I. Joan., VI
la vérité et de Tamour, de l'amour devenu sensible, de la vérité devenue palpable, de la vie en nous, de l'union à la vie qui est Dieu même ; de l'identification, de la transformation en Celui qui est la vie ; besoin pour la mission qu'ils ont à remplir comme apôtres, de pouvoir répandre sur les hommes la vérité et l'amour, de pouvoir la leur inoculer, pour ainsi dire, de la posséder en soi, parole vivante, amour vivant.
Mais tous les hommes, mais tous les siècles ont ce besoin de la vérité et de l'amour. Et la vérité et l'amour sont à leur disposition partout et à jamais.
Non-seulement l'Eucharistie, mais le sacerdoce, le pouvoir de reproduire l'Eucharistie : hœc quotiescumqiie feceritis, in mei meinoriam facietis ; de la reproduire pour soi, pour les autres ; de faire ce que Jésus-Christ lui-même a fait; de le donner à Dieu en même temps qu'aux hommes, de FofFrir à Dieu en victime; car toutes les victimes s'effacent devant celle-ci. Or, il faut à Dieu la Victime encore et toujours pour l'adoration, pour la réparation, pour la reconnaissance, pour attirer les grâces.
Donc il faut des prêtres pour offrir la vie-
time. Le sacerdoce est le Lesoin impérieux des hommes et de Dieu. Que Jésus soit donc offert tous les jours et qu'il n'y ait plus d'autres victimes.
Mais aussi qu'il n'y ait point d'autres prêtres ; car seul il est digne d'offrir une telle victime, prêtre et victime en même temps.
Il institue cependant d'autres prêtres ! hœc qiiotîescumqiie feceriïîs . . . Mais il est en eux luimême, et ils sont en Lui ; union intime, indissoluble et sacrée.
Quelle grande chose ! Rien de comparable sur la terre. Silence des apôtres... On est écrasé !
Comment Dieu a-t-il pu faire une telle grâce à l'homme? Saint Jean, apprenez-nous ce secret, vous qui reposez sur le Cœur de Jésus.
Comment reconnaître dignement une telle grâce ? Saint Jean, vous qui reposez sur le Coeur de Jésus, enseignez-nous aussi ce secret.
Union, union intime à Jésus, cœur à cœur avec Jésus, comme saint Jean, dans la pureté et dans l'amour !
IIL On voudrait ne plus redescendre sur la terre, il le faut pourtant. Sacramenta propter homines } et par conséquent aussi les prêtres et Jésus lui-même propter homines. Mais en
redescendant sur la terre, en reparaissant au milieu des hommes, restons purifiés, transformés par ces mystères, apparaissons comme d'autres Jésus-Christ. Que nous n'ayons plus rien de commun avec les choses de la terre : Jam ly^n bibam de hoc geniniîne vitis usque in diem illum ciini illud bibam vobisciim novum itî regno Pat ris mei^.
Que mes pieds ne soient plus souillés malgré les dangers du ministère : Savoir marcher.
Mais comme Jésus est triste ! oAmen dico vobis quia uniis ex vobis tradet me, qui manducat meciim *.
Unus, . ., ah ! si un seul. . . mais combien , hélas ! Si seulement un sur douze !
Unus...^ et qui donc > — Chacun s'écrie avec effroi ; numquid ego...! Humilité, défiance d'eux-mêmes, sentiment de leur faiblesse. Que je dois me défier aussi ! Gardez-moi, Jésus!
Ah ! Saint Jean ne dit pas : Numquid ego ? Et même c'est à lui que les apôtres s'adressent
1. Je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'à ce jour où je le boirai de nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. (Matt., xxvi, 29.)
2. Je vous dis en vérité qu'un de vous, lequel mange avec moi, me trahira. (Marc, xrv, 18.)
pour savoir de Notre-Seigneur quel est le malheureux dont il parle : c'est que saint Jean est sur le Cœur de Jésus. C'est là qu'il faut rester. Gardez-moi, Jésus !
Si vous n'y prenez garde, disait saint Philippe de Néry, aujourd'hui je vous trahirai. Que je pourrais bien dire de même ! — Mais je dois aussi moi-même me garder.
Il en est un... Numquid ego sum, Rabbi, dit Judas? Tu dixisti^. Et pourquoi en vient-il là? Est-ce moi, Maître? — Tu Tas dit. C'est qu'il n'a point sacrifié sa passion avant de s'asseoir à cette table, c'est qu'il n'est point pur. Et il a osé recevoir le corps et le sang du Sauveur dans ce corps souillé !
Mais l'Eucharistie va le changer, sans doute .^ Non, non ! Terrible effet du plus grand des biens quand l'homme dans sa malice en abuse : Et post buccellam intro'ivit in euni Satanas *.
Le misérable a souillé en la recevant indignement cette chair sacrée qui ne peut cependant contracter aucune souillure, et cette chair sacrée de Celui qui est la bonté même ne sert