‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870Chapitre 12 sur 174 · CIRCONCISION · texte numérisé non relu

CIRCONCISION

Jésus, le vrai Fils de Dieu, n'a pas besoin de la circoncision ; il s'y soumet cependant.

C'est qu'il pousse l'amour sacré de l'obéissance jusque-là, et, de cette manière, il acquiert un nouveau titre à la filiation divine, comme Marie, de cette manière, un nouveau titre à la maternité divine.

C'est que corpus aptasti mihi, telle est sa devise dès son entrée dans le monde. Il est venu pour souffrir ; la croix tardera trop longtemps ; il veut donner déjà du sang. Quel amour ! Fils de Dieu encore par là...

Comme il se livre en dominant toutes le appréhensions de la nature ; comme il est maître de son cœur en se livrant; comme il

VOLONTÉ ET DEVOUEMENT. ji

porte en lui les sentiments de la victime, de la vraie et seule victime !

Mais il est prêtre en même temps, bien plus que celui qui fait couler son sang divin sous le glaive ; et même le seul vrai prêtre, le seul prêtre, comme la seule victime : modèle par là du prêtre victime de la loi nouvelle.

Car il faut que je sois, moi aussi, prêtre et victime : prêtre pour immoler Jésus à l'autel. Mais comment ne m'immolerais-je pas avec lui? Donc victime! ne dois-je pas dire aussi à son exemple : corpus aptasti mihi!

Mais Dieu ne demande pas mon sang, comme il a demandé le sienî*... — Peut-être... mais certainement il demande mon cœur, mon cœur par la mortification et l'obéissance, dans un sacrifice d'amour, afin que je sois fait moi aussi, fils de Dieu, dédit eis potestatem filios Dei fieri; fils de Dieu qui ne soit pas né du sang ni de la chair, mais de sa Volonté trois fois sainte. Les incirconcis, ceux qui sont nés de la chair et du sang, ne sont pas fils de Dieu. Donc la circoncision du cœur.

Comme Jésus entre les bras de Marie se livre au glaive, me livrer ainsi entre les bras de Marie qui saura compatir à ma faiblesse et

RETRAITE DE iSôC.

m'inspirer une force généreuse ; me livrer à ceux que Dieu chargera de l'opération douloureuse, que ce soient mes supérieurs ou mes inférieurs eux-mêmes.

C'est une pierre aiguë qui pour Jésus sert de glaive. Qu'importe l'instrument pour Lui, pourvu que pour moi se vérifie la devise : Corpus aptasti mihi?

Que toutes les fibres autour du cœur soient coupées, qu'il ne tienne plus à rien de ce monde ; que Jésus puisse le prendre en sa main. Qu'il soit couronné d'épines, dominant toutes les affections vaincues; lançant vers le ciel les flammes de ses affections surnaturelles ; armé de l'étendard de la croix.

Jésus Sauveur reçoit ce nom dans son sang, il l'acquiert par son sang. Rédempteur, il ne veut pas attendre au Calvaire pour avoir droit de porter ce nom de sang. Il le paye de son sang dans la circoncision même, il le justifie, il le glorifie dans la circoncision, car il est déjà vraiment sauveur.

Et moi prêtre, victime, autre Jésus, par ma vocation, par mon nom, je dois être un autre sauveur. Que je sois donc circoncis puisque la circoncision est la condition de ce nom. Je ne

VOLONTE ETf DEVOUjSMENT, jj

serai sauveur que par elle, d'autant plus sauveur que mon cœur sera mieux circoncis, que mon cœur mêlera plus abondamment son sang au sang rédempteur.

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