APRÈS UNE RETRAITE
J’ai réfléchi sur une multitude de points dont je ne mesurais bien ni l’importance, ni l’étendue. Ainsi, dans certaines pratiques pieuses, même des plus hautes, j’apporte un complet abandon, mais pas assez d’humilité, et je ne savoure pas toujours assez dans l’intimité de mon cœur, les circonstances merveilleuses, les concours inouïs de tant de grâces reçues. La foi qui m’est accordée est si vive, que je vois Dieu dans les voies providentielles d’une manière aussi sensible que s’il m’était apparu, et cependant, cette vision qui devrait me transformer, est bien loin de produire un tel
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effet ; c’est sans doute une touche vive et saisissante, mais qui laisse après elle un résultat bien peu en harmonie avec la grâce qui m’est faite. Il y a là de ma part une ingratitude contre laquelle il importe de réagir avec énergie. De telles marques de la bonté divine ne sont pas accordées pour être ainsi négligées.
Les solennités de l’Église, expression des vérités capitales de la religion, m’ont toujours été chères. J’admire leur touchante beauté, mais jusqu’ici, je ne me suis pas assez pénétrée de leur esprit, je n’ai pas assez recherché et compris l’efficacité spéciale de leurs rapports avec nous. Ainsi, à l’approche d’une grande fête, au lieu de rechercher les enseignements qui lui sont particuliers, afin de les proposer à mes méditations, ma pensée se nourrit de considérations générales ; je vais au Seigneur sans chercher à connaître l’ami qui devrait m’introduire auprès de lui. Il résulte de là, que tout en suivant les offices et en s’unissant généralement aux intentions qui y sont attachées par l’Église, ma pensée toutefois, ne parcourt pas le cycle de l’année chrétienne, sorte de zodiaque dont chaque signe est marqué par une fête de l’Église.
En cela, je ne suis pas assez attentive, je n’entre pas assez avant dans les dispositions de l’Église,
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dans l’esprit de ses rites, de ses figures, des honneurs spéciaux qu’elle décerne. Je ne pénètre pas assez dans ses entrailles, je ne fais pas comme les bons serviteurs qui s’identifient à tout ce qui se fait dans la maison de leur maître.
Je me promets bien de me réformer sur ce point important. Désormais, je parerai l’autel en toute grande solennité. J’aurai toujours un bouquet pour le grand saint ou la grande sainte du jour. J’offrirai mon corps avec les martyrs; je me retirerai dans la solitude avec les anachorètes ; je m’inspirerai de l’Église avec les saints évêques; je ferai pénitence avec les grands pénitents; je vivrai au milieu des admirables modèles proposés à notre admiration. Ce sera là ma nourriture de chaque jour, ce seront les anniversaires salués de mon plus sincère respect et non pas seulement du respect qui rend des honneurs, mais de celui qui aime et ose s’approcher de l’objet aimé.
Enfin le croirai-je bien?jusqu’ici je n’ai pas été assez catholique ! A mon insu, l’esprit du monde avait conservé sur moi plus d’empire que je ne le croyais moi-même. Mon cœur soumis n’était pas donné; je me tenais encore à distance de ce qui m’attirait, mais aujourd’hui, je n’éprouve qu’un seul désir, celui de m’abandonner, de me perdre dans le sein de notre mère immortelle.