‹ Journal de sa conversionChapitre 40 sur 59 · AVANT LA COMMUNION · texte numérisé non relu

AVANT LA COMMUNION

A votre table sainte, ô mon Dieu! c’est une joie de plus de ne s’en approcher que la dernière, à la suite de tous les autres fidèles ; vos dons, Seigneur,

1 Saint Jean, xx, 15,16. — Jésus lui dit : Femme, pourquoi pleurez-vous? Qui cherchez-vous? Elle, pensant que c’était celui qui avait la garde du jardin, lui dit : Seigneur, si c’est vous qui l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez mis, et je l’emporterai.

Jésus lui dit : Marie. Aussitôt elle se retourna et lui dit : Rabboni (mon maître).

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ne sont pas de ceux qui s’épuisent. L’ineffable contraste de la magnificence du banquet et de la misère du convive est sentie d’une façon plus profonde , plus intime, plus pénétrante par le pécheur qui laisse passer devant lui tous les droits et qui ne retrouve les siens que dans le sentiment de son indignité : et de stercore erigenspauperem. L’impression de la misère l’anéantit, et l’ardeur de ses désirs le dévore ; il laisse écouler la foule des chrétiens; il suit de loin l’avant-dernier qui le précède, il s’agenouille; Dieu s’arrête un instant avant de marcher vers lui, enfin il vient reposer sur ses lèvres brûlantes. Seigneur, le dernier comme mérite, n’a-t-il pas été plus d’une fois le premier comme amour?

Donnez-moi, Seigneur, par les mérites de l’hostie qui vous est offerte, la grâce d’aimer la vérité et la paix.

Recevez, ô Seigneur, l’offrande de tout mon être. Mon Dieu, emparez-vous de ma volonté, recevez-en le don absolu; assez longtemps elle a volé au gré de son caprice vers le mal, vers le bien, au péril, au dévouement, au péché, au sacrifice. Elle a trop vécu de sa vie propre; désormais, qu’elle vive de la vôtre ! Egarée dans l’espace, aucune voix tracée et régulière ne l’a conduite vers un but certain ; s’élançant vers l’objet

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de son inquiète activité, la fatigue la faisait bientôt se replier sur elle-même, sans résultat, sans fruit. Elle a usé, ô mon Dieu, trop usé de la liberté que vous avez voulu lui donner. Vos promesses de respecter cette liberté ont été accomplies. A présent, ô mon Dieu, après avoir écouté la libéralité de vos desseins sur les hommes, daignez écouter mes vœux, enchaînez cette liberté qui se donne, qui se renonce, qui m’importune, qui m’est inutile encore plus que je ne la crains; j’en use une fois, ô mon Dieu, une dernière fois, pour vous demander de ne plus connaître que votre joug. Sentir vos chaînes ferait ma joie, subir votre servitude me comblerait de joie.

A l’action DE GRACE.

O mon Dieu, retranchez, s’il le faut, les consolations, les joies célestes dont vous inondez mon âme ; mais ne m’ôtez pas cette impression vive de votre présence qui pénètre, qui transperce mon cœur par un trait victorieux. Faites que je m’élève toujours davantage vers vous, qu’un saint attrait m’y ramène sans cesse ; enfin que ma vie soit la

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vôtre et mon amour pour vous la seule âme de ma vie.

O Dieu, que l’humilité fléchit et que la pénitence apaise, écoutez favorablement notre prière, donnez-nous l’esprit de componction, la grâce, de changer de vie et une éternelle stabilité dans le bien.

Donnez-nous, ô mon Dieu, avec la charité du cœur, celle de l’esprit ; faites, comme le dit saint Ignace, qu’un chrétien soit toujours plus prêt à accepter la parole de son frère qu’à la repousser.

Faites qu’à travers la difficulté du langage et la forme imparfaite de la pensée des hommes, nous sachions remonter de la parole d’autrui jusqu’à la pure origine de cette parole et de cette pensée.

Faites que par cette charité de l’esprit, nous apprenions à sortir de nous-même pour nous rendre aux lumières des autres et saisir dans les limites intellectuelles, la fa$e du vrai qu’on nous oppose et qui nous manque.

Faites surtout que nous soyons dociles à l’unanimité intellectuelle de nos pères et à l’autorité souveraine de l’inspiration sainte qui dirige l’Église, afin que par la docilité, l’humilité, la charité, les hommes arrivent à la communion des esprits sur la terre, s’unissent, se comprennent en Dieu, de plus en plus approchant de ce but

éternel dont saint Augustin dit : « Nous verrons tous alors la pensée de tous ; nous verrons Dieu dans notre propre intelligence, nous le verrons dans celle d’autrui. »

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