LES DÉSORDRES DU MONDE PHYSIQUE ET LA DÉCHÉANCE
de l’homme. — Loin que l’impiété puisse se prévaloir des légers désordres qui apparaissent dans la nature, ils confirment dans toutes les parties de l’univers le dogme de la déchéance de l’homme qui fait la base de la religion révélée. S’il est tout simple que les chrétiens soient des membres souffrants, sous un chef couronné d’épines, je ne vois pas pourquoi le monde des corps n’aurait pas été entraîné par la chute des intelligences. Le caractère de la grandeur dans l’homme frappe bien plus que sa bassesse, partout le mal n’est que la négation du bien, le désordre la négation de l’ordre, ce qui prouve que c’est le bien et l’ordre qui sont l’état normal. Il en est de même pour la na-
DU CHBISTIAN1SME.
ture. Comme dans son maître, l’homme, tout ce qui ne porte pas le signe de J a sagesse divine est une exception; mais comme lui elle est punie, parce que dans lui elle a été coupable. C’est par le passé de l’homme que doit s’expliquer le passé de l’univers, leurs destinées présentes ne sauraient pas davantage être séparées ; le monde jusqu’ici a cheminé avec l’homme, seulement le monde à la fin des temps aura vieilli comme un manteau , et l’homme régénéré, vainqueur du monde et de luimême par Notre-Seigneur Jésus-Christ, demeurera avec lui d’âge en âge.
ÉGALITÉ DES INTELLIGENCES DEVANT LA FOI.-Une
des beautés de notre doctrine, c’est d’avoir gradué nos obligations sur nos forces individuelles en séparant le conseil du précepte, et d’avoir réuni en même temps tous les esprits dans un même symbole. De grandes disproportions existent parmi les hommes pour tout ce qui est d’exécution; mais lorsqu’il s’agit de croire, toutes les intelligences sont de niveau puisqu’elles sont toutes à une égale distance des vérités révélées.
DE LA VÉRITÉ
le doute. — Le doute dans les matières importantes, est coupable, s’il est sans souffrance et sans effort pour en sortir. A l’époque de l’émancipation de l’intelligence, à l’âge où le conflit des erreurs humaines la saisit et se presse autour d’elle, le doute peut venir de la force d’arrêt d’un esprit réservé et prudent; plus tard il ne prouverait que la faiblesse. Le doute, dans la première hypothèse, est l’enfantement de la vérité, une sorte de crise où toutes les facultés, toutes les puissances de l’âme sont excitées par la poursuite de la vérité; les ébranlements douloureux, les secousses, les déchirements accompagnent cet état auquel on peut appliquer les paroles de l’Évangile sur l’épouvante du dernier jour et si ces temps ri avaient été abrégés , nul ri y aurait résisté.
La définition de Fleury qui a dit : « Douter c’est ignorer » ne me paraît pas exacte. Il y a repos et absence de responsabilité dans l’ignorance, et c’est évidemment le contraire pour le doute.
Le doute est un don, le doute est une grâce.
Quand le^ hommes Texcitent, il est stérile, il rend coupable ; quand Dieu le fait naître, le mal porte en lui-même son remède.
Zacharie doute, Elisabeth se trouble de sa joie même, Marie seule croit. Marie et Abraham, vrais et puissants modèles à travers les siècles, types
Dt CHRISTIANISME.
îtô
de la foi, de la foi comme dévouement, de la foi comme sacrifice, de la foi qui accepte et s’humilie, de la foi qui se dévoue et s’exécute. La foi des deux sexes est marquée de son double sceau dans la foi de Marie et dans la foi d’Abraham.
la raison et la foi. — La philosophie hostile à la foi conduit fatalement à l’inactivité intellectuelle du scepticisme, et si la raison veut se retrouver elle-même, s’exercer noblement, largement, philosophiquement, il faut qu’elle retourne à la foi, parce qu’alors elle aura repos et activité dans une proportion exacte avec les forces de chaque intelligence.
la liberté et la foi. — Pourquoi la foi n'enchaînerait-elle pas notre intelligence, comme la morale"enchaîne nos actions? Cessons-nous d’être libres pour être vertueux? Pourquoi cesserionsnous d’être libres pour être croyants? La véritable liberté ne s’exerce-t-elle pas toujours dans un espace donné? ne lui faut-il pas un centre qui l’attire et une base qui l’appuie?
DE LA VÉRITÉ
les objections contre la foi. — Les obstacles à la foi ne sont dans les intelligences ni un signe de supériorité, ni un signe de faiblesse. Les plus hauts génies se rangent à cet égard dans les rangs opposés, et la même scission arbitrairement déterminée, se rencontre à tous les degrés de la hiérarchie intellectuelle.
La foi et l’incroyance ne s’expliquent donc pas par la force des intelligences respectives, mais peut-être davantage par leur trempe et leurs qualités spéciales. Quelque chose d’aiguisé et de fin dispose l’esprit incrédule à la recherche des objections; l’esprit disposé à la foi procède par une manière plus large, plus haute et plus libre; il est moins délié, mais beaucoup plus compréhensif. La tendance de l’un le conduit à l’analyse, celle de l’autre à la synthèse. La foi s’empare de prime abord de toutes les lois générales ; l’instinct raisonneur s’empare des exceptions ; l’une étudie les objets dans leur totalité, leur vertu, leur aspect général; l’autre dans les détails de leurs innombrables divisions. Cette impossibilité d’expliquer la foi et l’incroyance par la seule trempe ou
DO CHRISTIANISME
vigueur de l’intelligence, conduirait à penser que la principale force des difficultés vient d’ailleurs. Peut-être, en cherchant bien, trouverait-on que c’est toujours par une certaine disposition du cœur, par l’absence d’un instinct humble, doux et aimant, que l’incrédulité s’explique. Il y a dans le désir, même inarticulé, que Dieu soit, qu’il ait parlé aux hommes, il y a dans ce désir un des gages les plus certains de la foi, non que l’imagination crée ce qu’elle désire, mais parce que Dieu sanctionne la disposition volontaire et aimable qui prépare la vertu. C’est le plus beau et le plus imposant spectacle de ce monde, que le génie s’inclinant respectueusement devant la foi, seule force qui ne subjugue que pour élever et dont les conquêtes soient nos propres victoires.
l’austérité du christianisme répond aux besoins de l’ame humaine. — On reproche au christianisme son coloris sombre, on l’accuse de tout expliquer dans le monde par le crime et la douleur, et de reléguer dans un avenir inconnu ces ineffables félicités, ces vives et enivrantes joies dont notre âme est avide. Mais la vie offre-t-elle un autre tableau dans ses redoutables réalités ? Tout
DE LA VERITE
souffre, tout gémit ici-bas, et le christianisme, dans les faits historiques, dans les dogmes sur lesquels il s’appuie, dans la morale qui en découle, a résumé d’une main divine l’irréfragable et profonde misère de l’homme. L’enseignement du Christ s’adresse particulièrement aux coupables et aux faibles, hélas ! tous les hommes sont l’un ou l’autre; sa religion appelle surtout les malheureux, voilà pourquoi elle est universelle. Elle détache du bonheur, n’est-il pas impossible? Elle bénit les larmes, avons-nous un autre héritage? Le christianisme nous annonce le Dieu trois fois saint, à qui il n’a pas suffi de créer l’homme, de le protéger, mais dont la miséricorde est descendue à l’aimer, à l’aimer le premier, à ne demander en échange de ce glorieux amour, qu’un amour qui soulage notre pauvre cœur de cette soif immense de bonheur, seul débris de sa grandeur primitive. En se donnant à lui, le Dieu des chrétiens donne à l’homme la certitude de pouvoir toujours aimer sur la terre, il ouvre devant lui l’espérance d’une vie de félicité, d’harmonie et de paix, il lui révèle le secret de ces désirs vagues et mystérieux qui, jusque dans les destinées les plus heureuses, entraînent puissamment vers un but innommé.
Le christianisme, c’est la solution de tous les
DU CHRISTIANISME
problèmes au fond de l’âme humaine, c’est la dernière raison de Dieu. Son point de départ, c’est que l’homme trompant les magnifiques desseins de Dieu, a fait son sort; c’est encore, que la profonde misère dont il est l’artisan, modifiée sans cesse par une main réparatrice, peut s’élever de degrés en degrés à une réhabilitation complète.
Et quand il serait libre à vous de nier le bienfait du remède, le mal qu’il est venu guérir en subsisterait-il moins? Quand vous retrancheriez de cette terre en bannissant le christianisme, toute solide, sincère et intime grandeur, toute réelle et haute spiritualité, tout sacrifice consciencieux fait du présent à l’avenir ; quand vous frapperiez par cela même le ciel de néant, la nature humaine porterait-elle moins sa large et saignante cicatrice? en serait-elle moins ce que l’abjection du péché l’a faite? En écartant le premier dogme du christianisme, l’homme coupable et malheureux par sa volonté, vous devrez en conclure que la pensée de Dieu s’est résolue tout entière dans une œuvre imparfaite, et vous êtes forcé de convenir que tout ce qui nous afflige, accuserait son impuissance. Ah! il n’en est pas ainsi! l’univers est trop plein des preuves de la puissance divine pour que des lois sévères ou de légers désordres, soient autre chose que l’écho ou le reflet d’une
DE LA VÉRITÉ
prévarication primitive, qui, lorsque les temps de lutte et d’expiation seront accomplis, fera place au règne dont chaque jour nous rappelons la promesse.
La bonté de Dieu pour l’homme éclate en preuves trop nombreuses, pour que cette bonté même ait été enchaînée autrement que par le respect envers une volonté créée libre. N’oublions jamais que le suprême honneur de l’homme est dans la liberté morale; on pourrait presque dire que Dieu a passagèrement sacrifié à cet honneur et sa propre gloire et le bonheur qu’il destinait à l’homme.
immutabilité du christianisme. —Que de menaces de chute, de décadence, de renversement total, n’ont pas frappé le christianisme depuis son établissement jusqu’à nos jours? Que de forces invoquées contre lui, que de calculs limitant mathématiquement sa durée, que de profondes et insidieuses recherches pour découvrir et assigner en lui-même le principe de sa destruction 1 Et cependant, il est là le christianisme, il est encore là, debout au milieu des clartés de la civilisation et de la science, éclatant de majesté, de
force et de beauté, inébranlable et toujours semblable à lui-même. Au milieu des erreurs, des contradictions qu’on lui oppose, les masses ne se maintiennent que par lui, ses blasphémateurs vivent de ses bienfaits ; il règne tandis que ses ennemis conspirent.
LE CHRISTIANISME
ET