Journal, p
prendre, et reprendre à secousses! »; et qu’une femme ne doit pas « avoir les yeux si gourmandement fichez » sur son mari. Le dommage qui pourrait venir de l'absence du père de famille n'était pas considérable, attendu son « insuffisance aux occupations du mesnage »; il se trouverait fort heureux de lui laisser « tout le gouvernement en main” ». Montaigne ne manquait pas de raisons meilleures. Son état de santé, « les souspirs de sa cholique », bien que n’apportant « plus d'esmoy à personne! », l’autorisaient à chercher au loin des eaux et des bains plus salutaires. Et pour voyager en Italie, il avait un excellent prétexte: un vœu fait par lui et sa femme à Notre-Dame de Lorette. La grâce qu'ils lui avaient demandée, c'était, je pense, la vie ct la santé de leur fille Léonor. De cinq petites filles qu'ils avaient cues, quatre étaient mortes deux mois, sept semaines, trois mois et un mois après leur naissance *. Léonor, la deuxième, née le 9 septembre 1571, était délicate, « d'une complexion tardive, mince et molle » : ils avaicnt sans doute craint de la perdre comme les autres. Montaigne fit donc fabriquer, par un orfévre de Bordeaux ou d'ailleurs, un « vœu » qu'il nous décrit ainsi : « un tableau dans lequel il y a quatre figures d'arjant attachées : cele de Notre-Dame, la miene, cele de ma fame, cele de ma fille », avec leur nom, en latin, « insculpé sur l'arjant? ». Et il se chargea de l'appendre lui-même aux parois de la sainte maisonnette.
Avant de quitter sa librairie, Montaigne mit en lumière
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