‹ Journal de VoyageChapitre 142 sur 294 · Buoncorivente · texte numérisé non relu

Buoncorivente

4. La petite itpublique de Montalcino se defendit quatre ans. mais, abandonnée par Henri II au traité de Cateau-Cambrésis

tourna de son chemin à mein droite, et avec MM. d'Estissac, de Mattecoulon, et du Hautoi, ala audict Montalcin, qu'ils disent estre une ville mal-bastie de la grandur de Saint-Emilion!, assise sur une montaigne des plus hautes de toute la contrée, toutefois accessible. Ils rancontrarent que la grand'messe se disoit, qu’ils ouïrent. Il y a, à un bout, un chateau où le Duc tient ses garnisons; mais à son avis tout cela n'est guiere fort, etant ledict lieu commandé d'une part par une autre montaigne voisine de çant pas. Aus terres de ce Duc, on meintient la memoire des François en si grande affection, qu'on ne leur en faict guiere souvenir que les larmes ne leur en viennent aus yeux. La guierre mesmes leur samblant plus douce, avec quelque forme de liberté, que la paix qu’ils jouissent sous la tyrannie. Là, M. de Montaigne s'informant s'il n’y avoit point quelques sepulchres des François, on lui respondit qu'il y en avoit plusieurs en l'Eglise S. Augustin, mais que par le commandemant du Duc on les avoit ensevelis.

Le chemin de cete journée fut montueus et pierreus, et nous randit au soir à

La PaittE*, vint trois milles. Petit village de cinq ou six maisons au pied de plusieurs montaignes steriles, et mal plaisantes.

Nous reprimes notre chemin lendemein bon matin le long d’une fondriere fort pierreuse, où nous passames et repassames çant fois un torrant qui coule

— en ee me À ne — de ne mo

(3 avril 1559), elle dut se rendre au grand-duc Cosme de Médicis.

Le Roy (disent icy cos baniz de Florence)

Du sceptro d'Italie ost frustré désormais.

Et l'oxcmple Sienois rendra par ceste paix Suspecte aux estrangers la Françoiso alliance.

Les Regrets de J. du Bellay, CXXIV.

1. Saint-Emilion, petite ville près de Libourne (Gironde). 2. Hameau sur la Paglia, affluent de droite du Tibre.

tout le long. Nous rancontrames un grand pont basti par ce Pape Gregoire!, où finissent les terres du Duc de Florance, et entrames en celes de l’Eglise?. Nous rancontrames Acquapendente, qui est une petite ville, et se nome je crois einsin à cause d’un torrant, qui tout jouignant de là, se precipite par des rochiers en la pleine. Delà nous passames S. Laurenzo qui est un Castello, et par Bolsena? qui l’est aussi, tournoiant autour du lac qui se nome Bolsena, long de trante milles et large de dix milles, au milieu duquel se voit deus rochiers come des isles, dans lesquels on dict estre des monasteres. Nous nous randismes d’une trete par ce chemin montueus et sterile à

MoxteFIAscon, vint six milles. Villette assise à la teste de l’une des plus hautes montaignes de toute la contrée. Elle est petite, et monstre avoir beaucoup d’antienneté.

Nous en partimes matin, et vinmes à traverser une bele pleine et fertile, où nous trouvames Viterbo, qui avoit une partie de son assiette couchée sur une croupe de montaigne. C'est une belle ville, de la grandur de Sanlis. Nous y remercames beaucoup de belles maisons, grande foison d'ouvriers, belles rues et plesantes; en trois endroits d'icelle, trois tres-beles fontenes. Il s'y fut arresté pour la beauté du lieu, mais son mulet qui aloit devant, etoit desja passé outre. Nous commenceames là à monter une haute cote de montaigne, au pied de laquelle au deça, est un petit lac qu'ils noment de Vico. Là, par un bien plesant

= — » — —— --. |. — — rr —- — — 1—1r —r rrr—.r ————

1, Grégoire XIII.

2. Le pont Centino. « Le pape à fait encore un pont sur la riviere Paglia sur le chemin de la Toscane, pour le bien des vovageurs, cal chaque année auparavant il s’y en novait beaucoup. » Relation de Vambassadeur venitien Jean Corraro, A. d'Ancona.

3 Edit. orig.: Bolseno.

vallon, entourré de pettes coil:nes. où il va force bois icommodité un peu rare en ces contrées-là . et de ce lac, nous nous vinmes rardre de bonne heure à

Rossiglione !, dix-neuf milles. Petite ville et chateau au Duc de Parme *. comme aussi il se treuve sur ces routes plusieurs maisons et terres appartenans à la case Farnese.

Les logis de ce chemin sont des meilleurs, d'autant que c'est le grand chemin ordinere de la Poste. Ils prennent cinq juilles* pour cheval à journée et à louer deux juilles pour poste *: et à cete mesme reison, si vous les voulés pour deus ou trois postes ou plusieurs Journées, sans que vous vous mettés en nul souin du cheval : car de lieu en lieu les hostes prenent charge des chevaus de leurs compaignons ; voire, si le vostre vous faut, ils font marché que vous en puissiés reprandre un autre ailleurs sur vostre chemin. Nous vismes par experience qu à Siene, à un Flamant qui estoit en nostre compaignie, inconnu, estrangier, tout sul, on fia un cheval de louage pour le mener à Rome. sauf qu'avant partir, on paie le louage: mais au demeurant le cheval est à vostre mercy, et sous vostre foy que vous le metrés où vous prometés.

M. de Montaigne se louoit de leur coustume de disner et de souper tard, selon son humeur : car on n'y disne, aus bonnes maïsons, qu'à deus heures apres midy, et soupe à neuf heures; de façon que, où nous trouvames des comedians, ils ne comancent à jouer

ne n». — - —— — —-——. — - — —

Page 1