Voir Laigacl-Laruline, Loc.lat., p. Sd
LAtGSEL-LAVASTISE — LE PLBXVS SOLAIRE ET SES FOSCTIONS 325
C'esl, en elTet, ce que Ton constate. Les affections les plus variées peuvent revêtir le « masque péritonitique». On connail te périlonisme hystérique. Rien d'étonnant à celte similitude, puisque le méc'anisme nerveux est le mâmc.
La diiïérenee, et elle est capitale, siège dans la cause provocatrice. Le diagnostic dépend des signes surajoutés par la cause. 11 n'a rien h voir avec la physiopalhologio.
Le syndrome solaire aigii cTexcitation est réalisé surtout par la colique de plomb.
En effet, on trouve dans la forme aiguë franche» la douleur^ la constipation, l'hypertension artérielle.
Le syndrome solaire subaigxt ou chronique, caractérisé par des alternatives de paralysie et d'excitation, se voit égalenieul dans les coliques de plomb, dans celles dont la longueur entraîne la paralysie du plexus solaire trop longtemps excité. On l'observe aussi dans la. colite muco-mcmbraneuse des individus, dont le système nerveux en état de faiblesse irritable réagit par à-coups.
Enfin les symptômes solaires d'irradiation s'observent en clinique. Un coup de poing sur l'épigaslre, l'ingestion de glace (Browa- Séquard), agissant sur l'estomac comme un traumatisme, peuvent déterminer la mort.
11 en est de même de l'arrêt du cœur en diastole observé dans la colique hépatique ou néphrétique. A un degré moins intense, une contusion du plexus solaire peut déterminer le ralentissement du pouls.
A-iosi \a physiopathologie, 8*appuyant sur rerpérimentation, tend à individualiser, dans les affections, jusqu'alors classées d'après leurs lésions analomo-paLhologiques, des syndromes uniquement liés à U perversion d'un mécanisme fonctionnel.
Pathologie de carrefour, la pathologie du plexus solaire comprend l'ensemble des perturbations viscérales qui dépendent du plexus.
Les syndromes solaires peuvent donc n'élre liés qu'à une perturbation du mécanisme régulateur solaire. Ils n'impliquent pas une lésion anatomique déftuie, miis un trouble localisé. Ils montrent, de plus, par la variété de leurs aspects, qu« des symptômes d'insufÛaances fonctionnelles multiples, tels que des signes d'insuffisance hépatique, par exemple, peuvent dépendre simplement d'une pcrver-
JOURS AL [>S PSYaiOLOaiE
sîoa du mécanisme régulateur solaire sans lésions du parenchyme viscéral, et qu'il peut être légitime maintenant, en clinique, en présence de certains syndromes, d'émeltre au moins Thypothèse d'une localisation solaire.
Gomme les cliniciens, Valiémste peut proHter des recherches entreprises sur l'anatomie, la physiologie du sympathique en général et du plexus solaire en parlioulier.
L'époque est en efTet passée, où, imbu des formules abstraites d'une psychologie longtemps classique, le psychiatre ne cherchait que dans l'analyse des facultés de l'âme les raisons des maladies do l'esprit, comme l'on disait alors.
Mats aujourd'hui que la psychologie est un chapitre de la physiologie cérébrale et que l'aliéniste, en présence d'un syndrome mental, ne doit plus l'abstraire des autres troubles organiques, l'inllueuceda sympathique apparaît considérable.
Non seulement le sympathique agit directement sur l'enoéplu^^l par les vaso-moteurs qui règlent la circulation sanguine de e^ organe, mais il retentit sur lui par les vaso-constrictions ou vasodilatations régionales» qui modiGent la pression artérielle générale, et qui, par les changements dans l'irrigation sanguine des viscères, agissent sur les fondions glandulaires et, partant, troublent, dans des proportions qui peuvent influencer l'encéphale, lacomposition chimique du mileu intérieur. Enfin, connaissant l'élroitesse des anastomoses du sympathique avec le pneumogastrique et le rôle du plexus solaira dans les fonctions digestivcs, dont les moindres pertubations peuvent retentir sur l'encéphale, on conçoit qu'il est peu de syndromes mentaux où la possibilité d'un facteur sympathique soit à rejeter a priori. Pour prendre un exemple, il semble bien que certaines hallucinations coenesthésiques des paralytiques généraux doivent & des lésions des ganglions et des fibres sympathiques' leur localisation.
11 nous parait également bien probable que chez beaucoup de mélancoliques déprimés, anxieux, hypochondriaques ou aégaliviales, dont lacénesthésie est primitivement troublée, l'irritation ou
I. LiLtgtusI'LaTailine. Histologie pathologique du ploxus solaire cbes Les paralytiques gdndraux. Congrès de Seurologie de Bruxelles 1903 et Itevw NeuroUgique 1903, p. 827.
JOVnSÀl DB PSYCHOLOCIB
parfaite en apparence. Et ce n'est pab là un des câté les moins suggestifs delà coordination fonctionnellequc cette faculté de suppléance des centres nerveux sympathiques les uns vis-à-vis des autres, quand l'un d'eux vient à disparaître. Celle suppléance d'ailleurs peut n'être pas parfaite, et si, dans les conditions ordinaires de la vie^ aucun trouble n'e&L apparent, on conçoit qu'une alTeclion intercurrente quelconque puisse rendre cette iusufOsance relative. Comme, pour lesbesoiosdela vie courante, nou.< avons trop de foie ou Iropderein, on peut dire que normalement nous avons trop de sympathique, mais vienne la maladie, et l'organisme qui était à la ration d'épargne passant brusquement à ta ration d'effort, les diminués du sympathique, comme les diminués du foie ou des reins, ne peuvent plus masquer leurs méiopragie». Et ces insufûsanceâ fonctionnelles partielles, souvent déjà anciennes, révélées tout & coup par la maladie, en sont prises souvent pour des localisations.
Mais l'intérêt du plexus solaire n'est pas seulement abdominal. Par rimporlance des fouctions qu'il régit et par la place anatomique qu'il occupe, il peut être choisi comme un des types des territoires sympathiques, et permet d'induire, descsfonclious pariiculières, les lois les plus générales de la régulation viscérale. Des signes évidents d'insufiisance hépaLique, constatés après unelésion solaire^ montrent la nécessité, en présence de toute insuffisance fonctionnelle, qu'on a trop de tendance à rapporter immédiatement b une insufTisance tîscèrale, de rechercher si elle est sous la dépendance d'une altération de l'organe ou de son système nerveux, une insuriisance fonctionnelle cliniquement, physiologiqucmenlsppréciable, étant aussi bien dneà une perturbation primitive des éléments parencbymenleux qu'à un trouble de leur mécanisme nerveux régulateur.
D'autre part, l'étrûile intcr-dcpendance, aujourd'hui reconnue, de toutes les fouctions, en même teuips qu'elle fait éclater l'importance de la régulation de la vie végétative, sur le fonctionnement de reac6« phale, met le syslëme sympathique parmi les facteurs principaux de la régulation encéphalique.
L'importance de rétudc du plexus solaire, comme introduction à celle du système sympathique en général, et d'une façon encore plus large comme introduclion à Célude de la régulation nerveuse viscéraîe, est donc telle qu'il ne nous parait pas exagéré de dire que
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les recherches systématiques eatreprises sur le sympathique au point de vue anatomîque, physiologique et pathologique doivent entrer aujourd'hui, au même titre que les examens parallèles de Tencéphale et de la moelle, dans les préoccupations des médecins, des aliénistes et des psychologues.
D' Laignbl-Lavastini.
SOCIETE DE PSYCHOLOGIE
Séjlnck dc \i AvBiL 1907
La Société de Psychologie s'esl réunie dans son local habitael. à la Sorboiine, AmphithcMre Micbelel (entrée par le n' 46 de la rue Saint- Jacques), le vendredi \^ avril.
Etaient présents : MM. Antheaume, Courtier, Dumas, Janet. Bernard Leroy, Piéron, Rabaud, Revault d'AllonneBfSégtas, Sollier, etc.; ÎDTilés : M. et M"*^ Episcopopoulo, M. Williams.
Communications à l'ordre du jour :
MM, Bernard Leboy : A propos d'un ca$ de JiêgataviBtnc mnêsique. II. Piéron : La queslion dun centre sotts-coj'tical des émotions. A huit heures trois quarts, M. Sollier, Président^ déclare la séance ouverte et donne la parole h M. Bernard Leroy.
Communication de M. E.Bernard Leroy.
A propos d'un cas de négatlTlsme mnésiqae.
Je viens vous apporler quelques renscignemeDls coraplcmcatair» au sajet du malade siogulier dont mon excellent maître M. Séglas vous a eotretenus dans la séance du venJreilt 1 1 Janvier dernier. Je vis ce malade, en effet, à la coosulLation externe du service de U. le \)' Deoy, à la Salpétrlère, peu de temps avant son entrée à Bicétre ; les quelques renseignements que je recueillis alors, encore bien insuflisanls. d'ailleurs» complètent sur certains points ceux qui vous ont été déjà communiqués.
C'est le vendredi 3 octobre 1903 que Je vis arriver à la consultation l'iodividu en question, accompagné par un camarade a peu près du même ftge.
J'engageai tout d'abord U conversation avec le malade ; voici texloellemeot le début de cet iutèressant colloque, facile à noter exactement, vue
JOURNAL DE PSÏCBOLOGIB
W... h&bile seul dans une chambre g&roie (|u'a louée pour lui son compagnon.
D. J... v& le chercher aux heures des repas pour le mener au restaurant. Toujours il irouve le malade couchéi mais il se lève aussiiât et se laisse mener * comme un cufaril o: jamais il n'ojtpose la moindre résislancc pour sortir ou pour rentrer chez lui ; dans la rue, il marche Iranquillemcnl a côté de 0. J..., sans se faire prier. Aussitôt rentré, il se déshabille cl se couche; dans la journée, il ne son que si son compagnon ayant quelques heures de liberté vient le chercher pour le mener promener : a || se perdrait tout seul p. dii ce dernier, et c'est aussi l'opinion du malade luimême ; 0 Surtout, ne m'oubliez pa.s dit-il un juur à D. J... en le quittant, n'oubliez pas de venir demain matin ; tous savez que je ne peux rien Taire seul. »
L'opinion de D. J... est que W... ne se rappelle réellement rien : « Il ne se plaint, dit-il d'aucune douleur, il ne souOTrc pas, mais ne se rappelle de rien. Il ne se rappelle ni d'hier, ni d'avant-hier, mais il se rappelle sa jeunesse, il se rappelle qu'il a été suldat. Il peut lire, mais il ne se rappelle pas ce qu'il vient de lire. — Eies-vous siirlui dis-je, qu'il ne so rappelle ricD? J'en suis sûr. — Pensez-vguâ qu'il pourrait travailler f>'il voulait? — II travaillerait à rebours; il ne saurait pas aiguiser la Taux ; il ne douuerait pas des coups de pierre réguliers. > En somme, malgré la bizarrerie de son direction et ses continuelles contradictions, W... ne donnait nullement l'impressiou d'un simulateur.
L'aspect extérieur du malade à cette époque était celui d'un homme qui se trouve dans un êlat de dépression mélancolique légère, et cela s'accorde parfaitemâiiL avec le peu que uuus savons sur le début de la maladie; j'ai vainement cherché chez lui des convictions délirautcs de culpabilité, de persécution, d'hypocondrie; en revanche, il manifestait du dègoal de l'existence et des velléités de suicide. « Vous sentez-vous fatigué, lui dis-je le vendredi 3 octobre 1902? — Oui, de la tète et des jambes. — Souffreivous? — Ce u'eslpas uuesoufTrance, mais je suis tout le temps embêté. — Embêté par quoi? — L'ouvrage que j'ai à faire. — Quel ouvrage avei-vous en ce moment? — Je n'eu ai pas... 11 me semble que je n'arriverai jamais il bout... — Est-ce que quelqu'un vous en veut? — Non. — Avcz-vous fait des pertfs d'argent î — Oui. en 1884, mais je n'y pense jamais. ~ Est-ce que TOUS vous ennuyez? - Je m'ennuye, car je ne peux rien faire. — Vous m*avez dit qu'il y avait longtemps que vuus étiez comme cela ; combien de temps? — Oui, je ne me rappelle pas. — Avcz-vous parfois envie de vous faire mourir? — Tous les jours, j'ai envie de me faire mourir. — Pourquoi? Je me déplais sur la terre, je ne sais rien faire. — Comment vous fcrie»vous mourir? — Un coup de fusil, peut-être... — En avez-vous un, fusil? — Je l'ai laissé chez nous : je ne sais pas ce qu'il en ont fait- — Même depuis que vuus êtes & Paris, vons avez encore envie de mourir? — Tous les jours. — Mais vous n'avez jamais essayé? Pourquoi? — Parce que je
JOURNAL DR PSYCHOLOG/IS
décrit M. Séglas, de ce que j^avais moi-mâme observé il y a cinq aas, nue comparaison s'impose îi mon esprit, sur laquelle j'aurais aimé avoir l'avis de M. Arnaud. M. Arnaud, eu 1896'. a publié le cas d'un nomméLouîs qui semble ranlilhcsc même de W.: Louis prétendait sans cesse se rappeler avoir vu toutes tes personnes, tous les objets, tous les lieux, et en généra) disait avoir vécu déjà tous les cvcocmcnls auxquels il se trouvait mêlé, alors qu'en réalité, le plus souvent, il était radicalement impossible qu'il en Ttit ainsi. Cette prétendue reconnaissance de choses et des faits était souvent ariirmce d'une façon qui rappelle singulièrement les négations de W. Comme W., Louis ue manquait jamais d'alTirmcr avec énergie ses prétendues reconnaissances, si Ton atliraîL sur ce point son alteolioutmaîft semblait les oublier tout à fait par moments ; plus on semblait émettre des doutes sur la réalité des reconuaissances, et plus il se montrait aflirmatif, mais, eu revanche, tout comme le malade de M. Segtas, il était facile à mettre en contradiction avec loi-mémei dans le cours de la conversation, lorsqu'il avait perdu de vue son idée fixe.
H. Arnaud supposait que son malade, au début, avait été réellcaienl sujet à celle singulière illusion qui a reçu entre autres noms, celui d'illusion de « fausse-reconnaissance '>, mais M. Arnaud, regardait très justement comme tout ù fait invraisemblable que Louis fut en proie d'une façon pour ainsi dire permanente à cette illusion, comme il aurait fallu le supposer si l'on avait dû prendre à la lettre ses propos actuels. Très probable* meut, ces illusions n'apparaissaient guère qu'à d'assez rares intervalles, ou peut-être même ue se produisaient plus du tout, mais, k leurocoasioa était née cette idée singulière (enracinée, depuis, dans l'esprit du sujet) qu'il reconnaisiait tout ce qui lui passait sous les yeux. C'était devenu cher, lui nue conviction délirante.
Je croirais volontiers <]u*uue évolution analogue s'est produite chez W...: Au début, il se serait aperçu d'un réel afl'aiblisscmenl de sa mémoire lié 4 la dépression mélancolique, d'une ditflculté réelle à évoquer ses souvenirs coïncidant avec un état d'aboulie qui le faisait renoncer presqu immédiate' ment A cette recherche fatiguante ; plus tard, la mémoire est rcdcvenoe à peu près normale, mais la conviction est restée, s'est développée, même, conviction ne reposant plus sur aucune réalité et résistant à tout rusonnemenl. conviction vraiment délirante.
Il ue s'agit pas ici, bien entendu, d'une véritable coovictiuu délirante de négation. Les convictions de négation proprement dîtes se présentent sous uo tout autre aspect et ont une origine beaucoup plus complexe; naisMiil toujours, semble-l-il. par iransTormation de convictions délirantes antérieures .
1. Arnaud. Vti cas d'illusion Ue « déjà-vu o ou h fauise-memoire a. — Comm. àlaSoc. oiôdico-pi>ciiol., SifoTrier Ittl^G ^ In: Annales médico-psychol., ât* année. 8* sér. t. [U,n-3, p. 415 etsq. (Mai-juin 18961.
Cf. également: E.-D. Lero/. — L'itlunon de fauste-rcconnaiasance. Pat», (Alcan), 1898, in-S*, U9 pp.
SOCIÉTÉ DS PSYCUOLOGIE 331»
M. SicLAS. — Je me deinande s'il y a lieu d'accepter celle explication cl de croire qu'il y a une relation cuire la sLéréolypiceL l'explicalioaquedonno ic malade : est-ce rêcllemonl pour se préserver de l'aniDésie que le malade slèrëolypise ? Je me suis déjA posé la môme question et J'ai interrogo des malade» à ce sujet : les uns ont donué une raison, d'autres une autre, d'autres ont avoué qu'ils ne savaient pas pourquoi ; aussi je crois qu'il faut se demander s'il n'y a pas dans le motif m^me que donne notre sujet une stëréotypie: el bica qu'un ne puisse savoir exactement, il faut âlrc tenu co garde contre notre interprétaiion.
H. Aii»AUO. — Je dois appuyer l'otiservalion de M. Séglas; il me semble aussi que ce dément précoce s'observe beaucoup: généralement les actes du dément précoce ne répondent pas K nue idée. De plus on noua dit : ce malade se défend contre une amnésie progressive; II faudrait savoir, ce qui ne me parait pas certain, si elle exi:ile ? je ne puis qu'émoLtre ce doute sous toutes réâ^rves.
H, Mkumkk. — Il semble que l'amnésie soil réelle.
U. PiBRO.l, — Sur quoi vous appnyez-vous pour l'élablii* î
U. UsiMiKit. — Le D' Marie l'a examiné el a constaté cette amnésie à l'aide de lests.
M. PiBRON. — Oui ; mais l'emploi des tests présente un inconvénient, car 00 ne sait jamais si le sujet, quand tl n'est pas normal, se prête avec bonne volonté à l'expérience. Et d'ailleurs élail-ce bien un dément précoce ?
Après celle commuoicatioo, H. Sollier, Président, donne la parole à U Piéron.
Communication de Jf. Piéron,
La question d'an centre sous-cortical des émotions et la théorie périphérique.
On admet génêralemeni, comme un véritable axiome, que toul phénomène psycliique, y compris l'cmotiont doit avoir son siège dans l'écorce cérébrale, et que les noyaux gris sous-corticaux, dont les foaciiuhs sont encore fort obscures, ne peuvent constituer que des centres de relai. Or, il y a \k une proposition qu'il y aurait besoin de démonircr cl sur laquelle il n'est point possible de s'appuyer comme si elle étail une base solide pour ic raisonnement : il existe même des faits qui semblent bien s'opposer à ce qu'on puisse l'admeiire.
tes expériences de Sherringtou qu'a longuement exposées danslcyoumaf de Pti/chologie hl. Hevault d'Allonues, étaient de nature à porter un rude coup il toute conception périphérique des émotions, puisque des chiens rendus I ape&thésiquea », c'cst-ù^Uire privés des données ceutripclcs provenant de leurs viscères et do presque tout leur corps, manifestèrent encore des
JOUnSAL IfB fSYCHOLOGIK
ûmotions habituelles de cr&inle. Joie et colère, et même, Tait plus inléressaot encore, udc cmolioD de tlcgoùt dans des circoDslaoces Dourellcs (viande de chien mélangée aux aliments).
Seulement il s'agissait d'animaux ne pouvant [entrer en communication avec l'expôrimentaleur par le langage, et chez qui l'exisLencc des émotions était induite, par analogie, d'une mimique d'ailleurs très expressire ; et l'on pouvait dès lors laire à ces résultats diverses objections d'inégale valeur. L'uoe d'elles pouvait être de grand poids et elle a été exprimée avec force par H. RevauU d'Altoones : s'appuyant sur les expériences de Bechterew qui constata la conservation de la mimique émotionnelle chez des animaux privés d'écorce, il conclut A l'indépendance de la mimique émotionnelle et de l'émotioD, — de la mimique qui, selon Bechlerew serait sous la dépendance des couches optiques, et de l'cmolion qui exigerait rinlervcntion du palUum. Des lors, de la mimique conservée chez les chiens apesthcsiqnes on ne pourrait conclure à rexislence du phénomène émotionnel psychique.
Mais tout le raisonnement repose sur celte proposition relevée au début, que l'auimal privé d'écorce ne peut ressentir d'émotion, tandis qu'il est passible que le phénomène psychique émotionnel ait son siège, sinon dans les couches optiques, du moins dans le corps strié, qui est, embryologiquement, â peu près équivalent, comme niveau hiérarchique, au palLiam. C'est là chose possible ihûoriquemcnt, c'est chose probable expérimentalement ', si Ton se base snrles belles recherches de Pagano relatives aux Fonctions du noyau caudé.
Ce physiologiste par excitations locales avec quelques dixièmes de ceatîmétre cube d'une solution colorée de curare injectés en des points déterminés du cerveau, a constaté que. lorsqu'à l'autopsie, il constatait que l'irrilation avait porté sur le tiers aulcricur et le tiers moyen de la tète du noyau caudé, il avait obtenu des peurs très exagérées du chien en expérience, et, lorsque l'injection avait atleinl le tiers postérieur, des phénomènes d'irritation et de colcre violente pour les causes les plus futiles.
Si l'on rapproche ces faits de la conserraiîon des expressions émotionnelles dans les expériences de Bechterew, qui proviennent peut-être d'un centre de relai place dans les couches optiques, mais qui peuvent correspondre ft un phénomène psychique se produisant dans le corps strie, on est bien tenté devoir dans ces ganglions sous-corticaux te siège de l'émotion. On peut objecter que, dans les expériences de Pagano, l'ccorcc étant conservée, c'est dans l'écorce que se produisent ces phénomènes émotionucts. Mais, étant donné que cette augmentation d'cmotivilé d'uQ« nature particulière par excitation d'une région déterminée du noyau caud^.
1. Si on reflàchîl au CAraddra iofcrieur de l'émotion, prodte des pbénomiaes organiques, louslraile en général à la volonté, par rapport aux aulrei pbiooménes psychiques, la locaUsalion duos les g&aglîoDs basiixires prend, au point de vue théorique mâme, uae singuUirc vraisemblance.
SOCtSTÊ DE PSYCUOIOGIS
ne se produU pas du loa> aux environs de cette région, il y a bien des chance» pour que là soil le siège du phénomène en queslion. C'est ce qu'on admet nécessairement dans louteiï les tentatives pour établir des localisations cérébrales. Autrement les phénomènes qui seraient dus d Texcl' talion ou (\ la lésion des lobe;; frontaux pourraient aussi bien élre attribués aux lobes occipitaux ou temporaux si ou attribuait ù l'écorce ce qui s'obticut par excitation du nojau caudé. Et d'ailleurs les expériences de Bechlerew apporteraient ici un appui & celles de Paj^ano.
Sans être donc ab^ulumenl démontré, le siège sous-cortical des émotiuos cbes le chien est extrêmement probable', et comme les expériences de Sberrington ont été Tailes également sur le cbien, une grosse objection, non décisive d'ailleurs, à ces expériences, perd son point d'appui, et l'existence d'émotion en dehors de tout appoint périphérique et en particulier viscéral, devient cxtrcmcnt probable chez le chien, et très probable aussi chez l'homme.
M. d'Ali.onnks. — Il est possible que les expériences de Pagano apportent quelque chose sur la participation du noyau caudé k la mimique cmolionnelle aulomaiique, et ajoutent aux résultats déjjt acquis par Bechlerew et ses élevés, concernant les centres sous-corticaux de cette foocliuu. Mais elles ne sauraient, semblent- il, dunner appui ni à la théorie de l'cmolion A. laquelle Sherrlnglon incline, ni d'ailleurs à l'objection que je me suis permis d'oppo* sera uo postulat du grand physiologiste anglais. Il a coupé au bistouri. chez des cbieos, toutes les voies nerveuses d'aller et de retour (moelle et nerfs) unissant le cerveau au trono et aux membres, à l'exception d'un mi* DÎme territoire. Le cerveau, y compris le noyau caudé, ne reçoit plusque les ÎDCilalions visuelles, auditives, olfactives, guslativcs, il ne lui arrive plus d'incitations viscérales. Or, cerlaines expressions pbysiononiiques continuent néaumoins A se produire avec & propos. Sherriiigton est près d'en conclure que l'émotion psychique est constrvéc, et c'est contre celte proposition que j'ai élevé un doute '. Je continue h relever après l'inlércssanie communica lion que nous venons d'cnlendrc. Qucle centre de la mimique aulomaiique s'étende au noyau caudé eu même temps qu'au thalamus, c'est fort intéressant, et dèjA connue mais la question subsiste intacte de savoir si une mimique inémotive automatique, ii base purement sensorielle et cérébrale, ne peut pas subsister el s'exercer en l'absence de l'état psychique proprement affectif.
1. On ne peut aHlrmer qa'ïl en soit de même chei l'homme: i«s fondions ào» diverses rêgiuns de l'kXQ cerobro-spiiiai changent en effet fta fur et à mesure de l'ÔTolutiûn. Les poÎMons présenlwnt divers pbénomônos psychiques, de mémoire, d'émoiion, olc. sans Evoîr de palUum, leur encéphale étant composé umquement de g-ang^hons basilaires. Ndanmoins on est soutciil en ilroiide conclure du chien i^ l'homme. Des cipériences sur des singes supcrioars seraient en tout c&s désirables pour nppuycr cette analogie.
â. Journnide l'mjcholojie. l'JftC, I, 2.
a V. JourtMl lie l't'jcftotosic, lOOO, p. 136, ï. !>.
Journal de psychologie. U
JOUIWAL OR PSÏCnOLOGIS
H. PiÂRos. — Ji2 recuanaiâ très bien que les expèiiences de Pogano oe peuvent résuuilre dénniliveraeul ta qucsljon de la théorie pcnphérîque de l'émoÛoD. Mais ou uc peut affirmer que ces expériences coDcemeut seulement la parlicipation du noyau caudé & la mimique éinoiioDDeUe, car j'ai moalré tout ce qu'av&il de vraisemblable le rôle du nojau caudc pour rémotion, pbènunicnc psychique, bit c'est ta vraisemblance de ce r6le qui afTaiblll singulièrement les conclusions qui pouvaient être lirécfi des expérieuces de liechlcrew cl opposées & cel'.es de Sherringloo, et que croît pouvoir m&iuienir U. Revaull d'Allonnes.
M. D*ALLOKi(ii:s. — Sberrinfftou pose seulement une question et s'abslieut forraellenieot de toute conclusion. D'autre pari, un de ses postulais se trouve contestable : il ne conçoit pas riuilépeniiance, pourtant démouir. e. de la mimique et de rémolion. Les expérieuccs de Pagano, Auxquelles U. Picron feùt allusion, paraissent contirmcr la participation du noyau caudé h la mimique. Mais le noj/au caudé parlicipe-t-il à rémoLion m<^met Tant que l'écorce hcmisphériquc est ialactc el que sont mtactes ses coduexionâarecle riG2/«ucau'/^, la vraisemblance est que le phénomène niimicoémotiounel relève, chez l'homme, de l'ùcorce pour sa partie craolionucne, du thalamus et du noyau caudt pour sa partie mimique. Exclure par une interprétation l'èource quand el!c n'est pas exclue anatomiqucmenl, roità l'arbitraire. Enlln. ponr ce qui est des origines périphériques, viscérales par exemple, des inciiations alTâotives qui viennent aboutir aux centres de Temotion, ce que l'un peut en savoir subsiste, soit que le centre d'aboutisscmenl se trouve être l'écorce, soit qu'il se trouve être, mais rien Jusqu'ici ne permet de le supposer, le noyau caudé.
SÈJiMCB DU 3 Mai
A la réunion du 3 mai, l'ordre du jour porlatl les commuDÎuaUoas
Buivaales :
MM. SoLLiRn : Un cas dk émotion localisée.
Maaik el MsQM&n ; Slét*éotypie dans la démence pt^écoce. Jakst : Le besoin U'exciladon dans les impulsions psychizs-
théniques.
Obsghamps : ^ole sur V interprétation ei la terminologie des
deux psychismes.
ËLaienl présenls : MM. Arnaud, Charpentier, Dumas, Jaoet, Kabn, Malaperl, Picron, Uabaud, Revaull d'Alloanes, Scglas, SoUîer, Vurpas, etc.
SOCIÉTÉ tiE rSYCHOLOGIB 339
Invile» : MM. Courlier, Fifcrm. Feustel, Viclop Hèbrard, Aalonio Mendnni, Rayin. Meunier, M"* Piéron, M"" Pavalischioe. A huit heures trois quarts, M Sollier, Prèsidenlf prend la parole.
Communication de M. Sollier.
Sur un cas d'émotiou localisée,
M. Paul SoLLix
Oai
ordi
ireinenl sur les oianirestalious motrices et vaso-moti ices des cmotioiis. en laissant presque compIclemeitL de cdté les troubles de la scuÂihiIrU' qui s'y rencontrent. Lo cas que je vous soumets ici m'a p&ru assez ori^^lual à ce point de vue et illustrer en même lemps la notion de localisaLion des émotions sur laquelle j'ai insisté à maintes reprises.
Il s'agit d'une jeune Femme de irsate-deux ans, ancienne hystérique morphinomane, mais qui est guéiie de ces deux tares depuis quatre ans. Ue tempérameat assez ardent, vivant séparée de suu mari, au point de vue sexuel, elle a longtemps résisté A la cour que lui l'aisaient les hommes. Il y a quelque temps, elle avait clé sur te point de succomber, ayant même été deux fuis a des reodez-vous, où au deruier moment elle avait été prise d'uo tclefTroi, sans bieu l'aualyscr du reste, qu'elle avait rompu avec sa liaison. Elle avoue, d'ailleurs, qu'elle n'avait consenti a accepter les hommages de cet amoureux, que touchée parlauciennelé et la constance de son affection, mais qu'elle ne se sentait pas d'amour pour lui et n'avait jamai.-i éprouvé a sou contact ou sous ses baisers et ses caresses aucune émotion, aucune seasalioo de plaisir.
En même temps qu'elle se refusait ainsi à Thomme qui l'aimait elle se sentait au contraire fortement attirée vers un autre homme qui lui faisait cgalemeni la cour. Elle m'avait mis au courant de ses hésilaliuns, mais il n'était pas difllcile de prévoir qu'elle céderait aussi facilement à ce dernier qu'elle avait été dans rincapaciié de le faire pour le premier.
Elle vient me voir à quelque temps de là et me dit : a Je ne viens pas vous parler de mes alTaires de c<£ur, mais vous montrer des bosses qui me poussent sur la peau et qui me gênent beaucoup. Ce n'est pas que cela me Tasse mal, m<ii« case ruit et je ne pourrai pas me décolleter ou montrer mes bras, Vuila la seconde fois que celam'arrire et je voudrais bien savoir ce qu'il faut faire, v
Je constate qu'etTeclivemenl elle porte sur ['avant-bras droit et sur l'avantbras gauche, â la face supérieure, au-dessus du poignet et à moitié de l'avanl-bras. d'uue part, au cou 4 droite, h la racine du cou et sur le bord du trapèze, d'autre part, des boursouflures de la peau grandes comme une pièce de cent suus euvirou, oblougues. Aucune moditlcatlou de la peau comine coloration, aucune eztravasatioa sanguine: pas de démangeaison,
JOVRNAL liB FSYCOOLOGiB
pas de SGDSStioo do brûlure, aucane seusalioD anormale. Mais eo palpant cette « bosse » qui était assez rènitenle, sans aucun œdème, je m'aperçois que la sensibilité parait plus faible dans loule sou étendue qu'& sa péri* phcrie, Je m'assure qu'il en est bien ainsi cl que la sensibilité au contact et â la douleur est très considérablement diminuée au niveau de ces «bosses», et parrailcmcnt normale sur toute la peau cuvirunnaotc.
La localisalioa des a bosses », leur forme, leurs dimensions, el les dispositions d'esprit de celte dame h ses dernières visites me suggèrent Tidée qu'ellessonlducsâquelquccauscémolionnelle.et jelui dis: oHoarlcs empêcher de vcDÎr,c'esl biensimplc.vous n'avez qu'a uepas vous laisser embrasser par quelqu'un qni vous produit trop d'effet, quand vous êtes au bal. o Elle rougit, sursaute el m'avoue que l'avaut veille elle était en elTct au bal, el que le monsieur qui lui faisait la cuur et pour qui elle se sentait beaucoup d'attralL l'avait embrassée a ces dilTérentes places: et que d'ailleurs la fois préccdenle, elle se rappelait maintenant que c'était dans les mêmes circoaslaoces que les bosses élaionl apparues. Elle ajoute ensuite que ce monsieur est son amant depuis trois semaines et qu'elle est violemment éprise de lui. Quant aux * bosses » elle s'en aperçoit le lendemain, et elle durent deux ou trois jours.
A quoi tiennent ces bosses ? La première idée qui se présente est qu'elles sont le résultat d'une succion. Mais elles ne prcscnlenl aucune cxlravasation sanguine, il n'y a aucune diflérence de coloration de la peau ft aucun moment, et la dame sait d'ailleurs qu'il n'y pas eu de succion. On peut penser qu'il s'agit de dermographismn. Mais cette dame n'a pas de dermograpbisme, el les expériences faites sur les régions voisines de la peau ne donneut aucun résultat à ce point de vue. Est-ce un trouble vasu-moleurt 11 u*)- a pas d'œdème ; il n'jr a pas do congestion sérieuse ou capillaire de la luméfactloD. Saus doute peut-on dire trouble vaso-muteur comme dans toutes ces luméractions de pseudo-œdèmes rénitenls d'origines nerveuses. Hais de quelle origine ? Il y a bien des femmes impressionnables qui font des boursouflures de dilTérenls cùlés sous l'influence d'émotions. Mais cette dame, que je connais depuis plusieurs années, n'a jamais rien présenté de semblable.
Il y a deux faits qui altircnl l'altentian : c'est l'anesthésle localisée à ces bosses, d'une part cl c'est, d'autre part, le fait que les baisers qu'elle a reçus premier homme dont elle a failli devenir la maîtresse ue lui ont jamais rien produitde tel. Au contraire, le second, dunl elle est violemmenléprise, qui t'émeut vivement, détermiue ces busses aux endroits où il lui donne des baisers. Entlu, c'est dans certaiues conditions particulicrcmcul capables de lui faire éprouver de l'émotion que cela se produit : en soirée ou au bal à l'improvisle, lorsqu'elle peut élre surprise, el que son désir est excité sans possibilité d'être complclement satisfait. Toute sa capacité d'aimer, toute sa puissance amoureuse se résume dans ces baisers ainsi donnés à la dérobée, toute son émotion amoureuse se concentre dans cette impression, et répai-
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semenl nerveux s'y localise an point de laissera sa suite pendant deux ou trois jours de l'ancsihésie.
IL me semble donc bicu qu'il s'agit ta d'un exemple d'émotion localisée '.
Maiutenant, du reste, l'habitude est venue, rémolion de ses rencontres avec son amant est apaisée dan^ de grandes propurtions et les bosses ne se sont plus reproduites depuis qu'elle en a compris l'origine.
11 ne saurait non plus s'agir d 'auto-suggestion. Car oa ne voit pas trop comment elle se serait suggéré d'avoir des boïses qui ta gèoaient et l'inquiétaient, et qui apparaissaient dans de certaines circonstances particulières donlelle ne se rendait pas compte elle-même. D'ailleurs, il aurait dû y avoir dans c« cas persistanced'unc sensation exagérée, brûlure, cuisson quelconque, r.ippelant l'impression du baiser. La, au contraire il y avait auosthésie, que peut seule expliquer l'épuisement localisé consécutiT à une excitation violente.
SI. UiŒT, — J'ai en ce moment une malade de ce genre chez lar|uellc r<Fdéme apparaît vingt-quatre heures après le toucher: ce n'est pas une hystérique, mais elle présente tous les degrés du dermographisme, qui serait, dans le cas du D^ Sollier, une explication plus vraisemblable que la suggeslion. Ce serait très joli comme émoliou localisée, mais il faudrait se renseigner plus exactement et alors l'explication serait vraisemblablement plus simple.
U. SoLLiBR. — Ce qui me fait conclure à rinfliiencede l'idée, c'est que dans un premier flirt très prolonge, l'œdème ne s'est pas produit parce qu'elle n'éprouvait pas le même sentiment que dans le second casque j'ai raconté.
II. Janrt. — Il est probable que celte femme n'est pas toujours dani la mémeétat el son cas pourrait ressembler h celui que j'ai décrit d'uue obsédée, qui voulait é' re une enfant et dont l'œdème n'apparaissait que quand elle était malade; celle femme tombait dans un état émotif lel que l'œdème se produisait: el ainsi on aurait unecombinaiâoo des deux explications par l'idée nxe et l'étal émotif. Il serait intércssaul de pousser plus loin les expériences el de rechercher par exem[ile si ou observe le même phcnomcne quand son ami lui écrJL dans le dos que quand il l'embrasse sur le bras. Au moment où on met en doute les expériences de localisation par simple idée cliez les byàlériques, il faut, avant d'accepter l'explication donnée, et qui rentrerait dans l'ancienne thèse, rechercher expérimentalement, si comme je le cruis. il ne s'agit pas simplement d'une sensibilité spéciale déterminée par un état émotif.
i. A. U suile des obserTaltons qui me furent présentées à l'occanion de cette communication, j'ai fait rerenîr M*' X. Au point do ru« du dermogrAphisme, je n'ai pu constater que son absence comme U première fois. Kile n'a jamais pré tenté la moindre tendanc« à avoir des indorattons, des lioursouflures de U peau, ■ous l'influence de compressions quelconques; olte a seulemeal une grande facilité, qaand on la pince on qu'on la h'^urte, h aroir des a bleui ». MaU noua arons va que dans le cas des a bosies v eltc ne présentait aucune espèce de colvration différente de U peau, de pigmentation oa d'exurarasaiion sanguine.
JOVUNAL DB PSYCnOLOGIB
Après sa communicalion, M. Sntlier, Préitident^ donne la parole à MM. Marie et Meunier.
Communication de MM- Marie et Meunier.
Note sur les dessins stéréotypes d'un dément précoce.
La slcréoljpio, sous ses formes mulUples. est un phénomène qui se relrouve juuniellemeDl dans ta clinique mentale. Après l'aroir considérée comme une lare plus particulièrement démentielle, on tend en ce moment a l'étendre aux simplesaflaiblissemcnts intellectuels et aux diverses néTroses.
Le dément précoce que nous observons depuis plusieurs mois nous a semblé cependant mériter une mention spéciale, sa sléréolypte avant prisla forme rare de dessins stéréotypés et jetant une certaine lumière sur le mécanisme psychologique de ces phénumcncs qu'on a peut-être eu len> daoce à trup rapprocher les uns des autres.
Rend., le démeot précoce que nous avons observé, a présenté daos ses écrits une progression curieuse ; c'est au début un mélange d'arithmétique graphique ainsi que d'échogr&pbie qui montre une transilioo insensible de ces phénomènes de sléréoLypie élémentaire jusqu'à uuestéréoiypie complexe aboutissant à une sorte d'écriture idéographique et aax dessins stéréotypés- Dans le cahier de graphomante qu'il rédige, nous relevons d'abord des sléréotypies graphiques relatives à certains mots et certains cbiCTres.
Plus tard, les mots s'allèreut, certaines lettres se répètent au cours des mots, et des lettres voisines fusionnent pour ainsi dire peu à peu entre elles. Ex. : x, H, p, A.
Il écrit ainsi de lui-même des séries de termes associés, semblant se rapporter à des préoccupations culinaires. Puis le caractère même de l'écriture change ; il y a sur chaque page du cahier certaines lignes, toujours les mêmes, qui sont couvertes de gros caractères, ornées de majuscnles; d'autres de petits caractères. Puis les majuscules se transforment et devicoaeut de petits canards ou de petits oiseaux, très drAlemeol stylisés et rappelant tes hiéroglyphes égyptiens. Nous aurons à revenir sur la siguilication de ces caractères cl l'interprétation de leur transformation.
A certaines pages de ces cahiers de sléréolypic graphique paraissent quelques dessins, soîl copiés sur la nature soit imaginés par le sujet. Ceux de ses dessins qui sont des œuvres d'iniagiuation sont déjà stéréotypés autour de 4 ou 5 types principaux.
Enlln le malade se met à remplir des cahiers d'un même dessin stéréotypé. Il répète ainsi plus de 100 fois le même sujet, un paysan faisaut la courà une paysanne sous des arbres, au bord d'un ruisseau. Le premier
SOCtSTK DS PSraiOLOGIK
dessin est soigné et p&racbovè: TÎsibtcmcDl ÎQispiré d'une chroinolilhoKraphie connue d'un tableau de musée ; mais k mesure que nous lournons les pages et que les cahiers se succèdent, les détails disparaissent cl bientôt Bfîl ne reste plus qu'un schéma à peine leconn&issable de la composition primitive. Le dessin, de volunlaire qu'il élail à l'origine, devient presque automatique et se réduit nualemcut à quelques traits srmbolisant évidemment aux^eux du malade la scène primilivemcul reprt'seDléc;mais il Tant pour la reconnaître suivre la série des dégradations successives du schéma qui rappelle par certain côté la dégradation d'elTacenient progressif des images rétiniennes longuement (ixécs lï un éclairage violent
Tels sont les faits. Nous avons essaye, soit en causant avec le malade, soit en le regardant écrire uu dessiner, soit en analysant ses cahiers, d'où pénétrer le sens. La conversation avec un dt-mcnt précoce de celle f^orle est extrêmement difOcile. Au milieu de ses discours — où se retrouvent surtout des terme» concrets avous-nous remarqué, — vient se mêler l'expression de ses seusaiiiuis présentes. Si par exemple nous lui parlons dans U cour
»de l'agile» par un beau temps, les mots soUil, arbres, papiltonst reviendront, de temps en temps, se mêler a sa conversation. 11 y a I& un phénomène d'association en rapport avec U succession des impressions ambiantes et une sorte de stéréotypie verbale par intoxication des impressions extérieures aux dépens de l'attention et de la suite des idées par l'impression visuelle associée aux mots évoqués. Pourtant comme nous lui demandions pourquoi il écrivait et dessinait ainsi du malin au soir, il nous a repondu : i Pour conserver l'intelligence ». Cette réponse nous semble caractéristique. Ce u'csl pas rintetligencc que ce malade veut conserver : c'esl la mémoire et la phrase qu'il répète indénniment en tête de pages sur tous «tes cahiers est formée de ces trois mots à peine roconnaissables dés les premières pages et de plus m plus méconnaissable aux pages suivantes : antétiewemeni uotts iaiotis ilU.
De plu9, nonsavooscru comprendre en causantavec Rend , qu'il y avait un rapport, au moins dans le dernier cahier de graphomanie, entre la disposition matérielle de chaque page et les elTurts que fait le malade pour se souvenir des lieux et du temps. Il essaya de nous faire comprendre que telle ^^igne était le dimanche, jour de parloir, et par conséquent le parluir lui- ^Kiéme; que telles autres lignes représentaient la cuisine, le dortoir, etc. Ce sont des associations évoquées par rapport aux moments de la journée et au lieu dans lequel il se trouve .i ces moments. ^H Parlons mainlcoauldcs dessins stéréotypés, le dément qui est un visuel ^Vest certainement mis k dessiner volontairement pour nippeter une ^^^avure déjà vue. Les premiers dessins s'accumpagneut de sa. phrase stéréutypée. Lorsqu'ils deviennent automatiques, l'écriture disparaît cnliirement. Il nous a été impossible de préciser s'il attribue un sens À ces dessins automatiques, cl lequel. Donc, eu résumé, nous nous trouvons ici en présence d'un malade qui d'abord a volontairement répété par écrit
JOCfWAI. DB PSYCtlOlOGIE
des chifTres, puis des tcUres. puis Jcs phrases, puis ud dessin pour se défcnJrc contre l'amnésie dêraenliellc'. Très rapidement ce moyen de défense esl devenu une slcréulypic automatique, aux signes de laquelle le malade ajoutait d'aillcars un seos idéologique curieux. Cette évolution et le caractère idéographique de celle stéréoljrpie nous reoscignenl sur son mécanisme psychologique. Mats remarquons, pour terminer, que tes sléréolypies sont multiples et qu'elles ne relèvent pa« toutes du même mécanisme psycho-palhologiqiie. Les unes seront liées à uu trouble de l'atten* tton, d'autres seront peut-être simplement des phénomènes épileploîdes : d'autres seront parfois la conséquence d'une amnésie.
Ici nous avions une stéréolypic voulue marquant la lutte do malade contre l'amnésie euvahissante: cette lutte présente deux phases : une première phase où le malade veut conserver les connaissances qu'il écrit ou dessine ; une seconde phase idéologique où il demande à quelques signes graphiques de lui servir de point de repère dans le temps et dans Teftpace. Ce doit être la tAche du psychologue lorsqu'il se trouve devant uu cas de stéréotypie d'en dégager le&eospsycholugique par robservallonetla conversation avec le malade. On remarquera alors que rarement une stéréotypie eât entièrement inconsciente et que du reste, comme l'admelteut la plupart des auteur», elle est toujours con^cienle au moins à son début.
Ou peut observer les stéréotypies séparément et stalionnaires ches de« malades diCérents ou suivre parfois les intermédiaires successifs che2 un même malade cutre les deux formes extrêmes.
Les stéréotypies sont comme la plupart des phénomènes pathologiques l'exagération d'un phénomène physiologique. C'est une application de la lui de réduction des phénomènes de réaction psychique, delà loi du moindre effort.
L'arrêt idéoé motionne! progressif tend à réduire Àchaqae répétition nos réactions coordonnées les plus complexes au strict effort nécessaire pour les mouvements rigoureusement adéquats au but cherché; c'est l'écunomie fatale de l'intervention corticale et des tâtonnements de choix qui furent au début nécessaires. Les centres corticaux agissent désormais comme modérateurs puis inhibiteurs des mouvements superflus. Aiuài s'achemine la réaction primitivement voulue ver» la réaction réflexe automatique et la stéréotypie par habitude.
Dans l'échographie» un ou plusieurs mots ou fragmeuls île motsserépè-
1. Noos croyons avcr Masseton que la mémoira des fuîis anciens do nos m&lades. est ciractèrisèc par co fait que te nombre des souvenirs qu ils peuvent uiiliser poar leur rao conscicnlo derient de plus on plus restreint n mais il ne faadrail pas en conclure trop bitirement que ces iouvenin sont dciruiu. Noos les voyon» «k elFfll reparaître en certaines circonstances. Ce qui s«tnble surtout effacé, c'est l'a»* sociation entre les dÎTers éléments meataux qui coastituonl le soaTcnlr. Ces éléments isol^ désormais ne sont plus rappelés i la rie consciente et s'obscarcissent progrcsiiTement. » — René Uasselon, Psychologie det DémenU précoces. 1902. p. 69.
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teDt iadépcndamment de la volonlé. rappelant oo phénomène courant en phonographic d'un arrêt du stylet vibrant qui repasse indéfiniment sur la même fente du cylindre cl lépëto lo mûmc mot enregistré; te cylindre tourne toujours mais le curseur buté fait repasser indônniment le récepteur au dessus des mêmes points.
On voit des épilcptiques surpris au cours d'une phrase ou au cours d'un geste répéter à plusieurs reprises ces actes M'aura de la crise cl les reprendre a son dédia.
L'atlaque inhibe tes centres supérieurs modérateurs et de coordination : le bulbe abandonné h lui-même épuise sou excitation en répétant la dernière série des coordinations élablies parle cerveau supérieur.
La phrase coupée par la crise est reprise, répèlée et schevée un instant après, la crise planl passée, et oubliée ou inaperçue. Maisilya biend'aulres cas de stéréotypitï élémentaire autama(i']uo que l'édiographie et l'ccbopraxie comiliales; dans l'amnésie Lraumalique ou a signalé souvent la répétiiion el ta reprise des mêmes actes, paroles et souvenirs d'un ordre d'idées contemporain du Iraiima.
Cerlains chocs moraux et émotionnels produisent des phénomènes analogues. Lrs névroses diverses oITrenl aussi des siéréolypies élémentaires Tariécs ; les tics et certaines grimaces choréiqucs peuvent cclore par un mécanisme ayant quelque rapport arec celui de ces répétitions des mouvements associés.
Dans Ihyslcric, réchoialie, i'échographie. l'échopraxie, les ioTersioes d'écriture en miroir ou a rebours, comme certaines inscriptions de médioms, sont autantde stéréotypies automatiques; on pourrait élcndrc celte façon de voira certaines persounalïtés alleruauleset multiples de ces sujets névrosés.
Parmi les dégénérés, on a signalé l'échoacousie. les polyopies. les raicromégalopies, micromégalécies et syncinésie», les uiiomalomanies el arithmomanies obsédantes porlanlsur dcschidres ou mots entendus cL vus.
Ce sont là des phénomènes analogues des sphères sensorielles dont les échopraxies sont le correspondant moteur; (onomalomanie et arithmomanie écrite et parlée }
On conçoit que cerlains auieurs aicnl qualifie ces syndromes du nom de phénomènes épileptoîdes.
Dans les délires d'emblée comme dans les ticlircs prolongés, qu'il s'agisse d'élais paraooîdes chronique^, comme celui du dëmenl précoce que nous dto&«, ou de délirants chroniques parvenus & la stéréolypie tardive de leur psycho«e, le phénoméoe est encore le même dans son essence; malgré Tinterveiiiion préalable plus ou moins constatée du cerveau supérieur dit volontaire, on peut même soutenir que tout délirant h quelque degré, a participé par des vnlitions plus on moins nettes, aux stéréotypies de son délire. Cela h la différence des automates plus ou moins purs précités, el de l'idiot ou de rimbécile dont l'initiative se réduit à un effort d'imitation
JOURSAL DB PSYCHQLOCwIK
de ce qo'ils odI pu voir parfois oa à la répélilioD de raouvenieots spontanés peu complexes.
Eulre le dèmeol précoce h sléréotypie Irès précoce (apparcntestéréolypie d'emblée), el le déliranl cliponique à sléréolypie 1res lardirc, il jr a néanmoins tous les intermédiaires uaissant ces extrêmes, el la clinique peut les olTrir à robscrvation chez des malades divers, voire momu chez un ménic malade considéré ù divers stades de son évolution.
Après celte communic&tion, M. Sollicr, Président^ doune la parole â M. Janel.
Communicaiion de M. Janet.
Le besoin d'excitation dans les impulsions paye lias thé niques.
Messieurs,
J'ai insisté depuis quelque temps sur une intcrprctalion du phénomène de l'impulsion qui accompagne si souvent les ubscssions des psychasiéniqaes'. Ces impuUions comme les obsessions elles-mêmes, roc semblent avoir leur point de départ dans certains sentiments d'incomplétude en rapport avec la dépression, l'abaissement du niveau mental caracié ris tique de ces malades. Il y a I& un sentiment aigu de la diminulîon de la tensioa psychologique el un désir intense de la remonter par des moyens donl le malade a, accidentellcmeni, reconnu l'erficacilé. Ces moyens souL très variés comme les causes mêmes de la dépression : tanl6l il s'agitd'excitations par des puisons, par la nourriture, par le muuvemcut, tantôt il s'agit d'excitations en apparence plus morales, par certaines actions, certaines sensations, certaines émulions. De la toutes ces formes de la dipsomanie, de la boalimie, delà dromomauic. Do là égalemeulleslmpulsiousà rechercher la donleur ou, comme je compte Je montrer peu à peu, certaines impulsions qui poussent à rechercher l'alnour, la batterie, la iluminalion ou même ta soulTrance des autres, etc. Les deux observations que je désire vous présenter aujourd'hui me paraissent avoir à ce point de vue quelque intérêt et nous présenter en même temps des Tonnes cliniques remarquables de l'ioipuUion.
Obs. 1. — Un jenne homme de dix-huit ans, L., vient d'être conduit chez moi par ses parents dans des circonstances assez dramatiques. Après avoir coutrairemcnt a toules ses habitudes abandonné son école à Tin^u de ses parents pendant trois semaines et fait une noce invraisemblable, il vient de se tirer un coup de revolver en pleine poitrine. Heureusement, la balle a été arrêtée el déyiée par des boutons de métal el il n'a qu'une blessure
1. Pierre Janet. Tbc pathogen«8is of eome impalsionfl. Journal of ahnormal fmyckology, pubUshed b; Morton Prince, Boston, aprti t006.
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superficielle. Ce qui est imporlant c'est l'élat meDt&I desplussinguliers qui & dfitcrmiaé son changement de conduite et celle tenlalive de suicide, êlal mental que le jeune liuinme [larfailemeul cunscient vient expliquer lui-
■ méme en demandant des secours.
Il y a évidemnicnl des aotéccdenls héréditaires : uu oncle est mort dans un asile, la mère qui est une bizarre a eu des accès mélancoliques. Cependant le jeune hunimc semble bien doué, très intciligenl, et jusqu'à présent rempli de bons scnlimcnls et de bonne volonté. Depuis un an il élatl dans un établissement où îl préparait des études scieiiiiliqucs et où il semblait réussir fort bien. Il prétend que son esprit est devenu malade depuis pluîijeurs mois : c'est comme s'il y avait eu un abaissement graduel de son énergie morale. De plus en plus il éprouvait un ensemble de sentiments horriblement pénibles cl dans son langage il appelle Ions ces sentitinents des seniiroenls d'ennui. Il dit avoir senti de plus en plus fort l'ennui d'être une partie du jour dans une école, l'ennui de sentir sa liberté comme léduite, l'eunui de n'avoir plus de vDluntc. l'eunul d'avoir à faire un travail qui lui plaisait autrefois el qui mamlenantnc l'iniéressc plus
B^u tool, Tennui de se sentir au-dessous de sa tAche, l'ennni de sentir que jamais dans sa rie il n'arrivera à rien, etc.. Inutile de continuer celle énnméralîun, il décrit sous le nom d'ennui luut ce que j'ai appelé les sentimenla d*incomp1ctude des psychasthéuiques. Mais il ajoute queccssentîmoulft lui étaient profundémeut insupportables, qu'ils s^accompagnaieut d'uue angoisse aUreuse, d'une soutTrance physique et morale indescriptible
Kdont il fallait sortir d tout prix.
iNe pouvant plus y tenir il a abandonné son école, il a changé complètement de conduite, pour supprimer cet ennui au moyen dece qu'on appelle
Kdcs aniuicmeuls... « J'ai cherché à Faire la noce, car il Tallaii absolument,
' par n'importe quoi, faire cesser cet embêtement ». Pendant quinze jours il s'est abandonné à tous les excès, c'est-à-dire qu'il a essayé tous les moyens d'excitation . Puis il a constaté avec désespoir qu'il réussissait simplement h se rendre malade, cl alors il s'est senli poussé vers une autre solution el il a pris la résolution d>n Unir avec une vie si ennuyeuse.
Oepuià le jour où il a eu nettement la pennée du suicide, il s'est senti bien plus heureux. Cela est tout à fait caractéristique et c'est même ce qui fait la gravité de l'impulsion. Celte pensée de la mort, par l'émotion qu'elle déterminait, rexcttait bien plus que toutes les noces précédenteset remonlail momentanément sa tension p.<-yc)iologique. Il s'est senli beaucoup ieux en écrivant ft ses amis des lettres d'adieu ; il s'est amusé énormément eu tirant une balte de revolver cunlie sa propre image dans une glace ; quand il »'est tiré une balle dans la puiLrine, il a eu sur le moment une vraie jouissance qu'il n'avait plus seutî depuis longtemps.
Le diagnostic de ce malade est fort difficile, il ressemble par certains côtés aux mélancoliques, surtout à ceux qu'on appelait autrefois des mélancoliques héréditaires ou des dégénérés. Je suis plutôt disposé à dire qu'il
jouRSAi. ùE rsYcaoLoom
s'agit d*une criso de psycholepsic chez ao psychaïthèaique, quoique Tcxécalion du suicide semble t)i7.arrâ. J'ai eu l'oecastoa de voir d'ailleurs, depuis mon ouvrage sur ces maladcSf que les exécutions de ces suicides élaieat un peu plus Tréqueutes que je ne l'ai dit, mais je n'insiste pas sur le diagnostic général du malade qui n'est pas encore as^ez précisé par l'évolution. Je vous fais seulement remarquer comment l'impulsion a taire la noce qui ressemble st l'on veut k une sorte de dipsomanie et même l'impulsion h se tuer ont eu pour point de départ le besoin d'excitation.
Obs II. — Cette observation est moins dramatique, mai) elle me parait cependant avoir la même sii^aincation. 11 s'agit d'un malade B... que j'ai étudié à la SalpéLrière avec M. le professeur Raymond et dont voici l'histoire en résumé. Cet homme de trente-huit ans est amené par sa femme a la Salpëtriére à la suite de cette singulière aventure : il y a quinze jours, étant employé de la Compagnie du gaz et étant chargé de quelques recouvrements, il a touché une petite somme d'argent qui n*élait pas bien considérable, une centaine de franco. Il n'a pas pu les garder en poche, mi is immédiatement il a réuni des camarades et même des individus qui lui étaient peu connus et il les a invites h boire avec lui. 11 a fait le généreux, le grand seigneur eu leur payant ce qu'ils voulaient et en buvant du reste assez peu lui-même. M a dépensé ainsi tout ce qu'il avait en poche. Puis il s'est aperçu avec stupeurqu'il avait volé la caisse, il a compris qu'il serait renvoyé par la compagnie, il a eu horriblement peur d'avouer ce désastre h sa femme, et il s'est sauvé comme un enfant jusqu'à Bruxelles, où il cherchait a se dissimuler. Sa femme extrêmement inquiète a pu retrouver ses traces, et a dû aller le chercher dans celte ville, d'où elle l'a ramené tout penaud, tout désespéré.
Ce n*est rien du tout, direz-vous, et cela semble bien peu médical. C'est un homme écervelé assez malhonnête qui fait la noce avec quelques amis ; il n'y a pas lieu pour le médecin d'intervenir. Cependant sa femme, qui la connaît très bien, l'amène à la Salpctriére. et nous croyons qu'elle a parfaitement raison.
6'abord ce n'est pas un voleur, il est foncièrement honnête de sentiment; il tient à rendre l'argent qu'il a pri^t. il n'a aucunement l'habitude de prendre quoi que ce soit. C'est un ancien caissier de maison de commerce, qui tous les soirs rapportait dans ses poches des sommes énormes. Il apportait souvent chez lui pour ta nuit une somme de 20.000 francs. Jamais il ne lui est veuu ù l'idée d'en voler un sou. U avait l'habitude de manier l'argent sans aucun trouble. En onlre, c'est un homme très sérieux qui travaille, qui veut se faire une position, qui est enchanté de son mariage et qui redoute horriblement de méconieitier ses patrons; ce n'est pas du tout un étourdi qui ferait une sottise sans penser aux conséquences. Cependant l'incident qui vient d'arriver est bien loin d'être le premier : c'est le dernier épisode d'une série d'aventures lamentables, toutes du même genre. Déjà il s'est fait renvoyer d'une maison où il travaillait, exac-
iiOCIÊTÊ DE PSYCHOLOGIE
aig
Lement ponrie môme Tait. Deux Tois dcj& it. femme et lui oui pu dissimuler le lendemain des dépenses fullcs faites dans les mêmes circonstances el que les p&trons n'avaicntpas sues. Ces incidents se passent loujoursdo la même maDière : U est pris à certains moments du besoin impérieux non de boire lui mâmc, mais de faire boire les autres en leur payant leurs consum mations, en dépensant avec ostentation tout l'argent qu'il peut avoir en poche sans savoir d'uû vient cet argent. Les conditions dans lesquelles ces choses se passent nous poussent à considérer le fait comme tout ix. fait patbolo* gique.
^ft C'est ce que uous démontre encore mieux l'observation du malade. Son ^^ère était taciturne, solitaire, sauvage, prédisposé sans doute aux troubles qui vont se développer chez le fils. Celui-ci a toujours élu inlellÎRent, seu> aitif, mais sans aucune volonté, perpétuellement inquiet, il avaiisans cesse le besoin d'être dirigé et réconforté, comme il le dit, délre aimé, d'être cajolé. Il prétend qu'il a fait il y a dix ans au réginienL une chute grave surla tête, qu'il est ri^sté longtemps évanoui et qu'il est plus malade depuis ce moment. C'est possible, mais cela n'a l'ait qu'accentuer le caractère antérieur. Il dit aussi qu'il avait des saignements de nez extrêmement fréquents el qu'il est plus mal depuis que ces saignements de net ont cesse. C'est possible, mais
• l'tissenliet est qu'il a maintenant des crises de dépression revenant assez fréquemment. Ces crises sont caractérisées par des maux de léle singuliers : il lui semble que la tète se vide complètement et qu'il perd le peu d'énergie qu'il conservait d'ordinaire. 11 devient tout d'un coup encure plus hésitant, lus inquiet que d'ordinaire. Il est étreint par une angoisse extrêmement pénible. Ce sont des faits de ce genre que j'ai souvent décritssous le nom de crises de psycholepaie el qui sont au poîntde départ de Lieu des impulsions el des obsessions.
C'est ce qui a lieu dans le cas actuel; quand il est entré dans un état de ce genre, il est poursuivi par uoe idée obsédante : c'est qu'il a besoin de |4'a(reclion, de la bienveillance, de la (latleric des autres personnes. Il sent que cela seul le relèverait à ses propres yeux et lui donnerait l'énergie nécessaire pour continuer h. vivre. Sans doute il n*est pas très délicat dans le moyen qu'il a découvert pour obtenir celte Hatterie alTectueuse do son prochain. C'est le milieu où il vit qui lui a inspiré ce triste procédé : chacun obtient les applaudissements comme il le peut. Quant à lui il ne se remonte quVu payant h boire à ses camarades, en exhibant dans los calés cette générosité banale. C'est pour cela qu'il (acrilie absolument tuut : tandis que dans les périodes normales il est économe de son propre argent el il est un caissier incorruptible, il n'a plus aucun scrupule quand il a besoin de se faire remonter. Aiusi que nous l'avons loujourscooslalé, c'est régulièrement dans les périodes de dépression après le mal de tête spécial que sont survenues toutes ses sottibes.
Si b. eât évidemment un malade, il ne faut cependant pas le confondre avec tous les autres. On a parléàson sujet de délire épilcptique, parce qu'il
JOOBSAL DB PSraiOLOGIK
a décrit & ud médecin cette sorte de diminution de conscience qu'il éprouve toute la jûumée où il fait des sottises. Nous ne croyons pas qu'il y ait lieu d'iuâisler en présence de la complication des actes et de la netlelé des sourenirs. C'est également cette netteté de« ftouveairs qni noos empècheAt de songer à des fugues hystériques. Nous u'Iié^ilons pas à rapprocher cet accident d*un phénomène Lien connu, la dipsomanie des psychasléniques.
Mais, dira-t-oo, le dipsoroane est surtout poussé à boire et il boit seul, jusqu'à TÎTresse complète. Or celui-ci boit peu, i>e s'enivre pas du tout et dépense surtout son argent pour ses amis. C'est que ces caractères ne sont pas l'essentiel de la dipsomanie. A notre avis le dipsomancest un individu qui a des cri«à de dcpressiori, des crises de psycholep^ie comme nous les avons désignées, qui souïTre cruollemeut de ces dépressions avec perte de la volonté, avec seotimeut d'iucomplelude de millr^ espèces, avec inquiétudes anguissanies. H «ait qu'il y a un remède tout près de lui. que l'alcool, par l'exciiaiiuD qu'il procure, peut rapidement la tirer de cet état. Il ne peut plus résister k ce besoin d'excitation. L'essentiel de la dipsomanie, c'est la dépression et le besoin d'excitation. Quant au mode d'excitation, il [leut changer suivant le tempérament du malade cl suivant les circonstances que lui ont l'ourui la connaissance des bous elVeLs d'un excitant déterminé.
Ce qu'il y a de particulier et d'intéressant dans l'impulsion de notre malade, c'est qu'il boit ti-ès peu lui-même. qu*il ne se grise aucunemvul cl que l'exiJitation par l'alcool n'est qu'un petit élément de la modincalïon de l'étal mental. Comme il le dil lui-même, cet alcool ne lui ferait aucun effet, s'il était payé par les autres. C'est le fail de dépenser pour les antres, de se montrer grand seigneur, qui lui donne coultanceeu lui-même ; et c'est pour obtenir cette salisfacliou de vanité qu'il oublie tous ses intérêts. Cette ubservatiou est intéressante pour nous montrer une forme morale et peu connue de la dipsomanie. Nous retrouverons, je Tespère, à propos d'autres impulsions l'uccasiou d'analyser davantage ces excitations par divers phénomènes sociaux. Je tenais seulement à vous montrer aujourd'hui le rôle qu'elle peut jouer dans certaines impulsions.
M. Mbcmer. — C'est le dtaj^uosiic de MU. Vallon et Marie après examen clinique.
H. FiSRON. — Depuis combien de temps clait-il interné?
M. Mbukibr. — Depuis huit ans; il fut examiné aussi parCarnier.
M. Dumas. — Il y a huit ans ou ne dcvailpas le considerercommc dément précoce !
U. SoLLitn. — Ne serait-ce pas un circulaire, ou selon la terminologie récente, uo maniaque dépressif? Sort-il facilemenl de sa dépression et sans excitation ?
U. Jaxct. — Non, il lui faul une excitatioD ; ainsi il éUit très bien aprèc le coup de revolver.
M. SoLLua — Il n'y a peut-être pas lieu d'employer le terme àephotie puisqu'il y a réellement enoui et qu'il cherche réellement k s*ex citer.
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H. DcMAs. — J'ai TU un masochisle ' qui a préseulé UDe rorineil'agîLation Inquiète doul il sortait, à la suite d'une blessure déterminant quatre ou cinq jours de rOpil. Je n'ai pu savoir d'uue fdçuii précise si l'cmolion qu'il éprouvait étail une émuliou tuuiquc uu une émotion atupéûante. s'il s'cxci' tait et se remuDtait, ou si au cunlraire il s'ôpuisait. Que se passe-l-il en gcuèral dans des cas analogues ?
^k &I. jA!4fiT. — Je crois que les deux cas pouveul se présenter, mais peu
^après ils sont aussi fatt<,'ués.
H. Vl'bpas. — Votre premier sujet ne serait*il pas là un mélancolique héréditaire, puisque la mère ùlait mclaucolique ?
1&I. Jambt. — Il est cvideol qu'un peut r<acUer son cas a celui de sa mère.
)l. Abkacd. — Il semble bien que ce suit un mélaucoliquc cl je ne vois pas bicu ce qu'il y a d ubsudanl dans sou cas. U. Jamct. — Cs qui consiituerubsessiun, c'est le langage: il parle toujours de l'enoui et s'il reste un jour tr&oquillc, il n'apparail pas curame un Diêianculiqiic dcpiimc.
^P M. Aanauo. — J'ea ai ?u de celle catégorie; leur niétaucolie u'est pas permanente mais elle existe, el il s'agit de mclaucoliques et non d'obsédés.
Après celle coiiiiuunicaliuu^ M. Sollier, Président^ donne la parole , M. Descliampa.
Communication de M. Deschamps.
Note sur 1 Interprétation et la Terminologie des deux Psycliismes.
B L'hjpothèse des deux psychismes est admise aujourd'hui par la plupart des ueurologisles. Les ternies qui servent à les désigner peuvent être difTérculs, le principe est U même. On s'accorde à dédoubler la foactioii psychique CD deux groupes : te groupe des faits automatiques, le gruupe des laits volontaires et syuUiéliqucs. On sait que M. Pierre Jauel appelle le prc- ^-^mier « le psychisme inférieur i* et le second a le psychisme supérieur s; ^■que U. i. Grasset les nomme « polygone • el centre 0; et Myers : moi subliminal et moi supialiminal.
Si ruxisicnce cl le rùle des deux psycbisroes sont établis — au moins pour l'iostant.car LouLes les < formes » psychologiques sont évidemmenl provisoires — leur interprétation est très discutée.
M. Pierre Janct peuse que « ces deux furmes de la conscience représeu- |tent deux degrés d'activité qui peuvent apparteuir à tous les centres du erveau. » C'est aussi l'opinion soutenue par MM. Juffroy, Pitres, Biuel.