‹ Journal de sa conversionChapitre 31 sur 59 · LE BON PASTEUR DONNE SA VIE POUR SES BREBIS · texte numérisé non relu

LE BON PASTEUR DONNE SA VIE POUR SES BREBIS

Ce sont là vos paroles, ô mon bon Jésus, et fidèle à ces paroles et à toute l’étendue du sens qu’on peut leur donner, vous avez commencé par donner votre vie à vos brebis, et puis vous avez fini par donner votre vie pour elles; une vie de pénitence, de contradiction, de labeur, de fatigue, de persécution , et enfin une vie de tourments, d’ignominies et de supplices. Tout ce que vous aviez promis a été effectué, accompli, consommé. Toujours, ô mon Dieu, dans votre évangile, vous dites moins que vous ne faites, et la divine simplicité de vos paroles prépare seule à la divinité de vos prodiges.

Ah ! il n’en est pas ainsi de nous, ô mon Dieu, de nous qui sommes pourtant les brebis de vos pâturages. Les plus fidèles d’entre elles, celles dont la solide sainteté porte le vrai signe de l’élection, marchent à la vérité sur vos traces; il n’y a ni inconséquence ni contradiction dans ces fidèles disciples, mais combien leur nombre est petit! Et d’une autre part, qu’il est grand le nombre de celles qu’un premier élan transporte, qu’une sen-

DANS LE CHRISTIANISME

sibilité passagère émeut, et dont la volonté se redresse, vibre un moment pour retomber et se perdre dans l’inertie ! Leur langage né se ressent pas toujours de tant de légèreté et d’inconsistance; les mêmes discours, les mêmes maximes sortent de la même bouché que désavoue la disposition du cœur. Ce n’est pas la duplicité pourtant, mais ce n’est pas non plus la vérité, car elle est incompatible avec la division et le désaccord. Pour rester elle-même, il faut qu’elle exprime tout l’être et non une vaine et partielle adhésion.

je connais mes brebis. — Seigneur, qui me connaissez , que voyez-vous en moi ? Que voyez-vous que vous ne dussiez réprouver, jusqu’au bien que vous avez mis en moi, bien que j’ai laissé se perdre ou se corrompre, bien que mandataire infidèle, j’ai négligé de faire valoir? Et pourtant je vous aime, Seigneur, oui, je vous aime ; l’humilité qui le nierait serait un mensonge ; mais n’est-ce pas vous encore, qui le premier avez ému mon âme par un regard divin, qui m’avez jeté dans la piscine pour m’y purifier et me guérir; n’est-ce pas vous qui m’avez appelée deux fois, et par l’amer dégoût du monde et par l’attrait impérieux et puissant de votre grâce? Quelle est donc ma part dans ma vie telle qu’elle s’est faite, si vous en ôtez mes infidélités?

DE LA PIÉTÉ

ET MES BREBIS ME CONNAISSENT. -Oui, Seigneur,

elles vous connaissent et demandent à vous connaître encore mieux, pour vous aimer davantage. Mon Dieu, je ne vous ai pas toujours connu, je ne vous ai pas toujours aimé. Il y a longtemps, heureusement bien longtemps, que venant à moi, vous avez touché mon cœur, vous avez voulu que je vous aimasse. C’était d’abord une petite lumière qui est devenue un grand soleil, un grain de sénevé qui, devenant un grand arbre, me protège de son ombre, me donne le vivre et le couvert. Pendant un temps, ô mon Dieu, un temps que je ne puis concevoir, vous étiez partout comme à présent, et je ne vous voyais nulle part. Enfin pourtant, je vous entrevis dans la foule des objets qui, sans cesse, vous dérobaient à ma vue ; bientôt après, votre tête adorable s’éleva au-dessus de toutes les autres, les domina. Je la vis, cette tête divine, dispenser la miséricorde, supporter les outrages, être en butte à bien des traits. Votre beauté divine, l’acharnement de vos ennemis qui étaient ceux de la vertu, m’attendrirent. D’abord je tournai souvent mes regards vers vous, ensuite plus souvent encore, enfin je ne les détournai plus, et j’en vins à mêler cette chère vue à toutes les autres, à ne la séparer de rien pour que tout en moi fût meilleur et plus sage. J’en

DANS LE CHRISTIANISME

étais là et je m’y croyais arrêtée quand il se fit, je ne sais plus comment, qu’un jour, une Jieure, heure rapide et heureuse, je ne vis plus que vous seul 1 ô mon Dieu, c’est lorsque, auprès de vous, tout ce qui n’était pas vous, me parut frappé d’amertume et de néant, que je vis bien, mon bon Jésus, qu’enfin la pauvre brebis avait connu son vrai pasteur !

HEUREUX

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