DE SOI-MÈME
O quel regard de plus en plus attristé je reporte sur moi-même, avec quel force je suis avertie de la nécessité de me connaître et de m’approfondir toujours davantage ! A mesure que les eaux de mes torts habituels s’écoulent, que j’arrive à surmonter mes défauts naturels, que je domine ceux qui faisaient le plus de bruit et me préoccupaient davantage par la chute ou le combat, je vois plus distinctement les imperfections que l’ombre projetée des fautes plus intenses rendait moins apercevables, je vois des portions de terrain arides
DE LA PIÉTÉ
ou incultes, submergées, négligées. Ce que je retranche de mes fautes, laisse plus frappantes mes lacunes, mes négligences, mes omissions. 0 mon Dieu, il est donc vrai, on ne saurait se vaincre sans se reconnaître plus coupable, on ne saurait approcher de votre lumière sans détester ses propres ténèbres, ni pénétrer dans les mystères de votre miséricorde sans s’humilier plus profondément de sa misère ! Quelque paradoxal que cela puisse paraître, je n’en suis pas moins conduite à dire, que ce que je gagne surtout à faire bien ou moins mal, c’est d’être plus mécontente de moimême. A cette vue l’amour se contriste par l’impression de tant d’ingratitude ; mais la confiance redouble, la crainte la stimule, il semble qu’elle ne s’élève dans le cœur que pour lui rendre plus sensible et plus vif le bonheur d’espérer. Partout ailleurs, le mal reste mal et le bien est menacé. Dans la voie pieuse, tout se convertit en grâce; les éléments les plus vils se changent en or pur; chaque jour on apprend, chaque jour on applique ce qu’on a appris, et, comme l’apôtre, laissant le passé derrière soi, conjurant la miséricorde divine d’en détourner les yeux, on s’élance de nouveau dans la carrière, et quoique encore humilié et vaincu, on y renouvelle ses efforts.
L’humiliation subie par le chrétien ajoute plus à sa confiance que le succès qui l’exalte; il sait que sur cette terre, le châtiment a un lendemain, et que l’illusion n’en a pas.
Le bonheur de l’âme consiste dans l’unité de son amour, son malheur dans la multiplicité de ses désirs.
DE LA PIÉTÉ
La foi finit par être la seule réalité pour des yeux qui sont obligés de se détourner de toutes les choses humaines, s’ils veulent cesser de souffrir.
C’est par l’amour qu’on s’élève à Jésus ; mais c’est par le renoncement qu’on se repose en lui.
Je ne sais pas me représenter un bonheur au ciel où je puisse ne pas regretter l’hostie bienaimée, le bon Jésus de l’exil que l’on goûte dans l’ombre, le mystère et le silence !
Si l’univers était d’un côté et l’hostie consacrée
DANS LE CHRISTIANISME
de l’autre, je prendrais l’hostie et agirais à coup sûr : car l’univers même serait trop peu de chose sans la vérité de l’hostie.
C’est la foi qui fait les sacrilèges, il n’y a de sacrilèges que ceux qui croient. Ceux-là seuls trahissent Dieu et eux-mêmes. Il n’y a de sacrilège que moi, ô mon Dieu, qui crois et qiii vous outrage, qui vous aime et vous trahis.
J’ai compris de bonne heure que le travail est encore ce qui use le moins la vie.
On occupe son âme de tout ce qui n’est pas Dieu, mais lui seul la remplit.
DE LA PIÉTÉ
N’oublions jamais que dans ce que nous décidons pour cette terre, il y a toujours plus que cette terre. ^
Qu’il est heureux le catholique! le sol de ses j
ancêtres dans la foi est partout. Il ne saurait poser le pied sur aucun point du monde civilisé, sans rencontrer des fondations solides, profondes, ré- i
sistantes, la pierre et le ciment, toute la force enfin des constructions romaines. Le catholicisme seul donne aux peuples un passé dans l’histoire, un centre indestructible contre lequel l’erreur vient incessamment se heurter, que ne (
puis-je dire se briser!
xn.
Il est évident que nous sommes uniquement faits pour ce que nous ne possédons pas encore. *
Tâchons d’être heureux, ce sera le plus doux et le plus expressif des éloges donnés à celui que nous aimons. Les vrais chrétiens oublient trop qu’ils doivent aux autres, non pas seulement leurs vertus, mais l’exemple de leur bonheur.
Les vertus et les vertus aimables, sont le seul langage de la foi qui inspire quelque respect pour elle aux esprits peu croyants. Dès lors, combien ne sommes-nous pas coupables de ne pas prêcher Dieu de la façon dont il peut être entendu !
Plus on avance dans la piété et plus on sent l’action de la grâce ; plus on devient fort, et plus on reconnaît à quel point on est faible.
DE LA PIÉTÉ
L’Église est le seul lieu où l’on n’attend pas. On y trouve toujours celui qu’on y cherche.