicaux.

7" La connaissance des choses médicales prise dans les livres à Pécole.

S'' Répugnance des femmes au mariage.

9" Répugnance des hommes pour se marier.

Des notes nombreuses, placées a la lin de l'article, indiquent au lecteur les ouvrages principaux publiés sur ces sujets.

L'auteur critique ces difTérentcs théories et insiste spécialement sur la première. Le suicide de la race est-îl dû au progrès de la civili»aiion ? Uais pour prouver le contraire il suftU de s'en rapporter aux faits. L« suicide de

FSYCnOlOGIE DASS SES HAPPOnTS AVEC LA UNGVÏSTtQVB. ETC. 75

la race a existé de temps itnmcmorial. et il est pratiqué lé^alemeat chez presque tous les peuples sauvages ; l'inrariricidc y est normal, la mère qui voudrait sauver l'enrant que la tribu a conclamaé. serait bannie et déshonorée.

» A la base de toutes les causes du suicide de la race, il sembla qu'i] y ait la crainte des parents (ou des parents polenliets) d'envisager le terrible moment où leur rejeton demandera « Pourquoi suls-je né? u

Lo sort pitoyable des pauvres rend " bonorahle» riioromcquî veut limiter le nombre de ses eu fan l» afin de pouvoir leur assurer une vie moins misérable.

D'autre pari la richesse et le luxe excessifs sont, on le sait, nuisibles à la virilité des enfants.

Par conséquent, dit Urs R., il est bien difficile de se prononcer sur la a calaailé u ou au contraire l'opportunité de la décroissance des naissances.

En tout cas on comprend peu les lamentations de ceux qui crient au suicide de la race puisque celoi-ci a toujonrs existé. Actuellement la décroissance des naissances se produit d'après les statistiques, dans tous les pays avec quelque difTérencc de degré; mai^ cette décroissance n'est que relatÎTe. En réalité, dit Tanteur, ceux qui en parlent se fondent sur des statis- . Uques choisies relatant l'accroissement des naissances durant des périodes ^Spéciales concordant à nue extension de ces pays.

Pour l'auteur, le véritable <■ suicide de la race » ne consiste pas dans le nombre décroissant des naissances mais an contraire dans la surproduction qui est dangereuse pour la société et coûteuse pour l'tltat. Les statistiques prouvent eu elTeL que les l'amilles de dégénérés sont beaucoup plus nombreuses que celles composées d'individus sains. Les syphilitiques, les alcooliques, etc., ont généralement de nombreux enfants tous tarés. De môme on a pu constater la même fécondité dans les ménages d'individus igooranls, abrutis par la misère. Les gens instruîlsd'un niveau moral plus élevé ont proportionuellement de moins nombreuses familles.

L'auteur conclut de ces observations (toutes appuyées sur des observations cliniques, sur des statistiques abondantes], que loin de réclamer un accroissement de naissances, l'Etat devrait plutôt songer à régler si possible la fonction génésique, aûn de prévenir ces naissances d'étreï tarés, ou condamnés à un sort pitoyable. Mais tout en formulant ce souhaililreconoalt que c'est — dans les conditions sociales actuelles — une pure utopie, Une loi semblable ne pouvant, si elle était jamais faite, être appliquée à tons également. Les gens riches, haut placés, y échapperaient toujours, or, remarque Mrs H., les dégénérés, les tarés sont aussi nombreux parmi ceuxci que chez les misérables. Abel Kev.

^. — Eléments de Sociologie il^lcmenlos de Sociologia), par le U' Carlos Lkujî, Caracas. Tipographia universal (i904).

Livre très élémentaire, d'ailleurs clairet mieux informé que les ouvrages

JOitlSAL DE rSYCIiOLOGlB

Je vulgarisation élémentaire sur le même thème. Bien entendu il n'y Taut pas chercher une documentation précise et de première main. Il n*y laul pas chercher non plus le dernier mot (par là entendons tes recherches les plus récentes], sur \ea questions scientiflque!^ qu'il elQeure d'ailleurs plutôt qu'il ne traite. C'est évidemment la science d'hier et non celle d'aujourd'hui, celle qui se fait, sur quoi on peut trouver ici des vues générales sommaires. Mais la science d'hier représente en somme bien souvent ce qui est te mieux acquis à la science déHnitive.

Ce petit livre a pourtant un déraut qui remonte beaucoup plus loin que la science d'hier. Comme les anciens traités de sciences morales et politiques, il a une tendance à confondre constamment le point de vue de la connaissance théorique et désintéressée et le point de vne des applic&lioDS pratiques et techniques. Témoin cette définition de la sociologie : <• la sociologie étudie les actions humaines avec l'objet de déterminer pour les hommes le plus haut degré de perfectionnement moral et le plus grand bien-être matériel. ■ On aurait beau jeu pour répondre que la sociologie se borne à décrire et à expliquer les faits de la vie sociale, sans plus : c'est déjà peut-être plus que ne pourront faire les forces humaines.

L*auteur d'ailleurs a des tendances et des conclusions généreuses avec le progrès social, et ne se laisse pas aller à la trop facile antithèse du socialisme etde rindividualismc : sa conclusion par exemple montre que le socialisme ne vise qu'à libérer davantage l'individu, ce qui est eu efTct très net dans toute la philosophie socialiste- Table des chapitres : Dênnition. — Méthode. — r Phénomène social. — Procès social. — Eléments sociaux. — Races. — Horde primitive. — Tribus. — Nation ethnique. — Etat. — Mariage. — Famille. — Condition de la femme. — Morale. — Religion. — Langage. — Propriété. — Société. —

Socialisme et individualisme.

Abel Rby.

23. — La lutte pour la santé, par M. le D' Burlueuus (Perrin et G'«,

Paris, 1906).

Nous recevons tous en naissant un capital biologique variable avec chacun de nous. H subira, au cours de notre existence, des assauts qui diminueront son rendement. D'où lui viendronl-ils, et par quelles armes le médecin nous aidera-t-il à y résister? Comment, en d'autres termes, luiteroos-nous pour la santé? Telles sont les questions examinées dans ce livre et qui justifient son litre.

Tout d'abord quelle aura été pour chacun de nous à sa naissance la valeur initiale de ce capital? L'enfant une fois né, comment pendant sa minorité biologique, les curateurs auront-ils rempli leurs devoirs de gestion de tutelle? Comment l'auront-ils nourri jusqu'au sevrage, et après, comment auront-ils réglé son alimentation et son sommeil? Au moment où se sera

PSYCHOLOGIE DANS SES RAPPOIITS AVEC LA LiNÙUISTIQVE. ETC. T7

éveillé en lui le sexe, à quelle hygiène physique et morale l'auronl-iU soumis? Quels efforts musculaires et cérébraux lui auront-ils permis depuis la puberté jusqu'à l'àgc adulle.

El si par imprévoyance ou par ignorance, les curateurs n'ont pas géré ralionnellemeDl les intérêts biologiques qui leur étaient confiés, quelles all.-iqucs auront-ils laissé se produire, et dans quelle mesure ces attaques auront-elles compromis le capital du mineur?

Autant de questions que le médecin devra résoudre quand il sera appelé à réparer les brèches de ce capital, f ue cnquclcsur tous ces points s'imposera donc d'abord à lui. Ce n'est pas tout. Il lui faudra encore faire, médicalement parlant, l'éducaliou de son esprit et s'Iiabiluer le mal de ce qui n'en est parfois que le symptôme, ftlis en présence d*uoe manifoslalion morbide, il la traitera alors souvent pour la guérir, non comme la maladie même, mais comme l'efTet d'une cause plus loîniainc qu'il cherchera (l'abord à atteindre. Or celte cause il la trouvera presque toujours dans une perturbation du système nerveux central.

Ici nous entrons au ccrur même de la doctrine exposée par l'auteur dans la deuxième partie de son livre.

Parveou en eflet à Tâge adulte, l'homme ne distribue pas toujours les dividendes attendus. Chez beaucoup d'individus au contraire, c'est au krack. partiel il est vrai, qu'on assiste. Pourtant ils n'ont subi aucun choc, aucune maladie counue, aucun " accident » pour parler comme l'auteur. Ques'estil donc passé? C'est que chez eux le système nerveux central a été perturbé et que cette perturbation a retenti, par un effet de la loi de synergie, sur un organe ou sur un autre, ou sur plusieurs h la fois. C'est, en d'autres termes, qu'ils ont été atteints par la o maladie ».

Il serait difllcilc de définir la maladie, * cause de la muUiplicitè des formes qu'elle revêt : on peut dire que sou domaine pathologique est immense puisqu'il comprend nous dit l'auteur » tout ce qui n'appartient pas aux « accidents ». y compris les troubles funclionnels des organes, tttnt que eu Irovhle» fonctionnels n'ont pas amaié tle lésions des organes.

Elle est certainement due parfois â des causes purement physiques. Les erreurs et les vices d'alimentation, les excès de boisson et de travail peuvent occasionner ta maladie, comme aussi la grippe infectieuse, la syphilis^ comme encore, cher, les femmes, certains troubles particuliers h. leurs fonctions sexuelles. Mais c'est surtout au surmenage émotionnel qu'il faut remonter pour en trouver l'origine. Perles de fortune, déceptions, malentendus dans la vie commune, passions inavouées et contrariées, voilà les Vraies, les principales causes, qui par un ébranlement continu du système rierveux. finissent par entamer le capital, faisant des x malades « ii tous les «Jegrcs.

Contre un ennemi si daugereux, aucune arme n'esta négliger. Kl l'auteur Taii une revue de l'arsenal que la science met à la disposilion du médeciu.

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Régimes alimentAÎre», b^rdrothôrspie, êlectricilé, opothéiapie, s&isoos aui villes d'eaux, k la mer. à la montagne: tous les Irailemcnu physiques sont par lui ciudiés dans leur aciiun et leurs pfTel!^. Uai:^ la « maladie élanl d'origiue morale, moral sera sarloul le Irailcment par lequel elle devra èlre combaltue. A une affection d'ordre psychique, il oppose la psychothérapie.

Rico ne ressemble moins i une panacée que la psychothérapie, telle que la comprend le D** Burlureaux. ScienliGquemeut limilée dans son acUon aux seules dérialions mentales et à certains troubles somatiqucs peu nombreux, elle fait du psychothérapeute une manière d'ccotiome avisé à qui l'on aura conHé nue fortune délabrée et qui par une eoieotc bien comprîM des recettes et des dépenses Unira par la consolider. Ici la fortune, c'est le système nerveux, ou encore, la volonté. EUvitcr au malade en ordonnant sagement son temps, les indécisions et le gaspillage d'influx nerveux qui en résulte; le libérer, par des idées s&ines, de l'absurdité déprimante de certaines obsessions; ToiU, pour le psychothérapeute, plusieurs moyens, entre autres, de supprimer les dépenses uerveuses inutiles qui diminuent la volûnlé. 11 la Torlifiera, par contre, en la soumettant, comme un organe physique, ù une gymnastique prudemment progressive. La volonté enfin est*elle complètement abolie chez le malade? Alors, et seulement dans certains cas que restreint encore la diflicullé pour le sujet de se soumettre à la médication, le médecin pourra, et dût-il se discréditer, il devra par l'hypnose lui insumer un peu de volonté à lui, mais toujours avec le consentement du malade et en présence d'un tiers.

La lutle pour la santé contient donc une méthode et une doctrine médicale de caractère philosophique; et, à ce double litre, l'analyse qui vient d'en être faite avait place dans cette revue.

Paul Maïigdc.

U. — La genèse du génie (The genesis ol genius], parle D' LotiiBê^ RoBUtoviSTCH. Thejourn. of mtnial pathoi.y vol. VII, n" 5.

Les hommes de génie sont, d'une façon générale, doués d'un plus haut degré d'énergie potentielle que les autres. Comment expliquer les inégalités entre frères et sœurs, au point de vue mental, malgré l'identité de VfiérédUé el du milieu? Tel est le problème complexe que l'auteur entreprend de résoudre. Elle rappelle que le génie n'est pas héréditaire, au sens propre du mot, car il consiste en une « fonction du système nerveux central » (D*" Lefèvre). Lors de la naissance, un homme de génie n'a donc pas une ■ mentalité > supérieure à celle des autres, car la mentalité résulte d'une foocllun; il ne diffère que quantitativement de ses frères et scpurs, en ce qu'il possède une dose plus considérable à'cnergie cellulaire en puissance.

Après avoir rappelé les causes physiques et morales susceptibles de faire varier celte potentialité cellulaire chez les parents, H. montre tes conséquen-

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