I. Donnez-moi seulement votre amour avec votre grâce
i" Quel amour? — Il ne s'agit point de celui de Dieu pour nous ; il est assez prouvé, celuilà, assez sûr., Nul ne sait s'il est digne d'amour... Je sais que je ne suis pas digne d'amour, mais que cependant Dieu m'aime, et m'aimera toujours, tant que je serai sur cette terre. Mais l'amour que je demande, c'est l'amour pour Dieu.
Non point l'amour qui consiste en paroles ; si la foi est nulle sans les œuvres, à plus forte raison l'amour.
Non point l'amour qui consiste en consolations sensibles : en cela c'est Dieu qui nous aime ;
Mais l'amour que Notre -Seigneur enseigne dans l'Évangile, celui que saint Ignace nous montre partout dans les Exercices, qui nous fait louer, révérer, servir Dieu; car c'est là aimer; aimer, c'est accomplir le devoir, c'est faire la volonté de Dieu.
Et cela en imitant Jésus-Christ, le maître, le modèle de l'amour.
Et cela en union avec lui, mecum, cœur à cœur.
Et cela par la confiance en lui.
Et jusqu'à la souffrance, aimer, c'est souffrir. Voyez Notre-Seigneur lui-même dans sa Passion : c'est ainsi qu'il nous aime nous-mêmes,
nous devons l'aimer ainsi, d'un amour présent, pour répondre à la présence de Dieu ; d'un amour actif, pour répondre à l'action de Dieu ; d'un amour pur% d'un amour surnaturel, cuju gratia tua.
Bien que Dieu mérite tout notre amour naturel, celui-là n'est pas digne de Dieu; Dieu veut plus de nous ; celui qu'il demande, c'est celui qu'il donne lui-même.
II. Pourquoi V amour de Dieu seulement? — Parce qu'il est bien plus enviable que tous les trésors de ce monde; parce que tout autre amour, bien que le monde le mette au-dessus de tout, n'est rien à côté; parce que notre cœur, fait de la main de Dieu, est inquiet tant qu'il aime autre chose que Dieu^; parce que c'est aimer Dieu trop peu que d'aimer quelque chose avec lui; parce que mon cœur est si petit qu'il ne peut rien aimer avec Dieu; mais si grand qu'il n'est satisfait que de Dieu seul ; parce que , même dans l'ordre surnaturel, cet amour est au-dessus de tout, qu'il est la fin de tout pour Dieu , comme le prin-
I. V. les Exercices de l'année dernière. (Note du R. P. Olivaint.) a. Saint Augustin.
cipe de tout; parce que toutes les grâces sont données en vue de cet amour, et comme le rayonnement de cet amour; parce qu'il est la consommation, la perfection de toutes les vertus, et que même il renferme toutes les vertus... La pureté, en effet, c'est l'amour de Dieu; l'humilité, c'est l'amour de Dieu;... parce que Dieu même ne veut que lui : pi-œbe, fili, mi, cor tuiim mihi'^. Si l'amour lui est donné, il a tout; il est en quelque sorte « assez riche : » Qu'il en soit donc de même pour nous. L'amour de Dieu, c'est Dieu.
III. Comment V obtenir ^ cet unique amour? — Mais, est-ce que je ne l'ai pas déjà? Ah ! nunquam satis^ ! Ceux qui l'ont le plus croient n'avoir pas même commencé à aimer. cAmplius! Q/împlius!
Et de qui, d'abord, l'obtenir? — Des créatures, de moi, de Dieu.
Des créatures. — Car on peut le tirer de tout, suivant l'aviî de '5ajnt François de Sales. Et comment? — II QSt répandu partout dans la nature, mieux que la lumière et la chaleur.