De glui, ou paille de seigle
4. L'Apennin, colosse de Jean Bologne; il est assis et presse de
la main gauche la tête d'un monstre qui crache de l'eau en abondance. À. d'Ancona.
estancs, et tout cela tiré de deus fontenes, par infinis canals de terre. Dans une tres-belle et grande voliere, nous vismes des petits oiseaus, come chardonerets, qui ont à la cuë deus longues plumes, come celles d'un grand chappon. Il y a aussi une singuliere etuve.
Nous y arrestames deus ou trois heures, et puis reprimes notre chemin et nous randimes par le haut de certenes colines à
FLorENcE, 17 milles. Ville moindre que Ferrare en grandeur, assise dans une plene, entournée de mille montaignettes fort cultivées. La riviere d’Arne passe au travers et se trajette à tout des pons. Nous ne trouvasmes nuls fossés autour des murailles.
Il fit ce jour là deus pierres et force sable, sans en avoir eu autre resantimant que d’une legiere dolur au bas du vantre.
Le mesme jour nous y vismes l'escuirie du grand Duc, fort grande, voutée, où il n'y avoit pas beaucoup de chevaus de prix : aussi n'y estoit-il pas ce jour-là. Nous vismes là un mouton de fort etrange forme; aussi un chameau, des lions, des ours, et un animal de la grandeur d’un fort grand matin de la forme d’un chat, tout martelé de blanc et noir, qu'ils noment un tigre'. Nous vismes l’Eglise St. Laurent, où pandent
1. Environ cinquante ans avant Montaigne, Epistemon, c'est-à-dire Rabelais, avait visité Florence avec plusieurs compagnons dignes de lui, mais aussi avec un moine qui ne demandait « que la retrete » comme la petite troupe de Montaigne. « Nous estions bien bonne compaignie de gens studieux, amateurs de peregrinité, et convoyteux de visiter les gens doctes, antiquitez, et singularitez d'Italie. Et lors curieusement contemplions l’assiete et beaulté de Florence, la structure du dome, la sumptuosité des temples, et palais magnificques. Ft entrions en contention, qui plus aptement les extolleroit par louanges condignes : quand un moine d'Amiens, nommé Bernard lardon, comme tout fasché et monopolé nous dist. Je ne sçay que diantre vous trouvez icy tant à louer. J'ay aussi bien contemplé comme vous, et ne suys aveuigle plus que vous. Et puys ? Qu'est
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encore les enseignes que nous perdismes sous le Mareschal Strozzi, en la Toscane !. Il y a en cet Eglise plusieurs pieces en plate peinture *et tres-beles statues excellentes, de l'ouvrage de Michel Ange *. Nous y vismes le dome, qui est une tres-grande Eglise, et clochier tout revestu de mabre blanc et noir : c’est l'une des beles choses du monde et plus sumptucuses ?.
M. de Montaigne disoit, jusques lors n'avoir jamais veu nation où il y eut si peu de beles fames que l'Italiene *. Les logis, il les trouvoit beaucoup moins commodes qu'en France et Allemaigne ; car les viandes n'y
cer Ce sont belles maisons. C'est tout. Mais Dieu, et monsieur sainct Bernard nostre bon patron soit avecques nous, en toute ceste ville encores n'ay je veu une seulle roustisseric, et y ay curieusement reguardé et consyderè... Je ne sçay quel plaisir avez prins voyans les Lions, et Afriquanes (ainsi nommiez vous, ce me semble, ce quilz appellent Tygres) pres le beffroy : pareillement voyans les Porczespiez et Austruches on palais du seigneur Philippes Strossy. Par foy, nos fieulx. jaimeroy» mieulx veoir un bon ct gras oyzon en broche. Ces Porphvres, ces marbres sont beaulx. Je n'en diz poinct de mal. Mais les Darioles (pièces de four) d'Amiens sont meilleures à mon guoust. Ces statues antiques sont bien faictes, je le veulx croire. Mais par sainct Ferreol d'Abbeville, les jeunes bachelettes de nos pays sont mille foys plus advenentes. » Ze quart licre, chap. xI.
1. Au combat de Marciano, le 12 août 1554, où Strozzi fut vaincu par le marquis de Marignan, lieutenant de l'empereur en Toscane.
2. Peinture exécutée sur une surface plate. — Montaigne veut parler des fresques, et entre autres du Martyre de saint Laurent, par Bronzino.
3. Le» tombeaux de Julien et de Laurent de Médicis. Michel-Ange estle seul artiste nommé par Montaigne, avec un messer Tomaso de Sienne, architecte de fontaines. — Il faut peut-étre lire : plusicurs excellentes pieces... |