DÉCEMBRE
PREMIER JOUR
Trois mots m'ont particulièrement frappé :
Consentaneum.^. Facere me indiffer entent...
Demum^...
lo Consentaneum. — Il convient que j'agisse ainsi, comme homme, comme chrétien, comme
I. Voici la traduction du texte auquel ces mots font allusion : «cil est nécessaire de nous faire indifférents à tous les objets ci^és, en tout ce qui est laissé à la liberté de notre franc arbitre et ne lui est pas défendu... •— // convient (consentaneam est,,;) de choisir et de désirer enfin (demam)y ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés. » (Exercices de saint Ignace, Méditation fondamentale»)
B.Er3.AIT£ DE laii.
coatme jésgfîe, cjnmmp snpérieiir, chargé cfœaTres à impur tm leSy eaTironné de tant de oonfiance. A qadie ingratîtade envers Dieu 7e me condamne si je ne m'exécute pas !
A qnelle contradictian avec mes deTcnrs, mes serments, ma voie partknlîère si bien connue, ma. direction sur tant d'imes que je pousse à la perfbctiofi, ma manière un pea sévère de juger les autres... A quel malheur! trahir les desseins de Dieu dans bien des âmes, vi^ter toujours, n'avoir jamais les vraies dilatations du cœur, tomber plus bas...
Pourquoi les apostats, dont nous pleurons la perte, sont-îk tombés^ Ils ont oublié aussi ce mot : consentan^wm^ û convient.
2* Facere me indifferentem^ c'est-a-dire en lâchant de devenir un homme intérieur, en apportant plus de soin à mes exercices de piété, à mon bréviaire surtout, en a]rant plus d'union avec Notre-Seigneur. — Jésus-Christ seul! il n'y a plus d'illusion possible pour moi. Un enl cœur auquel je puisse vraiment m*attacher, e Cœur de Jésus !
Puis, en dominant mon impressicmnabilité encore si vive, mes répugnamces et mes aittraits qui sont l'obstade à Tindifierence, laissant
tomber un tas de misères avec un profond mépris ; en me tenant prêt à tout changement pour les lieux^ les personnes, les emplois; en m^appliquant davantage à mon emploi actuel pour lequel quelquefois j'éprouve tant de dégoût; en visant plus haut que Tindifférence, au 3® degré d'humilité.
Une parole de sainte ^Thérèse m'a bien saisi : a Apprenez par mon expérience à n'écouter jamais les craintes de la nature, et à ne vous défier pas des bontés de Dieu , quand, à différentes reprises, il vous inspire quelque haut dessein. » {Vie de sainte Thérèse^ ch. iv.)
3® Detnutn ! Enfin ! . . . Qu'il y a longtemps déjà que Dieu me presse de correspondre avec générosité à ce grand dessein de la sanctification de mon âme! Que d'années perdues, que de grâces, de retraites perdues ! — Point de découragement, detnum! — Assez d'autres ont fait défection, detnum! — Le Cœur de Jésus a besoin de consolation, detnum t
44 RETRAITE DE i8tfi.
DEUXIÈME JOUR
LE PÉCH£,
Id quod volo^. — J'ai mieux compris Timportance de ce volo. Toute ma journée a porté sur lui, m'excitant à vouloir vraiment cette contrition, suppliant Notre-Seigneur dç me donner cette vraie volonté, Itii rappelant les motifs qui doivent le porter à la vouloir pour moi.
I. Quels sont ces motifs? — Sa justice et sa sainteté infinie; son horreur infinie du péché; ses larmes et son sang répandus pour m'obtenir cette contrition ; les prières de la sainte Vierge, de saint Joseph, que j'ai invoqués tout spécialement à cet effet; sa providence sur la compagnie, les mérites de nos saints, les souffrances et les travaux de nos pères ; la consolation de Jésus et de Marie quand ils peuvent compter un saint de plus; la gloire qui reviendrait à Jésus de sa miséricorde s'il me sanctifiait enfin par cette vraie volonté delà contrition;
I. Demander à Dieu ce que Je veux^ id quod volo. (I'« semaine, z*' exercice, second prélude.)
rintérêt des âmes qu'il m'a confiées, des œuvres qu'il laisse dans mes mains; les grâces qu'il n'a pas cessé de me faire malgré mon indignité : il semble attendre lui-même le jour et l'heure de cette volonté généreuse. — C'est pour cela qu'il a lui-même caché mes fautes ; c'est pour cela qu'il m'a déjà pardonné tant de fois. Mon Dieu, n'y a-t-il pas assez longtemps que je vous offense? Donnez-moi donc enfin cette vraie volonté de la contrition, aucune demande ne pourrait plaire davantage à votre cœur. Ne repoussez pas ma prière ; c'est de toute la plénitude de mon désir, de ma volonté, comme le lépreux, que je vous invoque en ce moment :
Si vis y potes me mundare. — Volo^. Oui, il me semble que je le veux aussi, volo^ volo.
II- Quelles preuves puis-je trouver en moi de cette volonté > — C'est que vraiment je ne demande que cela à Dieu, amorem tui solum çum gratia tua mihi dones^; à part cela rien ne m'est plus, plus ne m'est rien. Ma seule peine est de ne pas avoir assez dans le cœur cette
1. Si vous voulez, vous pouvez me purifier. — Je le veux. (Matt.^ vin, 3 ; Marc, i, 40; Luc, v, 13.)
2. Donnez-moi seulement votre amour avec votre grâce. (Exercices, prière Suscipe»)
contrition et cet amour; d'avoir blessé cet amour sacré de Jésus dans mon cœur; et toute souffrance physique ou morale, considérée comme châtiment de mes infidélités, m'est devenue depuis longtemps facilement acceptable et même douce.
Il me semble qu'au fond je ressens un vrai mépris de moi-même. Que d'ingratitudes envers Dieu! Moi religieux, j'ai pu Toflènser ainsi! Infidélité, lâcheté, folie! Que je suis donc misérable! Et vous ne m'avez pas frappé, ô nion Dieu! Convertissez-moi donc : je ne puis me changer moi-même. Autrefois je croyais pouvoir trouver en moi ces bons sentiments; activité naturelle, orgueil humain ! Je ne compte plus sur tout cela, je n'ai en moi que la corruption et la mort. Donnez-moi donc vous-même cette contrition, cette conversion que vous attendez de moi. Je la réclame, je Timplore,^ je la désire, je la veux, je la veux, volo.
TROISIÈME JOUR
En méditant sur l'enfer, le jugement, la mort, j'ai passé encore ma journée à exciter dans mon cœur, à demander la contrition. .
UNION A JESUS-CttRIST. 47
On peut donc être jésuite et tomber en enfer, ou si le jésuite ne peut tomber en enfer, c'est qu'il sort de la compagnie et cesse d'être jésuite.
Comment sort-on de la compagnie? Ceux qui en sont sortis ne vivaient déjà plus depuis quelque temps de sa sève : branches mortes ! La sève de la compagnie vit-elle encore en moi> Nul ne sait s'il est digne d'amour ou de haine. — Ah ! je sais bien que je suis digne de haine. J'ai bien mérité d'être chassé de la compagnie. Comment me supporte-t-on> — Miséricorde de Jésus! Au moins que je n'abuse pas encore une foi§ de cette miséricorde. Quelle fidélité dans mes exercices de piété, quelle générosité dans la mortification ne faut-il pas pour que la sève ne s'arrête pas en chemin, qu'elle arrive jusqu'à mon cœur !
Que j'ai donc été coupable envers Jésus!
Toutema contrition porte là. — Si j'avais manqué de- parole à un homme seulement, si je m'étais souillé envers lui d'une trahison, d'une félonie^ d'un parjure, mon cœur serait déchiré , je ne pourrais plus me supporter moi-même. Et c'est envers Jésus mon Seigneur et mon Dieu que f ai été parjure, traître, félon ! — Si j'avais blessé un de mes amis par une indélicatesse seule-
«8 RETRAITE DE iQ6i.
ment, je ne me le pardonnerais pas à moi-même. — Et j'ai percé le Cœur de Jésus, Tarn) des amis, qui m'avait confié ses intérêts les plus sacrés, qui s'était livré tout entiei^ lui-même à ma discrétion, qui m'avait pro-^ digué les témoignages les plus touchants, les plus délicats de sa tendresse! Et que de fois )'ai percé son Cœur malgré son regard qui me suppliait de l'épargner, malgré sa voix si douce qui me disait à moi aussi : Qâmice^ ad quid venisti * ?
Si l'ami offensé me tendait la main en me pardonnant, s'il m'attirait sur son cœur ^n promettant non-seulement de tout oublier, mais d'avoir pour moi plus de tendresse encore, et que doutant de sa sincérité, de sa générosité, je restasse découragé, à l'écart, sans confiance, sans ouverture de cœur, comme si je n'avais pas retrouvé mon ami, quelle injure nouvelle ne serait-ce pas lui faire ! Que je serais ingrat et lâche de le traiter ainsi 1 — Et si je traitais ainsi Jésus qui m'a si généreusement pardonné, qui m'a serré de nouveau sur son Cœur, qui m'a
I. « Mon ami, pourquoi ètes-vous venu? » dit le Sauveur à Judas. (Matt., xxvi, jo.)
rendu tous mes titres, tous mes droits, tous mes privilèges, quelle douleur ne lui causerais-je pasl Son Cœur ne serait-il pas encore plus profondément blessé? Au moins je ne ferai pas comme Judas : je ne douterai pas du cœur de mon maître.
QUATRIÈME JOUR