I. A l'autel
1^ Il le touche, le tient dans ses mains. — Si quelqu'un d'entre nous avait vu le souverain Pontife, le vicaire de Jésus-Christ, l'avait touché, avait tenu sa main dans ses mains, avait reposé sur son cœur... quelle grâce, quel souvenir, quelle impression pour toute une vîel... même des protestants revenant de Rome sont changés par cette faveur.
Mais là , il y a Bien plus ; c'est Jésus-Christ lui-même, et tous les jours, et si longtemps, à ma discrétion, à mes ordres, dans mes mains, livré à une familiarité la plus intime... sur mes lèvres, dans mon cœur!
Et tant de négligence dans la préparation, tant de froideur dan» l'action, si peu de foi, de respect, d'amour ! Mais je me reprocherais de traiter un homme ainsi. Ah! que serait-ce si j'en venais jamais à le recevoir avec une conscience souillée! Profaner un vase sacré, c'est chose abominable, mais profaner Jésus- Christ, le Saint des saints lui-même; le chercher, pour ainsi dire, jusque dans le ciel pour l'outrager plus à loisir!...
J'ai prié Marie de m*apprendre avec quel respect, quelle foi, quel amour je dois traiter son Jésus.
2. Le prêtre remplit le rôle de Jésus -Christ lui-même. — Chose ineffable ! non-seulement il le touche, mais il a pouvoir sur lui, il lui commande. Non-seulement il lui commande, mais il le représente, il parle en son nom, il est là comme un autre Jésus-Christ, Jésus- Christ même : Hoc est corpus meum. L'identification est si complète avec Jésus-Christ, que
la parole mystérieuse a tout son effet, comme quand Jésus-Christ la prononça lui-même pour la première fois. Mais c'est encore lui qui la prononce; son prêtre, c'est lui.
Le prêtre à Tautel ne fait donc qu'un avec Jésus-Christ. Mais Jésus-Christ s'offre; le prêtre doit donc s'offrir à Dieu le Père pour les quatre fins du sacrifice. Jésus-Christ s'immole ; le prêtre doit donc s'immoler.
Examen, contrition, résolution. Prière à Marie pour qu'elle forme Jésus en moi, elle Tunique mère de Jésus.
3<^ Jésus en moi... Comment trouverait-on trop mystique la pensée de vivre tout entier en Jésus-Christ, et par cette intime union, d'en faire l'objet de toutes ses préoccupations, de tous ses efforts, de toute sa spiritualité, et comme toute sa vie, quand une telle identification a lieu à l'autel dans ces paroles sacrées : Hoc est corpus meum ?•.. Quand la communion est nécessaire pour achever le sacrifice de l'autel ; quand saint Paul exprime ainsi l'effet de la communion : ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi > O sainte union de Jésus, ne cessez pas un moment en moi pendant la journée, après que je vous ai re-
nouvelée le matin à Tautel. Christus resurgens jam non moritur^. Jésus-Christ ressuscité ne peut plus mourir, Jésus-Christ immolé sur l'autel ne descend plus au tombeau. Eh quoi ! il est venu dans ma poitrine, et les espèces sont consommées ?. . . Non moritur^ surrexit!. . . non, ce cœur n'est pas un tombeau; sa vie est déjà dans mon cœur : Surrexit ^ il est debout, il est en moi. Après sa résurrection il se plaît à visiter ses apôtres, et Thomas l'incrédule^ et Pierre l'infidèle ; il les visite encore en moi. Il convertit encore en moi Thomas et Pierre, il les transforme en lui-même, non moritur; c'est Jésus-Christ qui vit en moi.
Mais que paraît-il de cette union? Quels obstacles j'y oppose ! ma légèreté, mon inconstance, mon attachement à telle ou telle créature enlèvent son efficacité toute-puissante à l'action divine. Et c'est toujours à recommencer... et Jésus revit tous les jours; je le trahis en l'éloignant de moi, pour ainsi dire, en me ressaisissant moi-même.
Contrition, résolution, prière à Marie de garder en moi Jésus, de me transformer en Jésus.