‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870 (volume 3)Chapitre 90 sur 124 · JÉSUS-CHRIST A LA COLONNE · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST A LA COLONNE

JÉSUS-CHRIST COURONNÉ d'epINES.

Intime cognoscam Dominum qui pro mefactus est homo... Ecce homo... Ecce Dominus^.

I. La colonne. — Selon le monde, qu'est-ce que Tautorité, la supériorité? — C'est la jouissance. Mais en Jésus-Christ l'autorité régénérée, transfigurée, c'est la souffrance.

Voir Jésus-Christ à la colonne... déchiré de coups, tout sanglant.

Qui l'a réduit en cet état? Est-ce la lâcheté de Pilate qui le livre, la haine des Juifs qui le persécutent? — Non, non, c'est son amour, quia ipse voluit.,. Sic Deus dilexit mundum^.

Intime cognoscam... Pour le connaître inti-

1. Que je connaisse intimement le Seigneur qui pour moi s'est fait homme... Voilà Thomme,.. Voilà le Seigneur.

2. Parce qu'il l'a voulu. Ainsi Dieu a aimé le monde. (Isaï, Liu, 7; — Joane, m, z6.]

LE SACRÉ CCBUR. içj

mement, interrogeons son Cœur, plein de joie de soufFrir au milieu des douleurs même.

Pourquoi? — Parce que i* Les jouissances coupables de l'autorité selon le monde ont offensé le Seigneur. Toute la mission de Jésii'~ est de réparer dans les souffrances les jouis<=^ sances de cette autorité coupable. Qui réparera, en effet, si ce n'est lui ?

2** Qui donnera au monde, si ce n'est lui, la vraie notion pratique de l'autorité, c'est-à-dire le dévouement? Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir, non pour jouir, mais pour souffrir.

3® Ce dévouement profite à ses sujets même, par son sang qui en coulant les purifie , par ses exemples qui les éclairent et les encou-^ ragent.

4® L'autorité n'est plus à leurs yeux l'égoïsme qui les exploite, mais l'amour qui les délivre. Et cet amour apparaît dans toute sa pureté par le mépris des jouissances et, le courage des souffrances. Le supérieur est devenu, non le tyran qui fait des victimes, mais la victime unique qui s'immole généreusement pour faire cesser l'immolation des autres victimes.

5* S'immolier est le privilège du supérieur,

à l'exemple de Jésus-Christ. Aussi attîre-t-il tout à lui.

Ecce homo.i. Non, rhomme n'a jamais compris Tautorité ainsi. Cette pensée ne serait jamais sortie de son cœur égoïste. Ecce Domi" nus qui pro mefactus est homo,.. Ecce Domi-nus...

Et maintenant, le supérieur transfiguré en Jésus-Christ a la même mission que lui dans la communauté. Donc il faut qu'il souffre et qu'il accepte noblement la souffrance, comme son droit, comme son privilège, comme ses insignes.

Qu'importe de quelle manière les souffrances arrivent, qu'il soit peu soutenu, qu'il soit même parfois entravé, contredit ; il faut qu'il souffre.

Aussi bien il est des raisons spéciales qui rendent cette souffrance pour lui nécessaire.

1° Il a besoin de réparer pour lui-même.

S'il se rend justice, il sait que les souffrances lui sont dues ; s'il aime, la justice, il doit aimer les souffrances comme lui étant dues.

2® C'est le moyen d'ailleurs de préserver son cœur de toute nouvelle faute s'il est déjà tombé et de le garder pur; c'est un remède

LE SACRÉ CGIÎUR. iç^

contre les illusions, contre Tégoïsme de Tautorité.

3° Mais c'est aussi un trait d'union à Jésus; c'est la croix qui joint les cœurs, c'est la ressemblance avec Jésus, c'est l'amour irrécusable de Jésus-Christ, dominant tellement sur les ruines de l'amour-propre, qu'il regarde les souffrances comme lui étant dues.

4® Et par là est accomplie la mission véritable de l'autorité rédemptrice. Il faut que la croix, l'arbre du salut soit planté dans la communauté pour réparer les fautes, pour détourner la colère de Dieu, pour attirer les grâces. Mais le vrai sol où la croix doit être plantée d'abord, c'est le cœur du supérieur comme le Cœur de Jésus. Là est son privilège, à lui d'être victime. Il est supérieur en Jésus pour cela. S'il est pénétré de cette pensée, les peines qui lui viennent des autres ne lui suffiront pas, il se flagellera lui-même.

5® C'est encore la manifestation de la vertu de Jésus, du dévouement, de l'amour de Jésus, qui attirera tous les cœurs.

Ecce homo , non, ecce Deus! c'est la royauté transfigurée en Jésus, c'est Jésus lui-même.

Page 1