‹ Journal de sa conversionChapitre 24 sur 59 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

Seigneur, si vous étiez un homme, je croirais, à la puissance de vos coups et à leur inépuisable violence, que vous voulez me perdre. Mais vous ôtes Dieu, en vous la pitié se mesure à notre faiblesse, l’épreuve à notre résistance. Plus donc vous frappez, plus je souffre et mieux je sens que vous voulez me sauver.

Pourquoi, mon Dieu, me plaindrais-je, puisque tout ce que vous m’ôtez, je vous le donne 1 et tout ce que je ne vous ai pas donné, ô mon Dieu, je vous le dois.

DANS LE CHRISTIANISME

Voyez s’il y a place pour le désespoir entre l’éclair qui blesse et fuit, et l’éternité qui récompense et demeure.

J J’accepte, ô mon Dieu, j’accepte le passé, le présent, l’avenir inconnu, mes chagrins de toute taille et de toute nature, et enfin je m’accepte moimême, c’est tout dire ! J’userai à mon égard de support, d’indulgence, quelqu’imparfaits que puissent être mon indulgence et mon oubli.

Si j’étais Dieu, je me pardonnerais en Dieu, entièrement, parfaitement, comme vous pardonnez , ô sauveur des hommes ! mais je ne suis qu’une infirme créature dont la faiblesse et l’impuissance se montrent jusque dans l’acte par lequel je m’absous.

DE IA PIÉTÉ

Je me récuse moi-même. Je ne veux pas plus me défendre que je ne veux me complaire. Je vous prends, ô mon Dieu, pour mon défenseur, pour mon seul défenseur. Je ne veux pas me défendre ni que les autres me défendent, et n’en ajant pas moins besoin d’être défendue, il faut ô mon maître, mon maître chéri, que vous couvriez cette chétive et faible créature du bouclier de votre amour.

Ce que j’aime immédiatement après les consolations de Dieu, ce sont ses châtiments. Ce qui importe, c’est de sentir la présence d’une main adorée; quand elle frappe, c’est qu’elle est encore là. Même ce qu’il renverse, croyez-vous que le Christ le haïsse ?

XXIY.

L’ordre, la solidité, la vérité, attirent tous les

DANS LE CHRISTIANISME

biens accessoires ; quand vous laissez Dieu vous bâtir une maison, toutes choses la meublent.

Les bons sont bons par la grâce de Dieu, les méchants sont méchants malgré sa grâce.

Avec raison je considère la souffrance comme une expiation; mais quand elle est forte, aiguë, intense, on s’y confie trop comme en un mérite. On ne sait pas assez qu’elle peut être une tentation. Autant qu’aucune autre chose elle a besoin d’être purifiée par la prière.

Je parle aux autres, mais avec qui est-ce que je m’entretiens, ô mon Dieu, si ce n’est avec vous?

DE LA PIÉTÉ

Ce qui nous regarde personnellement n’est presque jamais notre affaire ; c’est celle de Dieu. O mon Dieu, de tous mes vœux n’écoutez que ceux qui me rendraient plus agréable devant vous.

Dieu parle, il parle toujours, et quand on prie sincèrement et ardemment, il faudrait être athée ou absurde, pour penser qu’il ne répond pas. Il n’articule pas des paroles, mais il effectue en vous ce qu’il veut.

Quel mal peut-il arriver à celui qui sait que Dieu fait tout, et qui aime d’avance tout ce que Dieu fait?

Dieu nous avait donné de quoi vivre par l’âme et par le cœur jusqu’à la vieillesse la plus avancée ; la provision est calculée pour aller jusqu’au bout, mais nous gaspillons, nous vidons le flacon avant le temps.

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