FIN DE L HOMME
Que suîs-je? — Quelle est ma fin ? — Quels sentiments ?..,
I. Que suis-je? — Homme,... Chrétien,... Prêtre... Qu'est-ce à dire? Dieu pouvait me laisser à jamais dans le néant; il pouvait choisir entre les possibles tel autre être que moi ; faire de moi plante, animal, etc., en me donnant l'être.
Il a voulu que je fusse homme, avec un corps, une âme, une intelligence, un cœur,... capable de connaître, d'aimer,... de connaître, aimer
Dieu même se manifestant ad extra,... d'atteindre Dieu même par la raison et la volonté^ dans une certaine mesure.
Dieu pouvait ne pas se laisser atteindre davantage. Mais voilà qu'il élève l'homme audessus de lui-même, qu'il lui donne une lumière supérieure à celle de la raison , un amour supérieur à celui du cœur de l'homme^ avec le pouvoir de connaître Dieu comme II se connaît, de l'aimer comme II s'aime, ad intra.
« Faisons l'homme à notre image et ressemblance. » Quelle dignité! quelle élévation! — Ce n'est pas tout.
Le Fils de Dieu se fait homme ; il est l'homme parfait, en qui, au degré le plus sublime, sont tous les dons de Dieu. Quel amour, quelle connaissance de son Père!
Et Jésus est venu pour que nous soyons un avec lui; il s'est fait à la ressemblance de l'homme, pour que nous soyons faits à la ressemblance de Dieu.
Et moi, prêtre, autre Jésus!... j'ai des rapports intimes, continuels avec Jésus. — Quelle dignité ! quelle élévation !
II. Quelle fin? — On dirait que l'homme est la fin de Dieu, tant Dieu se plaît aie corn-
bler de grâces. Absurde! Dieu est nécessairement sa fin à lui-même; et s'il crée, nécessairement il reste sa iin, nécessairement tout est pour lui seul : universa propter semetipsiim.
Donc, Dieu est la fin nécessaire de l'homme. Non, l'homme ne saurait jamais se regarder comme sa fin à lui-même : il n'est pas à luimême son principe, comment serait-il sa fin? Par lui-même il vient du néant, il n'est que néant; sa fin en lui-même, serait sa fin dans le néant : absurde !
Non, l'homme ne saurait mettre légitimement sa fin dans les créatures : elles sont audessous de lui. Comment sa fin serait- elle audessous de lui? Elles sont au-dessous de lui dans l'échelle des êtres; mais par elles-mêmes, néant comme lui.
Donc, elles sont incapables par elles-mêmes d'être jamais sa fin. Donc, la fin de l'homme est en Celui de qui vient l'être, en Celui qui est, comme dit la sainte Ecriture.
Dieu est la fin de l'intelligence dont il est le dernier terme : rien au delà;
11 est la fin de la volonté, du cœur dont il est le dernier terme : rien à aimer autant, rien à
aimer au delà, rien qui soit plus digne d'amour, rien qui ne tienne de lui ce qui le peut rendre digne d'amour à quelque degré.
Mais , connaître , aimer ont des effets nécessaires : louer, vénérer, servir. — Donc, la fin de l'homme est de louer, vénérer, servir Dieu.
Mais, servir c'est faire la volonté du Maître. — Donc, la fin de l'homme, c'est d'accomplir la volonté de Dieu : commandements de Dieu, règlement de vie selon la loi , acceptation des événements, etc.
Mais, comme je l'ai dit plus haut, l'état de l'homme est surnaturel; ses facultés sont surnaturalisées par la lumière et la force surnaturelles, par la grâce; il participe à la connaissance, à l'amour de Dieu par lesquels Dieu se connaît et s'aime lui-même.
Donc, fin surnaturelle aussi. Donc, il faut cette lumière et cet amour surnaturels pour atteindre cette fin ; donc, il faut que son intellio-ence et son cœur s'élèvent au-dessus d'eux-
mêmes pour tendre à cette fin par la connaissance et l'amour surnaturels.
Mais Notre-Seigneur est venu au milieu de nous; homme parfait, il est venu pour nous montrer la fin, pour nous apprendre le secret
d'atteindre la fin, pour nous communiquer incessamment la lumière et l'amour, pour nous soutenir à chaque pas...
Donc, tous les hommes sont tenus de s'attacher à Jésus-Christ pour atteindre cette fin.
Mais les prêtres sont institués par Jésus- Christ pour guider les autres la , pour rendre sensible le secours que lui-même il apporte à tous les hommes. Donc,, les prêtres sont tenus plus que tous les autres de s'attacher à Jésus- Christ, d'avoir sa lumière^ sa force, sa vie surnaturelles, de tendre à la fin surnaturelle en Lui et avec Lui.
Je suis prêtre... et non-seulement prêtre, mais religieux^ c'est-à-dire faisant profession de perfection; donc, ;perfection dans la lumière et la force surnaturelles, dans la tendance à la fin surnaturelle, dans la connaissance et l'amour de Dieu , comme Dieu s'aime et se connaît, comme Jésus-Christ aime et connaît son Père.
De plus. Jésuite, ami de Jésus-Christ , cœur à cœurayec Jésus^ homo imanimis, c'est-à-dire un autre Jésus : Vie de Jésus, et comme fin celle de Jésus lui-même.
Et cela, non-seulement pendant quelques jours sur la terre, mais pendant toute l'éter-
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nité. Je ne suis point fait pour retomber dans le néant, mais immortel, destiné à glorifier Dieu dans l'éternité, après l'avoir glorifié dans le temps : fin dernière qui dépend de la fin première. Si Dieu est glorifié dans le temps par ma louange, mon respect, mon service, c'est-àdire par ma connaissance et mon amour, connaissance et amour surnaturels en Jésus-Christ, avec Jésus-Christ, comme Jésus-Christ, alors possession éternelle de Dieu en Jésus-Christ, « plénitude de l'homme parfait » en lui ; je suis divinisé en lui : DU estis.
Quelle distance du néant d'où nous sommes partis à cette déification que nous devons atteindre !
III. Sentiments résultant de là. — Dignité incompréhensible de l'homme ; bonté incompréhensible de Dieu ; que notre fin est sublime !
1. Etonnement, admiration. — D'autant plus que cette fin est plus belle ; qu'elle nous était moins due; que Dieu n'a nul besoin de nous ; qu'il y a une distance infinie entre nous et lui ; qu'il semble s'efforcer d'effacer la distance en nous rapprochant de lui, en se rapprochant de nous, si viles créatures.