T£A/P.S UE B^ACTION CHEZ LES AUÊSÊS
nous donnons les résulUU, non point comme la mesure absolue de l'altenlion, mais comme une mesure inléressanle du temps nécessaire pour réagir chez des sujets dont l'organisme et le cerveau son profondément alleinls.
Nos courbes permeUent de lire, d'une part, les temps de réaction en centièmes de secondes obtenues à l'aide du chronomètre de d'Arsonval, et d'autre part, les moyennes par 10, représentées par le gros trait. Nous ne donnons ici que les courbes les plus intcressaules et les plus typiques, et nous laissons de côté, pour ne pas compliquer, les résultats à peu près identiques des courbes correspondantes des temps de réaction a des excitations tactiles ou visuelles.
Ajoutons que toutes nos mesures ont été poussées jusqu'à l'épuisement du sujet, sauf pour les malades B et C
B. Mystique (fig. 1). — Arrêté pour avoir entonné des cantiques dans une église, la vie calme et fortifiante de Tasile l'arrache^ peu h peu, h la dépression causée par des privations nombreuses.
Au moment ou nous Tobservons^ il raisonne trJ!s exactement, explique comment, commis de librairie, il lut beaucoup, Ût de nombreux métiers, devint, h force de méditations, anarchiste militant, jusqu'à ce qu'une inspiration divine lui Ht commettre un délit.
Il calcule vite et suit une discussion avec beaucoup d'attention. C'est un homme assez intelligent, qui systématise assez bien ses idées mystiques, et dilTëre ainsi de beaucoup de malades qui, classés comme mystiques^ sont des sujets débiles avec idées religieuses.
politiques dans son méinoir« récompensé du Prix Saintour, en 1905. Voir son outrage ■ a Physiologie et Psychologie lie Caltention. » Préface de Th. Ribol. (Pat-is, P. Alun}, pp. 16. 14e. 158. 165. 168 et 169 i 172.
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JOVRNAL VB PSYCHOLOGIE
Ce qui caractérise la courbe de B, c'est que, presque normale dans la moyenne, elle présente cependant une amélioration croissante des temps de réaction, ce qui pourrait faire supposer que les derDÎèrcs réactions sont pins automatiques que voulues.
C. Persécuté hésitarU (iig. 2). — C. n'est pas bien certaia qu'oo le persécute, il doute même des hallucinations de l'ooTe. Il en est h la phase de l'iolcrprétation délirante; il présente son délire plutôt comme uue hypothèse que comme une réalité, et il est assez intelli-
Att*
XOU
Fig. 8. — C. Penéciité hétitant : 47 ans, homme. M. G. : 10.70
|!iiJ minaies — i34 réiclions).
MoTCone IMF 100 : De I à ICO: l»,Q(i ; Oo lOO à SM : 20,1 : SW à234 ; SO,M.
gent pour nier toutes ses interprétations délirantes à partir du moment où il a demandé sa sortie.
La moyenne (19.70) est légèrement au-dessous de la normale, biea que la fatigue ne se manifeste pas très vite.
D. Débile (Og. 3). — C'est une sorte de mystique : en sortant de la classe de philosophie, il fait du spiritisme; il veut immatérialiser les corps, devenir saint par l'ascétisme, mais ne peut parvenir jusqu'aux hallucinations. Indécis, il reconnaît aisément, quand on le presse, que tout ce qu'il dit n'a pas le sens commun et qu'il n*a jamais eu de vision : le lendemain, il recommence à inventer les mêmes histoires avec calme et prétention.
La courbe présente les mêmes anomalies que les précédentes.
E. Paralytique général; début (fig. 4). — L'état mental de ce malade pourrait le faire confondre avec un neurasthénique si la suppression des réQexes rotuliens et de Babinski, et la dilatation inégale des pupilles ne venaient confirmer te diagnostic de paralysie générale auquel les troubles caractéristiques de la parole font penser dès le débat.
L'attention et le raisonnement sont faibles; on persuade aisément à E qu'il peut faire de grandes choses : s'instruire, être élu conseiller
CBAHPBNTIBR. — TBMPS DE RSACTION CHEZ LES ALIÉNÉS 229
municipal, conseiller général, député, même devenir ministre; il passe d'un projet ambitieux à un autre avec la plus grande facilité.
Sa courbe est irrégulière surtout au début, car il paraissait faire en commençant un véritable effort d'attention, mais l'accélération de la 6n semble bien indiquer une tendance à l'automatisme.
JOURSAL DE VSYCnOLOiUB
I. Penécutée réticente (fig. 8). — C'est une couturière ègée de quaraate-huil ans. Uepuia douze ads, elle a dea halluciuationa de
Touîe. Elle reruse absolument d'avouer son délire, elle peDse que c'est iautile puisqu'on ne veut pas croire aux voix téléphoniques qui lui parlent, rinjurient et répèlent sa pensée.
JOURNAL DE PSïCnOLOaiE
Oa s'explique aiséoieol sa fatigue rapide et son épuisezneQt si l'on songe qu'il lui faut chasser ses liallucinalions pour réagir.
La moyenne générale devient très Taible avec ccLte malade (37.43J et un efTorl LcDté vers la réaction âOO ne dure pas longtemps, un second effort que nous provoquons vers la réaction 360 eulëre à la malade le reste de son énergie.
K elK'. Excitée maniaque (fig. 9 et 10). — Marie, la circulaire étudiée par M. Dumas, dans son livre sur la Tristesse et ta Joie, a présenté, depuis, des crises d'excitation maniaque typique. Le gra-
Fig. 9. -~ K. Etcilée maniaque (prf s<jue
încohérftnte), Feinm*?, 12 ans.
Mofennc = 3lj,5fi - (10 mimite* — $t HêcMn»].
Fig. il. — L. Mélancolique. Femme, M«;ciiiHi= 3&,50 -(10 aiiiHilvt— Mr<«riiOBi).
ptiique K* (fig. 10) représente assez bien son attention dans la manie, si l'on peut appeler attention le fait d'entendre encore UQ son et d'y réagir irrégulièrement ea 40 centièmes de seconde.
Wundl avait soutenu que dans Texcilatioa maniaque les réactions étaient plus rapides que chez le normal ; il est intéressant de confirmer une opinion tout à fait opposée par ce graphique qui indique bien l'absence de tout pouvoir d'inhibition.
Le graphique K, (tig. 9) a èLu pris k un moment où Harie était particulièrement excitée et incohérente.
L. Mélancolique (Gg. 11). — Six grossesses et trois fausses couches, la syphilis communiquée par son mari, ont déterminé, chez cette Temme un épuisement général, qui se traduit aujourd'hui par une crise de mélancolie anxieuse: elle se reproche, sans cesse, son indifférence pour la religion et de n'avoirfaitque des« bêtises» dans sa vie. Elle a des hallucinations deTouîe, voit le diable sous la forme d'un chien.
Péniblement, au milieu de ses pleurs et de ses lamentations, elle a pu réagir pendant dix minutes, après quoi, épuisée, elle s'est abandonnée à sangloter. L'attention faiblit vite et ne dure pas.
J0ORi\AL DE PSYCHOLOGIE
H. Paralytique général alcoolique (fig. 12). — La courbe est li6s difTérente de celle de E, paralytique géDëral (Hg. 4). 11. est, ea effel, plus avancé, de plus» il est alcoolique* épuisé par des excès de tous genres.
A remarquer qu'il s'adapte el réagit plus vile à la fia qu'au commeacement (36.36 au lieu de 50.37).
0- Persécuté type (fig. 13). — Comme pour la persécutée réticeote, le monde extérieur n'existe pas pour 0. Son délire occupe tout le champ de sa conscience et retient la plus grande part de sou attention.
11 a proQlé d'une sortie pour tuer sa femme.
La moyenne est bien faible dès le début ; un efîort provoqué détermine dix réactions de 30 àSocealiéiues^ ce qui relève peu la moyenne générale.
P. Mélancolique anxieux (flg. 14). — P. présente Taspect d'un mélancolique confus; inerte, ta tète baissée, il ne parle à personne. Un examen approfondi révèle une circulation et une respiration assez rapides, et comme corollaire de ces phénomènes d'excitation, uu délire actif.
P. souflre d'un remords, car il a volé 100 francs à son père pour venir à Paris, où ou l'a arrêté dans l'état de stupeur apparente qu'il garde à l'asile.
Bien qu'il dissimule, sa courbe est la même que celle de L., mélancolique anxieuse (fig. 11), par sa brièveté et ses oscillations.
R. Mélancolique confuse (fig. 1o). — Avec une moyenne générale de 61 .8^5, nous arrivons au dernier degré de l'attenlion mesurable.
On a démontré que les mouvements les plus rudimealaires et inconscients ue pouvant pas se produire en moins de 10 centièmes*, il semble qu'on peut soutenir qu'un sujet qui ne réagit pas en 100 centièmes de seconde ne réagit pas du tout : c'est du moins ce que semble indiquer le dernier graphique et c*est ce que Ton peut déduire de ce fait que touteune série de malades ont refusé de réagir, soit que la sensation ne parvienne même pas au cerveau, soit qu'ils ne puissent comprendre ce qu'on leur demande, ou que, le comprenant, leur volonté reste incapable d'intervenir pour délerauner uu acte pourtant bien simple (excités maniaques).
1, Eipérienee de RicJietat Broc«.
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JOUItSAl. DB FSYCnOLOOlE
les unes des autres: celle du persécuté n'est pas la même que celle de l'cxciti^ maniaque et ne peut être coDfoaduc avec celle d'un mélancolique. Établir que chaque phase d'une maladie a sa courbe: cela ne manque pas d'intérêt.
A4-on> d'autre part, l'avantage d'employer un procédé précis et incontestable ?
Malheureusement, non. On sait que les graphiques que nous avons dressés ne correspondent pas d'une façon mathématique à un degré détermioé de désagrégation mentale: la psychomélrie, ainsi que M. Taanery et M. Sancte de Sanctis l'ont si bien montré, n'est pas une science mathématique.
Nos courbes n'ont d'autre valeur que celles d'un schéma, d'un procédé de description imparfait et approximatif, cl comme telles, elles présentent cependant un certain intérêt.
Pratiquement, il ne faudrait pas croire que chaque graphique permette de diagnostiquer une maladie^ ce serait exagéré et imprudent ; mais il semble que, jointe à d'autres procédés d'information, la mesure de Taltention peut être utile : dans certains cas de simulation ou de dissimulation de folie on pourra sinon dépister des fourberies, du moins, se procurer par eux, des renseignements objectifs très précieux. C'est ainsi que Louise, qui simule l'hystérie', donne volontairement une courbe, tout à fait incohérente au lieu de donner celle caractéristique de l'hystérie.
A un point de vue plus théorique, on pourrait être tenté de se servir de nos résultats pour construire une théorie physiologique de l'attention el de l'efTort sous toutes ses formes; nous avons remarqué en effet que les tracés dressés sur nos malades, à l'iiidc du dynamomètre et de l'ergographe de Mosso^ donnaient des courbes à peu près parallèles à celles des temps de réaction, obtenues à la même époque.
De là faut-il conclure que les deux phénomènes musculaire et d'attention sont identiques?
Nos expériences n'ont pas porté sur un nombre assez considérable
de malades pour que nous puissions en tirer des conséquences aussi
importantes : il faudrait étudier avec une grande précision les
rapports de Taltention, non seulement avec la force musculaire elles
temps de réaction, mais aussi avec la circulation et la respiration,
faire toute la psycbo*physique et la psycho-chimie de l'attention.
Clémenl CnARPBNTiBR.