VOILA VOTRE MÈRE
I. Pourquoi saint Jean est-il choisi par Notre-Seigneur pour recevoir cet auguste testament de Jésus, cette ineffable marque de son amour?
Parce qu'il est vierge ; parce qu'il a reposé souvent sur le Cœur de Jésus ; parce qu'il a été fidèle malgré la défection des autres, fidèle jusqu'à la croix; parce qu'il est prêtre. Je vois leprêtre représentant de tous les hommes devant le Roi du ciel ; il représente mieux que personne aussi tous les hommes devant la Reine du ciel.
C'est lui qui doit leur apprendre à dire •• Mater nostra, comme Pater noster. N'est-ce pas un ange qui nous a le premier enseigné Vc^ve Maria?
Et puis, comme prêtre, saint Jean est plus en état de comprendre, de sentir, de recevoir le mystère de cette génération surnaturelle qui s'accomplit au pied de la croix, dans le sang même de Jésus-Christ, par le sacrifice que fait Marie en immolant Jésus elle-même comme prêtre, pour nous donner à nous la vie par la
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mort, la vie de la grâce que Marie verse dans nos coeurs.
Prêtre, fidèle à la croix, ami du Cœur, vierge, saint Jean représente mieux Jésus devant Marie; saint Jean est plus capable d'être un vrai fils pour elle, de lui offrir des consolations proportionnées à ses douleurs.
II. Douleurs de Marie. — Comme femme et comme vierge si délicate et si tendre, elle a le cœur fait pour souffirir; mais comme mère quel cœur, quel amour! L'amour même de Dieu est dans son cœur pour ce divin Fils qui n'a pas de père sur la terre ; amour qui s'accroît de tous les charmes, de toutes les tendresses, de toutes les affections surnaturelles d'un tel fils..
Mais sa douleur est proportionnée à cet amour ainsi qu'aux douleurs que Jésus endure, et quelles douleurs ! Elles se reproduisent toutes en Marre comme dans un miroir fidèle; et Marie souffre d'autant plus qu'elle est impuissante à soulager son fils.
Bien plus, elle est obligée de le sacrifier, de lui préférer Barrabas : non hune sed Barrabbam !
Comment! Marie même pousse ce cri?
Oui, Jésus de son regard la supplie de pro-
férer elle-même cette cruelle parole ; et le Père céleste lui donne l'exemple de l'abandon : iit quid dereliquisti me?
Il le faut ; Marie lève le glaive et frappe la victime. Mais comme elle ressent la blessure jusqu'au fond de son Cœur ! Qui comprendra la douleur de cette mère ! Et la douleur du Père céleste, pour ainsi parler, s'y ajoute : Marie a pour mission de déplorer la perte d'un tel iils pour ce Père auguste qui ne peut pas dans son infinie majesté ressentir la douleur...
Et le Saint-Esprit qui façonne de plus en plus le Cœur de cette reine des saints et des martyrs, le Saint-Esprit l'associe de plus en plus intimement au sacrifice de Jésus par les angoisses du délaissement. Toutes les douleurs de Jésus sont en elle... Jamais elle ne fut plus mère de Jésus.
Si du moins tous les hommes profitaient de ce sacrifice que Marie fait de Jésus pour les sauver ! Mais c'est là ce qui met le comble à la douleur de Jésus et de Marie ; des multitudes se perdent malgré ce sang répandu. Sitio, s'écrie Jésus, il a soif de ces âmes,... et Marie dit aussi : sitio !
III. Saint Jean le consolateur. — Vierge, il est plus compatissant. Pourquoi ne sais-je pas mieux compatir aux douleurs de Jésus, de Marie > N'est-ce point que je ne suis pas assez pur>
Il a reposé sur le Cœur de Jésus. Il connaît mieux ce Cœur et sa tendresse pour sa Mère. Il connaît mieux par ce Cœur le Cœur même de Marie. Déjà quelle sympathie touchante ! Fils d'adoption seulement, il aurait pour elle, par l'influence de ce Cœur sacré dont il a senti les battements, des délicatesses dont aucun autre ne serait capable. Mais il n'est pas seulement fils d'adoption ; il est vrai fils par l'efficacité de la parole divine.
Ah! Jésus ne crée pas en lui un nouveau cœur, il achève de transformer en son propre Cœur le cœur de son apôtre pour qu'il aime mieux en fils la Sainte Vierge. Marie, soyez consolée, c'est le Cœur de Jésus... Pourquoi né savons-nous pas mieux compatir? Nous ne connaissons pas assez le Cœur de Jésus.
Quelle compassion dans le cœur du nouveau fils de la sainte Vierge, là au pied de la croix, entre Marie et Jésus ! les flots de douleurs qui vont du Cœur de Jésus au Cœur de Marie et
du Cœur de Marie au Cœur de Jésus se rencontrent dans le cœur filial de sa 'ht Jean : c'est un flux et reflux*.
Pourquoi ne savons-nous pas mieux compatir? Nous ne restons pas assez au pied de la croix, méditant les douleurs de Jésus et Marie.
Comme Jean voudrait soulager Jésus! mais impossible de remplacer Marie près de Lui! Du moins il remplacera auprès de Marie son Jésus. Comme il la soutint, comme il se dévoua pour elle !
Non, ce nouveau fils n'est pas un Barrabbas triomphant dans sa délivrance de la mort de Jésus. Nouveau Jésus, il pleure, avec Jésus et .Marie, les terribles suites des péchés des hommes; il se repent comme pécheur, il s'associe à la victime. Vrai prêtre, il s'immole lui-même au pied de la croix, dans son cœur. Mais la vie nouvelle l'envahit par cette immolation même. Vivifié, régénéré par le sacrifice de Jésus, auquel il a joint son sacrifice, il offre déjà, pour ainsi dire, à Marie son Jésus ressus-» cité !