‹ Journal de VoyageChapitre 108 sur 294 · Edit orig. : Là, où... — Au lieu que · texte numérisé non relu

Edit orig. : Là, où... — Au lieu que

d'avis selon les occasions), il respondoit, qu'il n’aloit, quant à luy, en nul lieu que là où il se trouvoit, et qu'il ne pouvoit faillir ny tordre sa voie, n’aiant nul project que de se promener par des lieus inconnus; et, pourveu qu'on ne le vit pas retumber sur mesme voie, et revoir deus fois mesme lieu, qu'il ne faisoit nulle faute à son dessein !. Et quant à Rome, où les autres visoint, il la desiroit d'autant moins voir, que les autres lieus, qu'elle estoit connue d’un chacun, et qu'il n’avoit laquais qui ne leur peut dire nouvelles de Florence et de Ferrare. Il disoit aussi qu'il lui sambloit estre à-mesmes ceus qui lisent quelque fort plesant conte, d’où il leur prent creinte qu'il vieigne bientot à finir, ou un beau livre : lui de mesme prenoit si grand plesir à voïager, qu’il haissoit le voisinage du lieu où il se deut reposer, et proposoit plusieurs desseins de voiager à son eise, s’il pouvoit se randre seul.

Le dimenche au matin, aïant envie de reconnoitre le lac de Garde, d'où il vient fort excellant poisson, et qui est fameus en ce pais là *, il loua trois chevaus

1. « Mais en tel aage, vous ne reviendrez jamais d'un si long chemin. Que m'en chaut-il? je ne l’entreprens, ny pour en revenir, ny pour le parfaire. J'entreprens seulement de me branler, pendant que le branle me plaist, [et me proumeine pour me proumener]... Mon dessein est divisible par tout, il n'est pas fondé en grandes esperances : chasque journee en faict le bout. » « S'il faict laid à droicte, je prens à gauche : si je me trouve mal propre à monter à cheval, je m'arreste. Et faisant ainsi, je ne vois à la verité rien, qui ne soit aussi plaisant et commode que ma maison... Ay-je laissé quelque chose à voir derriere moy, j y retourne : c'est tousjours mon chemin. Je ne trace aucune ligne certaine, ny droicte ny courbe. Ne trouve-je point où je vay, ce qu'on m'avoit dict ? comme il advient souvent que les jugemens d'autruy ne s'accordent pas aux miens, et les ay trouvez plus souvent faux : je ne plains pas ma peine : j'ay apris que ce qu'on disoit n'y est point. » Æssais (1588), liv. III, chap. 1x.

a. Edit. orig. : le lac de Garde, qui est fameus en ce pais là, et d'où il vient fort excellant poisson. — Cette phrase « qui est

pour lui et les seigneurs de Caselis et de Mattecoulon, à vingt B.! la piece; et M. d'Estissac en loua deus autres pour lui, et le Sr. du Hautoy : et sans aucun serviteur, laissant leurs chevaus en ce logis* pour ce jour, ils sen alarent disner à

Torsoté, huict milles. Petit village de la jurisdiction de Tirol. Il est assis à la teste de ce grand lac; à l’autre costé de cete teste, il y a une villette et un chasteau, nomé la Riva”, là où ils se firent porter sur le lac, qui est cinq milles aler et autant à revenir, et firent ce chemin avec cinq tireux*, en trois heures ou environ. Ils ne virent rien audit la Riva, que une tour qui samble estre fort antienneÿ, et, par rancontre, le seigneur du lieu, qui est le seigneur Fortunato Madruccio, frere du Cardinal, pour cet'heure, Evesque de Trante *. Le prospect du lac contre bas, est infini; car il a trente cinq milles de long. La largeur et tout ce qu'ils en pouvoint decouvrir, n’estoit que desdits cinq milles. Cete teste est au conté de Tirol, mais tout le bas d'une part et d'autre, à la seigneurie de Venise, où il y a force beles Eglises et tout plein de beaus parcs d'oliviers, orangiers, et autres tels fruitiers. C’est un lac suject à une extreme et furieuse agitation, quand il y a orage. L'environ du lac, ce sont montaignes

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fameus en ce païs là » est une note qui sùrement ne s'appliquait pas au lac de Garde: Montaigne connaissait bien ce lac ct la péninsule Srrmio de Catulle.

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