LE PECHE
Je m'étonne que les anges soient plongés en enfer pour un seul péché. Qu'est-ce donc que le péché et sa malice? Qu'est-ce donc que la grandeur de Dieu offensé par le péché? En
80 RETRAITE DE i8<5a.
sondant cet abîme de la grandeur de Dieu et de la malice du péché, je ne m'étonne plus de la sentence. Bien plutôt ce qui m'étonne, c'est qu'elle n'ait pas encore été portée contre moi, souillé de tant de péchés ; c'est que ce grand Dieu ait eu pour une telle ingratitude une telle patience.
Je m'étonne que la peine de l'enfer, pour être remise à nos premiers parents, coupables d'un seul péché, exige une telle compensation : 900 ans de pénitence; héritage de douleur pour toute leur postérité ; sang d'un Dieu coulant sur le Calvaire. Sans le sacrifice du Calvaire, jamais la commutation n'eût eu lieu.
Qu'est-ce donc que le péché > Qu'est-ce donc que la majesté de Dieu? Quoi ! il faut le sang d'un Dieu!
Ah! ce qui m'étonne bien plus en sondant ce mystère de la malice du péché et de la majesté de Dieu, c'est que ce sang ait coulé, et que nos premiers parents n'aient pas été précipités dans l'enfer.
Ce qui m'étonne bien plus, c'est de n'y être pas tombé, moi, souillé de tant de péchés.
J'ai éprouvé un grand sentiment de confusion, dans cette méditation :
De trouver en moi le péché si odieux à la majesté divine;
D'avoir commis tant de fois le péché ;
D'avoir tant de fois mérité l'enfer ;
De me reconnaître plus coupable, plus mauvais que le démon ;
D'être nécessairement par mes péchés un objet d'horreur pour Dieu ;
De ne vivre que par grâce : Dieu se fait violence pour me laisser vivre ;
D'avoir coûté le sang d'un Dieu ;
D'avoir tant de fois renouvelé de ma main parricide la passion d'un Dieu ;
D'être après cela si insensible, si indifférent à l'offense de Dieu, au souvenir de mes péchés ;
De si peu craindre le sort de l'ange rebelle si je pèche encore : Dieu ne m'attend-il pas au premier péché ?
D'abuser si obstinément de sa patience ;
D'être si insensé, si ingrat, si parjure, si lâche, si hypocrite, si pervers !
J'ai beaucoup prié pour obtenir la contrition.
O mon Dieu, si mon cœur est dur comme le rocher, frappez-le de votre croix pour en faire jaillir la contrition.
8a RETRAITE DE 1862.
J'ai lu avec consolation au Missel les oraisons pro petitione lacrymarum, pour demander les larmes.
TROISIÈME JOUR
J'ai continué de prier beaucoup pour la contrition.
Méditation de l'enfer, peu d'effet. . .
Celle du jugement particulier m'a fait beaucoup de bien..