‹ Journal de psychologie normale et pathologiqueChapitre 3 sur 161 · Duprâ. Loc cit · texte numérisé non relu

Duprâ. Loc cit

t. Trouswau Clinique médicate, 4'édU. i873, II. p. lO'J- Kéllog. A tfjrt book on mental dvteoses 18M, p. ibi.

Férc. Acc<>s <le rire cbez un épili;ptique [Soc. de Itiotot/ie laUS C. R. p. i3U. Krigcrio. Rtso spasmodico auiomutico accessionalo in ua épileltico [Arch. de ptiç, >c. pta. ed anirop. crim. 1899. XX, p. 305).

bltOMARIi. — LES TBOVRLES DE LA MIMJQt'E ËMOTÎVK i9

duiseut souvent d'uae manière sponlanée et de la Taçon la plus inattendue, contraireiueul aux rires spasmodiquesdes psychopalbies organiques qui rcdaracnt généralement une excïUtion, quelque légère et insi^nillautc soît-etle. C'est ainsi qu*un dément précoce au faciès iaimolnle éclatera de rire tout à coup et sans motif apparent; puis sa physionomie reprendra, comme par enchantement son immobilité première. Mme V qui demeure dans une attitude ligée sans

jamais parler, éclate d'un rire sonore [lar instant, pour reprendre presque aussitôt la ûxilé du regard et la rigidité de la face qui hit sont habituelles. Les accès de rire peuvent être provoqués eu quelque sorte expùrimcntalemeul chez nombre de catatoniques. Il surUl d'exiger de leur part des efforts d'attention qu'ils sont d'ailleurs incapables de soutenir. Toutes les fois que survient la fatigue, soit au cours de l'interrogatoire, dès qu'on essaie d'appliquerleur esprit sur un points soit à la fin de l'examen, lorsqu'on a épui:rié leur assiduité, les éclats de rire manquent rarement de se produire. Par contre les crises de larmes et de sanglots nous ont paru d'une extrême rareté cbez >le pareils malades.

Après avoir passé en revue brièvement tes manifestations les plus fréquentes de la mimique spasmodique et ses principaux terrains de développement, il nous reste à interpréter sa signiticatiou psychologique et son mécanisme.

En principe deux cas peuvent se présenter.

Il peut se faire que la mimique spasmodique ne réponde à aucune source d'émotion connue : le malade rit uu pleure sans qu'aucune cause intérieure ni extérieure puisse expliquer cette manifestation de la tristesse ou de la joie. Ici le phénomène est indépendant de toute dispoàilion morale et l'automatisme des centrer inférieurs de la coordination mimique sufût à légitimer sou apparition. Toutefois une remarque s'impose. S'il est vrai qu'à l'état normal l'émotion consciente est source du geste, le ^este adapté à l'émotion réagit à son tour sur cette émotion en créant ou exagérant sou intensité, C'est là un fait bien connu, et sur lequel nous avons insisté déjà dans un paragraphe précédent. Il ne serait doue pas juste de conclure que la sphère affective préside impassible il l'extériorisation des sentiments qu'elle n'a certe pas provoqué, mais dont l'expression mimique encore qu'arbitraire doit avoir un retentissement plus ou

JOVRSAL DE PSYCUOLOntE

moins marqué sur les centres supérieurs de la vie sensible. Riro sans joie implique secondaircmenl un senUmenl de joie ; pleurer sans soulTrance entraine par répercussion un certain degré de déplaisir.

Il est plus difficile, en apparence, d'expliquer certains cas au cours desquels la mimique spasmodique ne répond pas à une absence plus ou moins totale d'émotion, mais se trouve en contradiction formelle avec la nature même de celle «émotion. Les exemples n'en sont pas rares. M. Magnan rapporte l'observation d'une malade qui fut prise d'uQ fou rire à l'enterrement de son grand-père, pendant que toute la famille en larmes se lamentait et alors qu'elle était elle-même profondément aflligéede la mort de ce parent qu'elle aimait beancotip et qui s'était toujours montre boa pour elle. Battislelli* raconte l'histoire d'un enfant qui ayant été menacé, poursuivi cl frappé rudement, fut pris d'un accès de rire. Pendanl des mois l'accès se produisit plusieurs fois par jour et l'enfant interrogé sur la cause de son rire disait invariablement qu'il croyait voir derrière lui un homme menaçant et prêt à le frapppr- Pourquoi l'enfnnt riait-il aux éclats h!\ Toccasion d'une hallucination qui devait le remplir de terreur? Sans doute il s'agit là d'un fait de contraste psychiqueS et le rire apparaît comme la réaction automatique et involontaire d'une émotion de nature terrifiante. Les faits curieux que l'on pourrait désigner soas le nom de «paramimie spasmodique » ont leur justification dans la conliguilé sinon dans la communauté des centres mimiques du pleurer et du rire D'ailleurs, toutes les fois que les riros ou les pleurs sont en opposition avec la nature d'une source émotionnelle, cette source émotionnelle n'en conserve pas moins sa valeurde stimulus à l'égard , de la sphère alTeclive, mais elle agit en tant qu'excitant de la sensibilité morale, laquelle répond par une réaction de contraste. Ce fait n'est pas si rare à l'état normal. Ne sait-on pas qu'on peut « rire aux larmes »? N'est-il pas vrai qu'on peut a pleurer de joie?» On voit aussi des crises douloureuses déclancher un accès de fou rire qui se mêle aux sanglots. Â l'occasion d'un profond chagrin on a vu certains sujets pris au travers de leurs larmes d'un éclat de rire subit et incoercible : c'est là un type de contraste assez fréquent chez les

1. BalliatcUi. Ua c«so dicontr»to cmoionalc [Rivitta quinduinatedi ptlcologia pMjchatria, neuropûlhohgia. An II. facs. 17-18, jant. ilîtf». p. S61 (I obs).

UHOMARD. — têf.S TROVDLSS DE LA MtlUiQVE ÉMOTIVE 21

gens nerveux et chez les femmes en particulier. Toutes les circonstances précédentes tendent à démontrer les contiguilés réelles d'expressions qui nous paraissent opposées. Rien d'étonnant des lors que ces conligulLés réelles soient mises eu évidence d'une façon brutale par l'automatisme.

Quant aux circonstances immédiates qui président à l'explosion de la mimique spasmodique, elles varient sans doute avec le terrain, mais elles peuvent se ramener toujours au principe suivant. Chaque fois que les ceotres d'expression localisés dans les couches optiques, cessent d'être soumis à l'action modératrice des zones corticales. Il y a tendance aux explosions émotionnelles sous l'influence des excitations tes plus légères. La suppression de celte action modératrice est réalisée au maximum dans les lésions susthalamiques; aussi le rire et le pleurer spasmodiques sont-ils particuliËreroent fréquenta dans les paralysies pseudo-bulbaires qui sortent d'ailleurs du domaine de la psychiatrie. Hais toutes tes conditions capables d'affaiblir l'activité volontaire, peuvent être considérées comme des causes prédisposantes de la mimique spasmodique. On ne sera donc pas étonné de voir ce trouble ligurer parmi les premières manifestations des maladies où disparaissent le contrôle et l'aulo-critique. L'office des neurones supérieurs, dit Soury', c'est, en quelque sorte, de juger si le thalamus doit répondre, et dans quelle mesure, h. 1 excitation. Ce pouvoir d'inhibition implique un fonctionnement et un développement parfait de toutes les voies associatives du cortex. On comprend ainsi pourquoi l'émotivité facile appartient surtout à l'enfant, à la femme, aux vieillards et aux involuants, en un mot, à tous ceux dont les votes d'association n'ont pas encore eu le temps de se développer ou n'ont point atteint une complète évolution» ou ont enfin commencé déjà à se désagréger et à s'atrophier. La délicatesse des mécanismes qui servent à inhiber ou à régler les manifestations du plaisir et de la douleur apparaît avec évidence dans l'émotivité si caractcrislique du stade initial des paralytiques généraux alors que les altérations du cerveau ne consistent encore que dans la disparition d'un très petit nombre de fibres associatives. Plus profondes et difl'uses seront les atrophies et plus sera endommagé, on le

1. De SuicUs. ifmomcnifti contr4aio in psicologia, Roma 1895.

î2 jovusAL DE PSYcnoioom

conçoit, le pouvoir d'iabibilion exercé par Técorce sur les mouveoieola de la mimique.

Celte conceplioD, i! est vrai, ne peut être appliquée d'une façon rigoureuse aux aflections dites fonclionnelles, et, en particulier, aux vésanies. Ce serait peul-étre alors te cas d'évoquer, sous toutes réserves^ bien entendu, l'intéressante formule de « l'affaiblissement cortical avec hyperexcilabilité sous-corticale o, déjà émise par Meynert et appuyée elle-même sur les relations qu'affectent entre elles les circulations corticale et basale, d'après les travaux de Ueger et De Bœck. Dans les étals de déchéance intellectuelle. Técorce par soile de lésions dégénératives inconnues exigerait un apport scnguin toujours inférieur à la normale, et !a différence tendant à se reporter sur les vaisseaux de la base, il en résulterait une hyperactivité circulatoire de la région ganglionnaire. Quelque ingénieuse que soit celle hypothèse d'un balancement circulatoire entre le cortex et tes ganglions, il va sans dire qu'il ne faut pas y voir autre chose qu'une explication provisoire.

Nous n'insisterons pas davantage sur la question des mimiques spasmodiques qui intéresse d'ailleurs le neurologiste autant que le psychiatre, et nous nous couteuteroos de recommander au lecteur les recherches d'Oppenheim etdeSiemerling, les travaux de Bechterew*, de Brissaud', les observations deBurzio*, de Mangazzini^de Rumno',

Page 1