‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870Chapitre 5 sur 174 · CHUTE DE SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

CHUTE DE SAINT PIERRE

Cette méditation, contre mon attente, m'a laissé froid et insensible.

Jai bien compris comment saint Pierre a, pour ainsi dire, préparé sa chute par sa présomption, son ardeur toute naturelle, sa négligence à prier, sa langueur à ne suivre que de loin, son imprudence en allant au-devant de l'occasion, sa mollesse en se chauffant... Et que de traits me conviennent !

J'ai bien compris qu'il y a pour moi une sorte de reniement de Notre-Seigneur, si j'agi

I. Luc, XXII, 5:5'-63; — Marc, xiv, 69-72; — Mate, XXVI, çS-yj.

VOLONTÉ ET DEVOUEMENT. ïi

contre ma conscience, si je résiste à la grâce, si mes paroles ou mes actions sont de l'homme et non du prêtre, si à l'autel je traite Jésus sans dévotion, sans respect^ comme s'il n'était pas Jésus ; si je ne tache pas partout et toujours de conduire à Jésus.

J'ai bien compris quelle inconséquence, quelle ingratitude ce serait pour moi de faire ainsi; j'ai bien compris la lâcheté, le mensonge, le parjure de Pierre, le mépris qu'il fait de Jésus, le scandale de sa conduite, son aveuglement.

Mais je n'entends pas le chant du coq, le cri de la conscience ; mais je ne sens pas le regard de Jésus s'arrêter sur moi, cette touche de la grâce sans laquelle la conscience n'est pas écoutée, sans laquelle tous les avis glissent sur l'eau, sans laquelle rien !...

J'éprouve de la douleur de ne pas sentir ce regard de Notre-Seigneur ; mais je ne mérite pas qu'il s'abaisse jusqu'à moi.

Je ne vois pas en moi de fautes vraiment graves. Est-ce illusion? Éclairez-moi, Seigneur... Mais que de petites négligences!...

Non, je ne devrais pas les appeler petites si je considérais : la grandeur du Dieu offensé

par elles; les bienfaits immenses dont il m'a comblé; les obligations sacrées qu'il m'impose; mes promesses, mes vœux, ma doctrine spirituelle; les châtiments réservés à ces fautes... l'action divine nécessaire pour les réparer, et enfin leurs conséquences, conséquences d'autant plus graves que les négligences seraient passées en habitudes; Muscœ morientes perdunt suavitatem iingnenti^.

Supplication à Jésus pour qu'il abaisse son regard sur moi comme sur Pierre, pour qu'il m'éclaire sur l'état de ma conscience, sur mes fautes, mes illusions, les obstacles qui seraient en moi à ce regard ; — et que par ce regard il me rende, comme à Pierre, avec la contrition, la chaleur, la force, la ferveur, l'élan... Puisse ce divin regard, si plein de douceur et de mansuétude, me pénétrer d'un vif sentiment de regret et d'amour.

Que je porte envie en ce moment au père de la Colombière, pleurant ses fautes contre les Règles !

I. Les mouches qui meurent dans le parfum lui font perdre sa suave odeur. (EccL, x, i.)

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