‹ Journal de VoyageChapitre 136 sur 294 · Edit. orig. : insupportable · texte numérisé non relu

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4. Ce palais était le casino de Saint-Marc. A. d'Ancona. — Archemie est pour arquemie, alchimie.

Landemein M. de Montaigne monta le premier au haut du dome, où il se voit une boule d'airain doré qui samble d’embas de la grandur d’une bale, et quand on y est, elle se treuve capable de quarante homes!. Il vit là que le mabre de quoy cete Eglise estencroutée, mesme le noir, car cet ouvrage est tout diversifié et labouré, comance deja en beaucoup de lieus à se demantir, et se font à la gelée et au soleil, qui lui fit creindre que ce mabre ne fut pas fort naturel ?. Il y voulsit voir les maisons des Strozzes et des Gondis, où ils ont encore de leurs parans. Nous vismes aussi le palais du Duc, où Cosimo son pere a faict peindre la prinse de Siene et nostre bataille perdue : si est-ce qu'en divers lieus de cete ville, et notammant audit palais aus antiennes murailles, les fleurs-de-lis tiennent le premier rang d'honur*.

MM. d'Estissac et de Montaigne furent au disner du grand Duc : car là on l'appelle ainsi. Sa fame estoit

1. Peut-être faut-il lire : de quattre homes: car cette boule n'a que 2 m. 40 de diamètre.

2. Edit. orig. : mesme le noir, comance deja en beaucoup de lieus à se demantir, ct se font à la gelée et au soleil, mesmes le nor : car cet ouvrage est tout diversifié et labouré, ce qui lui fit creindre...

3. Peintures de G. Vasari dans la salle du Conseil au Palais Vieux.

4. Ces fleurs de lis rappellent que Florence s'est donnée en 1267 à Charles d'Anjou. en 1313 à Robert d'Anjou, tous deux rois de Naples. A. d'Ancona. — Commynes iliv. VII, chap. xr) rapporte que les Florentins, en 1494, lorsque Charles VIII fut entré dans leur ville. « changerent leurs armes, qui estoient la fleur de lis rouge, ct en prindrent de celles que le Roy portoit ».

5.« De vray. à voir les nostres (nos rois) tous seuls à table, assiegez de tant de |parleurs et] regardans inconnuz, j'en ay eu souvent plus de pitié que d'envie. [Le Roy Alphonse disoit que les asnes estovent en cela de meilleure condition que les Roys : leurs maistres les laissent paistre à leur aise, là où les Roys ne peuvent pas obtenir cela de leurs serviteurs.} » Essais (1580 et 1588), liv. I, chap. xLu. — C'est le pape Pie V qui avait donné au duc Cosme Ier le titre de Grand-Duc cet de Sérénissime.

assise au lieu d'honnur; le Duc audessous ; audessous du Duc, la belle-seur de la Duchesse ; audessous de cete-cy, le frere de la Duchesse, mary de cete-cy!.Cete Duchesse est belle à l'opinion Italienne, un visage agreable et imprieux, le corsage gros, et de tetins à leur souhait?. Elle lui sambla bien avoir la suffisance d'avoir angeolé ce Prince, et de le tenir à sa devotion long-tamps. Le Duc est un gros home noir, fde ma taille 3,] de gros mambres, le visage et contenance pleine de courtoisie, passant tous-jours descouvert au travers de la presse de ses jans, qui est belle. Il a le port sein, et d'un homme de quarante ans. De l'autre costé de la table étoint le Cardinal, et un autre june de dix-huict ans, les deux freres du Duc. On porte à boire à ce Duc et à sa fame dans un bassin, où il y a un verre plein de vin descouvert, et une bouteille de verre pleine d'eau; ils prennent le verre de vin et en versent dans le bassin autant qu'il leur samble, et puis le ramplissent d’eau eus-mesmes, et rasséent le verre

1. François Marie Ier de Médicis, fils de Cosme Ier, né en 1541, régnait depuis 1574. reconnu par l'Espagne l'année suivante et par l'empereur en 1576. De sa première femme, Jeanne d'Autriche, il avait un fils, nommé Philippe, qui mourut en 1582. Devenu veuf en 1578, il avait épousé sa maitresse, une Vénitienne, Bianca Capello, proclamée grande-duchesse en 1579. Ils moururont tous deux en 1587. après un diner de chasse à la villa de Poggio. On accusa de les avoir empoisonnés le cardinal de Médicis (1551-1609), qui succéda à son frère sous le nom de Ferdinand Ier. — Leur autre frère était Pierre (mort en 1604), ou Jcan, fils naturel de Cosme Ier, que Montaigne rencontra l'année suivante près de Sarzane. — Le frère de la grande-duchesse était Victor Capello. — Marie de Médicis, fille du grand-duc et de Jeanne d'Autriche, avait alors sept ans. Montaigne ne se doutait guère qu'il avait sous les yeux le futur beau-père d'Henri de Navarre.

2. « Les Italiens la fasonnent (la beauté) grosse et massive : les Espagnols vuidée et estrillée. » Essais (1580), liv. II, chap. xn.

3. Ces trois mots. que j'ai mis entre crochets, sont évidemment de la main de Montaigne.

2a Te) COLE VILIC par privihege: elle l'est, mais se sur Boulogne, et peu sur Ferrare au dessous de Venise ®. Il faict à vrir de ce clochier, l'infinie mult ramplissent les collines tout au trois lieues à la ronde, et cete ple qui samble en longur, avoir l'étai car il samble qu'elles se touchent.

semées. La ville est pavée de pi sans façon ct sans ordre.

L'apres disnée eus quatre Jantils prindrent la poste pour aller vo qu'on nome Castello’. La maison mais il y a diverses pieces de jard sur la pante d'une coline, en man droites sont toutes en pante, douct les transverses sont droites et unies sieurs bresseaux tissus et couvers abres odoriferans, come cedres,

1. « ... Les petis verres sont les miens f les vuider, ce que d'autres evitent comme trempe mon vin plus souvent à moitié, { Essais (1588), liv. III, chap. xm.

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