Cf. Journal de Psychologie, 1003, p
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Pour H. J. Grasset, au cootraire, il existe des centres spéciaux poar le psychisme supérieur (lobe préfrontal) et pour le psychisme turérieur (ccd- Ires sensorio-motcurs, partie moyenne du pli courbe, troisième circonTOlulion temporale).
L'hypothcsedcM. J. Grasset, très analogue d'ailleurs k celle de FlecbsJg, a été très éprouvée par les travaux récents. Sciammana [1005} et Polimante (1906) ont montré que l'ablation des lobes frontaux chez les singes D'altérail en rien les fonctions psychiques. Quel que soit le talent de M. J. iirasset. il lui sera diflictlc de localiser des fondions qui n'existent pas, il me semble, h l'état d'entités. Qu'est-ce que l'attention, la synthèse, l'imagination, riuiellif^ence? Des expressions scolasiiques, des mots commodes. pas autre chose. Les philosophes emploient des termes conventionneU qui. physiologiquement, n'ont pas de sens. On sait seulement que ce qu'on appelle l'image possède un substrat physiologique ;queces substrats divers s'associent et que ces associations tendent A se transformer en idées.
Mais une fonction psychique, telle que l'attention ou la synthèse, n'étant pas 0 isolable » physiologiquement, ne peut évidemment être localisée anatoraiquemeat. C'est ropinion de MM. Pitres. JolTroy et Munk.
Si les fonctions psychiques ne sont pas localisables, elles sont liées à l'activité de n l'ensemble » des centres nerveux, ou, plus exactement, à ce que Ton peut appeler la tension énergétique des centres nervfux. Elles sont — probablement, puisque rien n'est cerlaia — le prodnil de rénergie des centres encéphaliques.
Les mécanismes qut transforment l'objectif en subjectif nous demeurent inconnus dans leur essence; mais nous devons admettre que les lois de l'esprit sont en accord avec les lois de la biologie générale et que les pbëuomcnes de la vie psychique sont des métamorphoses énergétiques au même litre que les autres phénomènes de la vie et de la nature. Dans un ouvrage récent. L'activité psychique et la vie, Bechterew a soutenu celle opinion avec le talent que l'on sait. Je me suis efforcé moi-même de l'exposer — modestement — dans des ouvrages qui paraîtront prochaioemeni sous ce titre : Les maladies de l'énergie *.
Tout phénomène psychique parait être l'aspect subjectif du phénomène objectif énergétique. El l'activité psychique est en rapport avec la double source de l'énergie : production énergétique chimique (énergies efncientes. métabolisme, énergies extérieures, etc ) ; qualité des centres nerreiix accumulateurs et distributeurs d'énergie. 11 existe un circulns perpétuel d'onde nerveuse dans les centres psychiques comme dans les centres organiques, et les divers psychismes paraissent liés à cette tension énergétique plutôt qu'au seul état aoatomique des centres cérébraux. Si la destruction de cer-
1. D' Albert Descbamps, Les Maladies de CÈnergte. — Les Asthénies générales. Hi/mptiSmes. Mécanismes et traitement (eoqs presae, Paris, F. Alcan) ; pnîs : Les Asthénies psychiques. Psycholif^fie, Pri/chothérapic et Morale.
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IttiDes poriioDs Trontales eolraioe la diminution ou la perte des opérations du psychisme supérieur, n'est-il pas permis de penser que ces portions cérébrales sont, plus que daulres, accumulalriccs d'énergie, distributrices de dêrirations ou d'inleraclions, donc productrices des actions dynamogéniques ou iabibitrices, des associations, des sjothèses, des adaptations qui constituent les opérations psychiques supérieures? ^h Je n'ai pas d'ailleurs rinlentioa de discuter ici cette question. J'ai voulu simplement indiquer que je mo ranj^e h l'hypothèse soutenue par M. Pierre Janel. Je considère les deux psychismes comme deux degrés divers de ractirîté des centres nerveux. Voici t'inlerprélation que je propose.
La fonction psychique est une Tonction analogue à toutes les fonctions de l'organisme. 11 n'y a pas de fondions nobles. Toutes les fonctions sont égales devant la loi physiolofçtque.
Toute ronclioD, quelle qu'elle soit, se présente sous deux états : l'état de repos et l'étal d'activité. Ou plutôt le mot de repos n'est pas exact. H n'y a pas de repos total dans un organisme vivant : le repos statique est un état cadavérique. Il y a toujours un certain mouvement dans le repos. Que se pasae-t-il par exemple dans le muscle? On sait que même h l'élat de repos le muscle présente un certain degré de tension, une certaine élasliciié active cl que la conlraction dynamique n'est que « l'augmentation brusque des actes physico chimiques tenant aous leur dépendance permanente la tension superncîelle » (Joanny-Doux).
Le tonus musculaire est un phénomène bien décrit, bien connu, qui a sa physiologie et sa pathologie. Le tonus peut être diminué (hypotonie}, aboli (atonie) ou augmenté (hypertonic] et ses désordres peuvent accompagner les troubles dynamiques ou sthéniqnes, mais ils peuvent en être indépendants. Ainsi chez les darkimonieus il y a bypertonîe avec asthénie; chez les tabétiques, atonie avec sthénic normale.
Or les lois fonclionneltcs sont les mômes dans tous les systèmes, dans le système psychique comme dans le système musculaire. Il existe une évidente communauté foncltonnelle entre les organes et les centres nerveux La fonction musculaire est particulièrement comparable à la fonction psychique. Shcrriogton l'a dit souvent. Et M. Sollicr a écrit ; n La rcprésentaliun nous apparaU ainsi comme l'équivalent du mouvement : elle est au
I|Berveau ce que le travail musculaire est au muscle '. » La comparaison que J'établis ici — et que j'avais faite avant de connaître cette phrase de H. Sollier — ne paraîtra donc pas étrange. I SI la contractUilé est l'énergie spécifique du muscle et s'exprime sous deux formes : tonus-automatisme et activité-dynamisme, la conductibitité est l'énergie spécifique de l'appareil nerveux. Il n'y a pas plus de repos complet — statique — pour la conductibilité nerveuse qu'il n'y en a pour L conlraclilité musculaire. Le système encéphalique fait de ridéatiOD.
1, L'A*90ciation en ptychologie (P. Alcon), p. 120. Journal de psychologie.
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comme le muscle se coDtracte^ nèccssairemeut. 11 y a toujoara un cerl&in moiivemcut, une certaine conduclibililè, une certaine pensée dans le repos, La non-pensée^, c'est le slatique» la mort. Le cerveau ne peut pas ne pas penser, parce que Tonde nerveuse entretient, même îi i'êtal de repos, an fonctionneroent aulumalique qui, on l'e5pcce. est l'idéatiou, comme ÏJ e»l la conlraciililè dans le moscle. la sécrétion dans la f^taude. Taioe dirait parfois : a Je voadrais ne pas penser. » C'est impossible. Il existe d'une façon permaucute dans le cerveau un état de penâèe involontaire, aulomatique. rourmitlemenl iacessant d'échanges iutra-cérébraux conïcicntSr &ubcuuscicnls ou îucouscieul», qui s'accomplisâeot sans suite et sans ordre. C'est une sorte d'élasticité psychique, entretenue par les excitations sensitWes périphériques et les interactions des arcs réflexes neuro-psychiques, tantôt excitée, tantôt iuhibéc par ces influences diverses. C'est \k proprement l'état automatique psychique, le psychisme ioréricur. que l'un peut appeler le lonus psytihique ou état ionique, puisqu'il est l'analogue du tonus musculaire. Ce tonus nVsl pas toujours conscient, c'est-à-dire connu par le moi synlhétiquCf mais il n'est pas exact de dire qu'il est toujours iucotiftcient, parce que tout iucouscient peut devenir conscient lorsqu'il atteint un certain degré de tension énergétique.
Voilà l'aspect automatique — ioTérieur si l'on Teat — de la foocUoa psychique générale : le tonus psychique.
Hais voici )a tension énergétique qui augmente. Que va-L-il se produire? CouliuuoDS notre comparaison. Que se passe-t*il dans le muscle lorsqu'il passe de l'étal de tonus automatique à l'état de contraction active? Une augmentation quantitative d'éuergîe, qui détermine ta coutraciîoQ el, par suite, le mouvement. Dans lesneuroues psychiques le phénomène n'est pas identique, puisque le nerf n'est pas identique au muscle, il est analogu», toutes choses égales d'ailleurs. L'acte volontaire actif provoque une augmentation de la tension énergétique, d'où UD état plus précis de coosscience, une asÂociatiou sTnthélique. L'appel d'énergie — phénomène actif — a déterminé une transformation des forces latentes eu forces vives, un mouvement de pensée, quelque chose comme une contraction psychique (si Ton me permet celte cumparai&ou). Cette opération est évidemment plus compliquée que la précédente ; on peut l'appeler « dynamique ».
Ces deux opérations : inférieure, automatique, tonique; et supérteore, dynamique, ne sont donc autre chose, il me semble, que les deux étals de toulo fouciiuu, les deux degrés de la tension énergétique — en rcspêce, de la tension psychique. Si « noble o que paraisse cette foDCtioD. elle ne peut échapper aux lois générales de la biologie.
L'état automatique — tunique — est le résultat de la moindre tension énergétique, l'élal latent de la pensée prête à fonctionner activement sous l'influeuce d'un appel d'énergie synthétique volontaire; il corrc^poud k une idéatiûQ très spéciale avec tendance h l'habitude el à la rêverie. L'état actif — dynamique — est le résttltai d'une tension énergétique plus élevée, fonc-
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tion da pouvoir cncrgciique individuel; il a une tendauce à l'acUon immédiate Le 1 tonique » est exactement le psychisme inTérieur de P. Janet. le polygone de J. Grasset ; le « dynamique u est le i psychisme supérieur », le centre 0.
Ces deux états sont liés l'un .\ l'autre puisqu'ils sont deux dcgrcâ divers de la tensioD énergétique, psychique, deux phénomènes de même ordre. n n'y a pas entre eux de cloison ctanche el, comme Ta Tait justement remarquer M. Pierre Janet, « il y a hicn des formes de transition et il ne Tant pas oublier qu'un mémo phénomène psychologique par l'effet de la répétition et de l'habitude passe de l'une de ces formes de conscience à l'autre. •* D'ailleurs chacun de ces deux psychismes étant un mode psychique séparé de l'autre par une u quantité >, possède une psychologie à peu prés complète. Il y a tout un psychisme tonique comme il y a un psychisme dynamique. M. J. Grasset admet aussi qu'il existe toute une psychologie polygonale (mémoire, imagination, jugement, etc ]. Et, eu effet, le tonus psychique est un état de condnctibllité avec moindre tension que l'étal dynamique, mais de conductibilité tout de même. On peut dire que dans rétat tonique il y a surtout des sensations et des images — impreâsions subies — ; dans Tétai dynamique, surtout des représentations : phénomène actif, synthéiique, moteur.
Ainsi toutes les fonctions psychiques, quelles quelles soient, ont un c6té tonique el un côté dynamique. Mais le tonus étant entretenu surtout par les neurones sensilifs périphériques, tandis que le dynamisme s'alimente au réservoir central d'énergie, on peut penser que le psychisme tonique a plutôt une origine périphérique cl le psychisme dynamique plutôt une origine centrale. On dispute sans cesse sur le point de savoir ei l'èlal affectif précède ou suit l'elat inlellecluel, si l'atleniioa est d'origine périphérique ou ceutrale. Si mon hypothèse était exacte, cette discussion serait sans objet. Tout psychisme est périphérique par son côté tonique, central par son côié dynamique. Emotion et pensée sont des cliquettes sans imporlance, recouvrant des opérations semblables mais dont l'origine est diffcrcuio- il y a des émotions périphériques et des émotions ccnt^les, comme il y a des idcations. des attentions centrales et des idéations, des attentions périphériques. On peut mettre d'accord, je crois, périphéristes et centralistes : ils ont tous également raison.
Ces deux psychismes, tonique ctdjnamîqne, agissent simultanément dans la personnalité normale ; ils peuvent être distingués l'un de l'autre seulemeut dans la désagrégation pathologique.
Et ici encore la comparaison s'impose entre la pathologie du muscle et la pathologie de la peusée. On sait qu'il existe des atonies musculaires cl des asthénies. Ces désordres peuvent coïncider mais ils peuvent être indépendants. J'ai dit plus haut qu'il y avait à la fois hypertouic et asthénie chez le darkimonien: atonie et slhénie chez le tabétique.
Les mêmes phénomènes s'observent dans les tronblcs des centres ner-
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veux. Les opor&lioDS inférieures (toniques) et supérieures (dyaamiqaes) pcuveul être altérées en même temps, mnis il peut y avoir ausM une augmentaiioQ ou dimiQutioii du tonus sans que les troubles du domaine dynamique suivent une marche parallèle.
D'une façon générale on peut dire que si chaque unité fonctionnelle ner< veuse coDlient — comme la physiologie acluelle tend à l'admettre — A la fois dos nbres excitatrices et des libres inhibilriccs, toute lésion portant sur le mélange produira, en même temps, une diminution du tonus dans les fonctions dépendant des fibres excitatrices atteintes, et une augmentation du tonus dans les fonctions dont les fibres inbibitrices sont par la même occasion lésées — comme dans le muscle.
Cela, c'est une règle géoérale dimclle & vérifier. Dans la pratique ordinaire, il est plus commode d'observer les désordres produits par les troubles des systèmes qui agissent sur le tonus soit pour l'exciter, soit pour l'inhiber.
Les troubles qui portent sur les organes et les Cfntres $en$it»fs déterminent habituellement do Vhi/poionui psychique ; et l'on sait que dam rhyslcrle vraie, pure — qui est, à mon sens, une maladie de la sensibilité — les malades (je parle des cas graves) ont une atooie psychique intense : elles ne pensent pas, elles ne révent pas, elles sont vraiment « atones h. Les hystériques qui rêvent sans cesse, rêvent non parce que hystérique?, mais pour d'autres raisons. — Mais il peuty avoir de Vhypertonus psychique au contraire, lorsque le trouble pathogéoique est irnVa/i/'. Dans les asthénies traumatiques par exemple, dans certaines asthénies par intoxication, Et cet bypcrtonas s'accompagne d'une asthénie psychique intense. Le malade est impuissant h exécuter les opérations dynamiques : attention et synthèse, parce que sa tension énergétique est très basse; et cependant son psychisme inférieur est en mouvement perpétuel, parirritation des organes scnsitifs ou sensoriels.
Lorsque le trouble porte sur les centres psychif^ues moteurs^ c'est-à-dire dans les asthénies psychiques vraies, il y a, d'abord, une adynamie psychique : impossibilité do l'alteolion et de la syuibèse, baisse de la persounalilé i désagrégalioo facile, etc. 11 y a, eu même temps, hypotonie originelle. Mais bicDtAt, la faiblesse irritable des organes sensitiTs cl sensoriels d'une part, d'autre pari, la faiblesse du psychisme supérieur foulque les opérations psychiques inférieures, toniques, n'étant plus inhibées par le psychisme supérieur, accaparent le champ de la conscience el arrivcui, par l'effet de la répétition et de l'habitude, à occuper la première place. Le sujet devient un rêveur, un distrait et un automate, vivant avec son tonique plutôt qu'avec son dynamique.
Dans les U^ioas céréf/raUs proprement dites, si la lésion est irritante, il y a hypcrlonus avec adynamie. Dans certains cas de sclérose cérébrale, le malade est dans un état perpétuel d'agitation inférieure, el n'a que de rares pensées synthétiques; il ne délire pas, c'est son psychisme tonique seul qui rit et qui végète.
SOaSTÉ DB fSYCBOLOGJE
Dans les lésions cérébeileuiei ou bulbairt» il y a de rbypcrtooas psychique avec adyaamie de l'acUvilé synthétique.
Quant au « dynamique », il peut être aussi ; ou augmenté — dans Icxnltalion» la colère, la manie, clc, — ou diminué, et celte diminution constitue proprcmeol l'asthénie psychique que j'étudierai dans un prochain travail ».
Ed un mol la pathologie, comme la physiologie, paraît nous montrer que la fonctiou psychique obéit aux mêmes lois que la fonction niuâoulaire. Comme le muscle, la pensée se présente sous deux étals : t'élat automatique ou tonns; l'élal actif ou dynamique. Il existe des atonies psy* chiques comme des atonies musculaires : des parésies ou adynamies psychiques comme des parésies ou adynamies musculaires. La fonct.ion psychique est donc une fonction analogue â toutes les fonctions et il paraît inutile d'employer pour sa description des termes spéciaux cl « nobles m. Il est pins simple cl plus logique d'étendre aux fonctions psychiques la lerroinologie qui sert à désigner les mêmes élats, physiologiques ou pathologiques, dans des systèmes analogues. Celte méthode aurait, Je crois, l'avantage de donner aux psychismes des noms physiologiquomcuL exacts et d'écarter tout de suite les appellations originales ou fantaisistes qui leur ont été attribuées par des parrains divers; en même temps clic fixe dans l'esprit l'origine des états psychiques el l'explication de leurs désordres.
C'est pourquoi je propose de nommer psychisme Ionique ou tonus psychique, le psychisme inférieur {polygone, moi subliminal); — el psychisme dynamique, le psychisme supérieur [centre 0, moi supraliminal).
Je soumets à la Société de Psychologie l'inlerprétalion que voilà, en la priant de vouloir bien l'examiner avec bienveillance. Je me hdtc de dire que je ne la tiens pas pour définitive. En général je crois peu aux solutions définitives. Dans le cas particulier, je sais trop — moi qui suis médecin et non philosophe — tout ce qui me manque, pour avoir la prétention de résoudre déliuitivemcnt une question psychologique.
M. SolUer, H'é&ident, déclare la séance levée el la Société se sépare & oaze heures el demie.
Le secrétaire : D' G. Dumas.
i.Les Maladies de VEneftjia.— les AstMnies psychiques. — Psycholoyie. Psychothérapie et Morale.
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