EXAMINER SA CONSCIENCE
De quoi s’agit-il donc dans l’examen journalier ? Il ne s’agit de rien moins que de prévenir le retour des fautes dont un inexorable examen aurait à rendre compte. Le malheur serait de ne pas chercher ses fautes ou de les chercher mollement, sans courage, avec distraction.
L’examen doit être assidu, scruté, et toujours de plus en plus résumé en notions précises. Il convient de se retirer au centre et de traiter avec les points de la circonférence.
S’examiner sur les quatre propositions du xxm e chapitre du troisième livre de l’Imitation de Jésus-Christ.
1° Faire la volonté d’autrui plutôt que la nôtre.
2° Aimer mieux avoir moins que plus.
PRIERES
3° Se mettre au-dessous de tous ; chercher toujours la dernière place.
4° Demander que la volonté de Dieu s’accomplisse pleinement en nous '.
Guerroyer moins que jamais de paroles. Entrer de plus en plus dans le repos, pour mieux recueillir et affranchir sa pensée.
Faire par soi-même le plus possible. Une privation, un sacrifice commencés dans la tiédeur, c’est la verge de Moïse frappant le rocher et faisant jaillir l’eau salutaire.
Quand quelqu’un fait mal et qu’on a le devoir de le reprendre, comment le fait-on? Sans tristesse, sans charité, le plus souvent avec un retour de complaisance sur soi-même, complaisance de sagacité, de supériorité, de raison, de pénétration.
Il faut éviter de parler de soi-même et de ses propres maux avec détail, avec véhémence. Si on vante notre patience, le plus sûr est de couper court à l’éloge, en mettant la plus grande sobriété jusque dans l’expression de notre soumission et de notre confiance, afin de ne pas exagérer notre
1 1° Stude, fili, alleriuspotius facere voluntatem quam tuam.
2® Elige semper minus quamplus habere.
3® Quære semper inferiorem locum et omnibus subesse.
4® Opta semper et ora ut volunlas Dei intégré in te fiat.
386 PRIERES
très-petit mérite, tout en ayant l’air de le déprécier.
Plus ma santé devient mauvaise, plus je dois user d’indulgence envers les autres qui souffrent du contre-coup de mes maux. 11 faut retrancher les paroles inutiles, ménager les forces intellectuelles comme les autres. Peser, prévoir, préparer , veiller sur soi-même, élever la pensée, en combattre le laisser-aller et la paresse ; ne souffrir aucun mécontentement venant de l’orgueil; s’il se manifeste, ne pas s’y arrêter, passer outre. Me tenir très-recueillie intérieurement ; redoubler de prudence.
N’exploiter personne dans l’intérêt de mon plaisir, même fugitivement ; à mon âge, on doit aux autres tout ce que n’empêche pas le leur.
Veiller attentivement à ce que les jugements que nous portons sur les autres, ne soient nullement influencés par l’opinion que ceux-ci ont de nous, ou que nous supposons qu’ils peuvent avoir.
Donner dans le courant de la journée une durée invariable à la méditation, à la réflexion. Je suis sujette à renverser l’ordre de mes devoirs par un entraînement naturel qui me porte à unir Dieu à tout, au lieu de m’unir en tout à Dieu.
Quand on parle de soi, qu’on s’étend sur ses
PRIÈRES
mouvements intérieurs, la conscience pousse au blâme ; mais l’orgueil est ingénieux à réduire la confession à des termes généraux, il use tour à tour de l’exagération ou de la banalité, et dispersant la vérité en traits incolores, finit par tout réduire à des généralités insignifiantes.
Ne jamais laisser refouler en soi-même l’activité intérieure par le mécontentement, le doute, les mécomptes. Ne pas du tout compter sur les autres ; faire pour eux du mieux que l’on peut tout ce que l’on doit, mais sans rien attendre en retour, et surtout sans se laisser arrêter ou refroidir par les choses dont on se sent blessé.
Accepter malheurs, fautes, remords par l’autorité de la croix et en esprit de pénitence. Vivre dans la pensée de la mort imminente, pensée qui, loin d’engourdir la vie, la dégage au contraire de beaucoup d’obstacles.
PRIÈRE
Mon Dieu, je ne sais si vous m’aimez, nul ne sachant s’il est digne d’amour ou de haine, mais je sais que vous m’avez aimée et aimée le premier. Je sais aussi que je vous aime, que tout en moi
PRIÈRES
tend vers vous et aspire à la plénitude de votre amour. Corps et bien, je suis à vous,ô mon Dieul Je ne viens pas les mains vides renouveler l’alliance sainte. Des débris de naufrages, des épis oubliés, un roseau à moitié brisé, le lumignon qui fume encore, un peu de cendre, voilà ce que je vous apporte, voilà mes présents, pauvres, bien pauvres, mais je n’ai rien gardé pour moi. Que votre miséricorde, ô mon Dieu, accepte et allume mon holocauste, qu’elle y jette une étincelle du charbon qui purifiait en même temps les lèvres et le cœur d’Isaïe; et qui l’enflammait déjà de ce feu nouveau par vous seul connu et annoncé à la terre, flamme restée vierge qui repousse tout profane aliment.