‹ Journal de ses retraites annuelles de 1860 à 1870Chapitre 75 sur 174 · Joan., XX · texte numérisé non relu

Joan., XX

1° Jésus cherché. — Madeleine au tombeau a besoin de Jésus... souffrance, inquiétude!... Comme elle regarde à chaque instant dans le tombeau! Elle n'en croit pas ses yeux; elle n'en croit pas les anges. — Mais il a prédit sa résurrection; est-ce qu'elle n'en croit pas Jésus même? Ah! elle ne doute pas de sa parole; mais il était là, il n'y est plus et elle le cherche: il lui faut Jésus mort ou vif. Voilà bien les caractères de l'amour.

Mais moi que facilement je reste sans Jésus. Je ne l'aime donc pas? De longues heures passent sans presque penser à lui, sans éprouver ce tourment de Madeleine, sans le chercher des yeux, du cœur, dans le tombeau, dans le tabernacle ; sans penser jamais à le demander aux anges, cherchant peut-être la créature plutôt que Jésus, la créature enterrée, regardant au fond de ce tombeau pour voir si elle est toujours là, si elle se ranime, si elle est rendue à mon affection. Non, non, ce n'est pas la créature que je dois chercher, mais Jésus.

Cependant, je suis si imparfait, si faible, si pécheur ! . . . Comment prétendre à un tel amour? Raison de plus ; je n'en ai que plus besoin... Et Madeleine si faible, si pécheresse,

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si attachée jadis à la créature ; cependant comme elle ne vit plus que pour lui ! Qu'il en soit de moi ainsi..., enfin!... Jésus, Jésus! Que je regarde dans mon cœur qui fut si souvent son tombeau. Jésus est-il là? S'il n'y est pas, le chercher dans la pureté, dans la méditation, dans le sacrifice : Teniii eum... et je l'emporterai dans mon cœur, et je le garderai là, mais vivant, et non comme dans un tombeau.

Besoin de Jésus qui touche le Cœur de Jésus. Il aime, comme une mère fait avec son enfant, à se faire chercher par Madeleine. Les anges lui disent : Que pleurez-vous? Quid ploras? comme s'ils ne savaient rien... et Jésus lui-même apparaît comme un jardinier. Il ménage la faiblesse et l'amour de Madeleine par ce déguisement. Ne succomberait-elle pas au transport de son amour, si tout à coup il se manifestait à elle } Mais aussi il aime à se faire encore chercher...

Pour moi, sans que Notre-Seigneur se cache sous les apparences du jardinier, je ne le reconnais pas. Mais en esprit de foi, je devrais encore le voir dans le jardinier lui-même. C'est la créature que je vois, la cause seconde et non Jésus. O divin jardinier, cultivez II. it

donc la foi, l'esprit de foi dans mon âme, pour y mieux féconder l'amour même. Avec cet esprit de foi, je trouverai partout Jésus ^ j'aurai toujours Jésus.

Besoin de Jésus. — Où l'avez-vous mis.> dit Madeleine au jardinier. Demander ainsi Jésus à toute créature, ne me le laisser enlever par aucune créature, forcer chaque créature à me le rendre... Et tollam eum.

Comment, Madeleine, comment vous si faible pouvez-vous enlever le corps de Jésus? Oui, Jésus se fait léger, petit, pour que nous puissions, si faibles que nous soyons, l'emporter partout; il est dans la moindre parcelle. Il dépend de chacun de nous d'être Christophore. Tenui eum et non dimittam; et je l'emporterai ce sauveur ressuscité, et je le garderai dans mon cœur.

II. Jésus trouvé. — Et vidit Jesuni stantem. Madeleine croit que c'est le jardinier, mais c'est bien le Seigneur Jésus. Elle le voit tel que la résurrection nous le rend. Il est là vraiment vivant... et la vie naturelle est ornée des qualités surnaturelles de la résurrection. Qu'il est beau ! quelle joie de le contempler!

Mais, aussi moi je dois avoir part à sa résurrec-

tion, je suis venu en retraite pour cela. J'ai cherché la mort, la mort spirituelle, mais cette mort spirituelle qui nous sépare en quelque sorte déjà du corps et des attaches de ce monde et de la nature, c'est déjà la résurrection. Donc que la lumière de Jésus soit en moi, son agilité, c'est-à-dire son dévouement ; sa subtilité , c'est-à-dire sa divine prudence ; son impassibilité, c'est-à-dire sa conformité à la volonté de son Père en tout. S'il en est ainsi, quelle bonne retraite, j'ai trouvé Jésus ! En est-il ainsi?

Maria ; dit le Maître à Madeleine. Pourquoi lui apparaît-il ainsi, aussitôt après s'être montré à sa sainte Mère, avant d'apparaître aux apôtres > C'est que Madeleine la pécheresse avait plus besoin de consolation ; c'est que Madeleine la convertie l'avait cherché avec plus d'ardeur que les autres, rivalisant en quelque sorte de sainte impatience avec Marie elle-même. C'est que Madeleine est devenue si pure, si morte au monde et à elle-même, si bien ressuscitée à la vie de la grâce..., que sa résurrection appelle pour ainsi dire le ressuscité : Maria!.

Quelle différence entre moi et Madeleine!

i(5o RETRAITE DE 1867.

Que je suis peu mort encore, peu converti, peu uni à Marie ! Et cependant Jésus m'a dit aussi : Maria! Non pas en m'appelant par mon nom, en me donnant quelque consolation sensible, extraordinaire; mais ces lumières de la retraite, ce regret de mes fautes, ces désirs de m'y mettre enfin, de m'exécuter, de ne plus chercher que la volonté de Dieu, la gloire de Dieu, Jésus, Jésus... N'est-ce pas Jésus qui m'a dit : Maria? il a dit Maria à celui qui appelait ce Rabboni.

Et maintenant dans ma reconnaissance que je répète : Rabboni, avec Marie. Rabboni, mon maître, mon ami, mon consolateur, mon sauveur et mon Dieu, ma vie et mon tout!

Qu'il est doux de rester encore dans la retraite, dans un doux cœur à cœur avec le Rabboni!

Mais noli me tangere,.. Va dire à mes frères... — La loi du travail et du zèle. Il faut que moi aussi, comme Madeleine, je sois le témoin de la résurrection.

Du moins que je garde le cœur à cœur, en répétant Rabboni, et il me redira Maria.

Ne puis-je pas garder ce cœur à cœur, cette union à Jésus dans les exercices du zèle?

LA FIN : A. M. D. G. i6i

Eum tollam. — Va dire à mes frères... Et comment puis-je mieux leur annoncer la résurrection de Jésus qu'en leur manifestant en moi cette union persévérante de Jésus, qu'en me montrant moi-même ressuscité en Jésus, qu'en apparaissant comme un vrai jardinier des âmes, comme un homme de l'éternité, de la gloire de Dieu, de la volonté de Dieu, de la fin divine?

Rabboni, voilà mes résolutions, daignez les bénir en redisant Maria. Tenui eum, nec dîmîttam,

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