‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870 (volume 2)Chapitre 113 sur 124 · Donnez-moi à buire · texte numérisé non relu

Donnez-moi à buire

preuve, c'est qu'il ne boit pas. Et cependant quand ses Apôtres arrivent, il ne veut rien prendre, il est désaltéré : ma nourriture est de faire la volonté de mon Père, de gagner des âmes. Pour lui, pas d'acception de personnes ; il ne dédaigne pas la Samaritaine ; pas de réserve exagérée, malgré son extraordinaire modestie. Tout en la gardant, cette modestie, il fait les avances, il engage la conversation. Que de bien nous ferions dans l'apostolat, si nous y pensions, si nous saisissions l'occasion, si sans acception de personnes, nous nous regardions comme redevables de la vérité à toute créature.

Da mihi bibere. Quelle adresse délicate! Il prend cette femme par le cœur. Il lui demande un service : nous nous défions trop du cœur de l'homme, nous supposons trop facilement de mauvaises dispositions; montrons de la confiance à cet adversaire, demandons-lui un service, il est à moitié gagné. La Samaritaine est touchée qu'un Juif lui demande un service.

Cependant elle répond assez durement, en Samaritaine. Mais Jésus ne se rebute pas, nulle impatience : il ne relève pas la parole pénible, il poursuit avec une bienveillante persévérance.

2$<î RETRAITE DE 186$.

Au lieu d'aller brusquement au but qu'il veut atteindre en lui proposant sans voile la vérité àJaquelle elle n'est pas préparée, il la prépare lui-même avec une touchante industrie ; il se sert de la connaissance qu'il a du cœur de l'homme, lui qui a fait le cœur de l'homme.

Il excite sa curiosité, sentiment si vif chez la fille d'Eve : Si scires donum Dei} et quis est qui dixit tibi : da mihi bibere... dedisset tibi aquam vivam1. Il excite en elle aussi le désir d'une eau mystérieuse, d'une eau vive qu'il peut lui donner. Mais il respecte sa liberté: peut-être demanderiez-vous, forsitan petisses, et par là il la tente, pour ainsi dire, il l'excite encore davantage.

La pauvre Samaritaine s'étonne. Est-il plus grand que Jacob? Elle désire, mais elle craint.

Elle répond en incrédule, en Samaritaine. E Jésus poursuivant toujours doucement sa pensée, la conduit du naturel au surnaturel, de l'eau matérielle qu'elle connaît à cette eau du rassasiement éternel qu'elle ne connaît pas.

Apprenons l'art d'aller de tout au surnaturel,

1. Si vous connaissiez le don de Dieu, et quel est celui qui vous dit : Donnez-moi à boire, il vous donnerait l'eau vive...

de prendre nos comparaisons dans les choses connues de ceux que nous voulons évangéliser : conduisons-les des choses visibles aux choses invisibles; mettons la vérité, la lumière, l'Evangile à leur portée. Mais sans perdre le temps en conversations inutiles, profitons de tout, comme Jésus pour aller par tout au but, doucement et simplement, dirigeant la conversation, ne la laissant pas diriger par l'interlocuteur.

Par une nouvelle industrie de charité, quand Jésus a plus vivement encore excité le désir de cette femme, en disant la vertu de cette eau vive1, au point qu'elle s'écrie : Da mihi hanc aquam ut non sitiam et non veniam hue haurire*, il la tient en suspens et fait de nouveau appel à son cœur : Voca virum 3. Ce bienfait ne doit pas être pour elle seule, mais pour son mari. Il faut savoir aussi profiter du zèle de la femme, pour le bien de ceux qu'elle aime, c'est un des principaux secrets de l'apostolat : Voca virum.

1. Elle sera une source d'eau jaillissant jusqu'à la vis éternelle. (Joan., ibid.)

2. Donnez-moi de cette eau, afin que je n'aie plus soif et ne vienne plus en puiser ici

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