IDENTITÉ DD LANGAGE DE L’ÉGLISE A TRAVERS TOUS LES
ages. — Il y a dans l’Église catholique une admirable identité de pensée et de langage. Les lieux et les temps ne comptent ni pour ses docteurs ni pour ses enfants; toutes les époques sont confondues dans un harmonieux ensemble. Bossuet est d’hier et saint Bernard d’aujourd’hui ; saint Augustin, saint Chrysostôme, saint Thomas parlent à la même date. Il n’y a que la parole éternelle qui soit toujours ainsi celle du jour, même de chaque jour. Tout ce que l’enseignement catholique puise à la source intarissable de sa grande école de sagesse est parfaitement rendu par l’exquise justesse de son langage exact, mesuré, ne dépassant jamais le possible et respectant toujours le vrai qui est la seule mesure dans le bien. Ainsi quand le fidèle demande à Dieu de
I)E LA VÉRITÉ
ne point le profaner en participant au sacrement de l’autel, il ne dit pas : «Délivrez-nous de la profanation de votre corps et de votre sang, » la créature ne saurait recevoir le Créateur sans le profaner, mais il dit : «Délivrez-nous de la profanation impie, etc. 1 , » parce que ceci est possible et s’obtient de la volonté de l’homme et de la grâce de Dieu.
Le zèle d’un théosophe se serait sans doute permis de dire : « Délivrez-nous de toute résistance à la vérité; » mais l’Église, prudente par charité, voulant réduire le nombre des coupables, nous fait dire : « de toute résistance à la vérité connue 2 . »
perte de la foi. — Les seuls véritables malheureux, dans un monde où presque tout est malheur, sont, même en écartant les perspectives du ciel, les êtres humains qui ont perdu la foi.
Qu’y a-t-il de plus profond, de plus intime, de plus central, si j’ose m’exprimer ainsi, que le point où se concentrent toutes les croyances, et où se sont livrés tous les combats, quand on sait ce
1 Litanies du Très-Saint-Sacrement.
2 Litanies du Saint-Esprit.
DU CHRISTIANISME
qu'il en coûte pour soulever une seule pensée. Il n’est pas d’intérêt humain, tel puissant, tel passionné qu’il soit, qui puisse, autant que la religion, s’assujettir toutes les forces de notre être. La passion a des lacunes; elle agit par saccades: elle absorbe une faculté au détriment des autres, tandis que la religion leur imprime un mouvement régulier et établit entr’elles des rapports continuels et d’étroites subordinations. La perte de la foi frapperait de néant quelques-unes de nos facultés, déplacerait et changerait la direction des autres. Ce qui était contenu s’émanciperait; ce qui était libre par l’effet de la mesure et de l’ordre, arriverait à la licence. Rien ne resterait à la même place, et, avant d’arriver au silence des régions maudites, il faudrait traverser le chaos.
Sans doute les vicissitudes du monde extérieur réagissent très-fortement sur nous; mais qu’il serait plus terrible, plus redoutable, l’effet d’un ébranlement qui partirait du centre pour parcourir tous les points qui le séparent de la circonférence ! Tous les autres mouvements peuvent être combattus par la force qui réside en nous-mêmes ; ici c’est nous-mêmes qui serions attaqués, brisés, renversés, condamnés à subir un hideux interrègne au milieu de toutes les clameurs de la division et de l’anarchie.