‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870Chapitre 104 sur 174 · INDIFFÉRENCE · texte numérisé non relu

INDIFFÉRENCE

i" En quoi consiste-t-elle? — A être absque differentîa, c'est-à-dire au-dessus des attraits ou des répugnances venant des créatures; à garder la liberté d'indifférence, c'est-à-dire l'indépendance.

Loin de moi l'indépendance vis-à-vis de Dieu, de sa loi, de sa volonté, de sa grâce, de son amour! C'est une indépendance injuste, menteuse, honteuse, fausse; mais que j'aie l'indépendance vis-à-vis de tout ce qui n'est pas Dieu, volonté de Dieu, gloire de Dieu.

230 RETRAITE DE iQ6ç.

2° Combien elle est nécessaire. — Autant que la fin dernière, le salut, la gloire de Dieu, l'union à Notre-Seigneur ; autant que le bien des âmes auxquelles je dois me dévouer ; autant que la perfection, la pureté du cœur ; autant que la paix, le bonheur...

■^° Mais n' est-elle pas chimérique ? — Car enfin il y a une dépendance forcée des besoins du corps, des influences du monde physique, de l'état social. Non, elle n'est pas chimérique, car la volonté de Dieu se montre en tout cela dans une certaine mesure; et par conséquent il y a indépendance, là même, en tout ce qui n'est pas la volonté de Dieu, et dépendance en tout ce qui est la volonté de Dieu, mais dépendance de Dieu seul, et non du corps, du monde, etc.

4** Quelle est en fait mon indépendance des lieux, des temps, des choses, des événements; des hommes, de tel ou tel;... des emplois, des revers ou succès dans ces emplois;... du monde, de ses idées, de ses modes, de ses passions;... du corps, de ses besoins, instincts et habitudes;... de l'esprit, du cœur, de l'imagination ;... de l'amour-propre en tout cela;... des états d'âme même;... des choix, mode, mesure, durée...

Autant je puis être encore dépendant de telle ou telle créature contre la volonté de Dieu, autant il est nécessaire, pour être dépendant de Dieu, de Dieu seul, que je me rende indépendant de cette créature.

5° Mais comment me faire indépend mt? — Les libertés ne se demandent pas, elles se prennent.

Ainsi doit-on faire avec le démon , le monde et la chair. Donc, secouer le joug, comme on fait aujourd'hui, d'autant que ce joug des créatures est plus injuste, et rester armé pour n'être pas asservi de nouveau.

Qiœlques moyens. — Estime de cette indépendance. Voyez comme les gens du monde estiment la fausse. Et nous, n'estimons pas moins la vraie ;

Abnégation continuelle contre l'amour-propre;

Mortification continuelle contre les sens ;

La balance en équilibre... égalité de l'âme entre les objets à choisir jusqu'à ce que la volonté de Dieu, la gloire de Dieu se manifestent.

Mais encore, pour arriver là, vigilance à couper les fibres des créatures tendues pour

saisir notre cœur, ou les fibres de notre cœur se portant vers les créatures. Il me semble que saint François Xavier faisait ainsi ; que le Père de la Colombière faisait ainsi, pour que leur cœur fût toujours libre, et par là, toujours uni au Cœur de Jésus.

Mais alors sacrifices de chaque instant... lutte sans repos contre la triple concupiscence . . . quelle énergie pour remporter cette victoire! Comment! comment y arriver avec une telle lâcheté, une telle paresse?

Prière; union à Jésus. Nous serons d'autant moins lâches, d'autant plus généreux, plus forts, plus vainqueurs, plus indépendants des créatures, que nous serons plus soutenus par Jésus, plus unis à Jésus, plus dépendants de Jésus.

DEUXIÈME JOUR

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