Senti de pitié
2. « Je conseillerois que ces exemples de rigucur, par le moyen desquels on veut tenir le peuple en office, s'exerçassent contre les corps des criminels. Car de les voir priver de scpulture, de les voir bouillir, et mettre à quartiers, cela toucheroit quasi autant le vulgaire, que les peines, qu'on fait souffrir aux vivans; quoy que par effect, ce soit peu ou rien. » Æssais (1580), liv. II, chap. x1. « Je me rencontray un jour à Rome, sur le point qu'on deffaisoit Catena, un voleur fameux : on l’estrangla sans aucune emotion de l'assistance. mais quand on vint à le mettre à quartiers. le bourreau ne donnoit coup, que le peuple ne suivist d'une voix pleintive, et d’une exclamation, comme si chacun eust presté son sentiment à cette charongne. » Essais (1582), ibid.
se mettent sur quelque lieu hault, et crient au peuple, qui deça, qui delà, et le preschent pour lui faire gouster cet exemple.
Nous remerquions en Italie, et notammant à Rome, qu'il n'y a quasi pouint de cloches pour le service de l'eslise, et moins à Rome qu'au moindre village de France; aussi qu'il n'y a pouint d'images, si elles ne sont faites de peu de jours. Plusieurs antiennes eglises n'en ont pas une !.
Le quatorsieme Jour de janvier, il reprint encor de la terebentine, sans aucun effect apparent.
Ce mesme jour je vis deffaire deus freres?, antiens serviteurs du secretaire du Castellan, qui l'avoint tué quelques jours auparavant de nuict en la ville, dedans Îc palais mesme dudict seigneur Jacomo Buoncompaigno, lils du pape. Onles tenailla, puis coupa le pouing devant ledict palais, et l'ayant coupé, on leur fict mettre sur la playe des chapponsqu'on tua et entr'ouvrit soudenemant. Ils furent deffaicts sur un échaffaut
1. Plus loin il remarque aussi que les églises sont moins belles en Italie qu'en France, Le Tasse, dans sa Lettre où il compare l'Italie a da Fresco 115,3). ouvrage cité dans les Æssars (1588, liv. III, chap. xt. admire en France le nombre des églises, leur grandeur et magnificence, Jeurs clochers, les toitures de laves, et surtout la beauté des verrieres, mais il en juge l'architecture barbare: «et puis il nv a unie de peinture et de sculpture, sinon grossiere ct sans broportions,.. En sorim., sutant les églises de France l'emportent en nombre et en grandeur de murailles massives et durables, autant les notres sont supéricures cn architecture et en ornement de tableaux, et un statues. » — Rome manquait de cloches : donc Liste somnoute. quelle soit de Rabelais ou d'un de ses imitateurs, n'était pas ou n'était plus un portrait fidèle de cette ville.
2. C'est le secrétaire qui parle: Montaigne ne recherchait pas ces specteles. « Les morts je ne les plains gucre, et les envierois plisieii mais je plais bien for les mourans... Les executions mice de la justice, pour raisonnables qu'elles soient, je ne les puis toi: d'une veuc ferme. » Essi (1580), liv. TI. chap. x1. C'est par ren cire qu'il a assisté an supplice de Catena.
et assommés à tout une grosse massue de bois et puis soudein esgorgés. C’est un supplice qu'on dict par fois usité à Rome. D'autres tenoint qu'on l’avoit accommodé au meffaict, d'autant qu'ils avoint einsi tué leur maistre.
Quant à la grandur de Rome, M. de Montaigne disoit que l’espace qu'environnent les murs, qui est plus des deus tiers vuide, comprenant la vieille et la neufve Rome, pourroit égaler la cloture qu'on fairoit autour de Paris, y enfermant tous les faubourgs de bout à bout. Mais si on conte la grandur par nombre et presse de maisons et habitations, il panse que Rome n'arrive pas à un tiers pres de la grandur de Paris!. En nombre et grandur de places publicques, et beauté des rues, et beauté de maisons, Rome l'amporte de beaucoup.
Il trouvoit aussi la froidur de l'hyver fort approchante de celle de Guascogne. Il y eut des gelées fortes autour de Noel, et des vans frois insupportablemant. Il est vray que lors mesme il y tonne, gresle, et esclaire fort souvent.
Les palais ont force suite de mambres les uns apres les autres. Vous enfilés trois et quatre salles, avant que vous soyés à la maistresse. En certeins lieus où M. de Montaigne disna en cerimonie, les buffets ne sont pas où on disne, mais en un autre premiere salle, ct va-ton vous y querir à boire, quand vous en demandés; ct là est en parade la vesselle d'arjant.
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1. « L'enccinte est à peu près égdle à celle de Paris. peut-être un peu moins grande... Vous savez que la ville peut passer pour déserte... Il n'y a presque d'habité que la partie comprise entre le Tibre, le mont de la Trinité. Monte-Cavallo et le Capitole: ce qui peut faire un bon tiers de la ville. Ajoutezà cela le Trastevere... Tout le reste consiste en jardins, en champs, en grands édifices, en ruines et en quelques rues peuplées par-ci par-là. » Président de Brosses, lettre XXXVII.
Judy vint-sixieme de janvier, M. de Montaigne étant allé voir le mont Janiculum, delà le Tibre, et considerer le» singularités de ce lieu là, entre autres, une grande ruine d'un vieus mur avenue deus jours auparavant, et contempler le sit de toutes les parties de Rome, qui ne se voit de nul autre lieu si cleremant; et delà estant descendu au Vatican, pour y voir les statues enfermées aus niches de Belveder, et la belle galerie que le pape dresse des peintures de toutes les parties de l'Italie, qui est bien pres de sa fin'; il perdit sa bourse et ce qui estoil dedans, et estima que ce fut que, en donnant l'aumone à deus ou trois fois, le tems cstant fort pluvieus et mal plesant, au lieu de remettre sa bourse en sa pochette, il l'eut fourrée dans les découpures de sa chausse.
Touts ces jours là. il ne s'amusa qu’à étudier Rome. Au commancemant il avoit pris un guide françois; mais celui-là, par quelque humeur fantastique, s'estant rebuté, il se pica, par son propre estude, de venir à bout de cete science, aidé de diverses cartes et livres qu'il se faisoit lire le soir, et le jour alloit sur les lieus mettre en pratique son apprantissage : si que en peu de Jours il eut ayscemant reguidé son guide *.
Il disoit, qu'on ne voïoit rien de Rome que le Ciel sous lequel elle avoit esté assise et le plant de son gite : que cete science qu'il en avoit estoit une science abstraite et contemplation, de laquelle il n’y avoit rien qui tumbat sous les sens; que ceus qui disoint qu'on y vovoit au moins les ruines de Rome, endisoint trop : car les ruines d'une si espouvantable machine rappor-
1. Cost da Galerie géographique ou des Cartes, qui sont peintes à fresque.
2. Parmi les quelques volumes que l'on a retrouvés portant la
signature de Montaigne, il va Le Autichità di Roma, par Lucio “are. P. Bonnefon, t. I. p. 257.
teroint plus d'honneur et de reverence à sa memoire; ce n'estoit rien que son sepulcre. Le monde ennemi de sa longue domination, avoit premieremant brisé et fracassé toutes les pieces de ce corps admirable, et parce qu'encore tout mort, ranversé, et desfiguré, il lui faisoit horreur, il en avoit enseveli la ruine mesme. Que ces petites montres de sa ruine qui paressent encores au dessus de la biere, c'étoit la fortune qui les avoit conservées pour le tesmoingnage de cete grandur infinie que tant de siecles, tant de fus!, la conjuration du monde reiterée à tant de fois à sa ruine, n'avoint peu universelemant esteindre. Mais qu'il estoit vraisamblable que ces mambres desvisagés qui en restoint, c'estoint les moins dignes, et quela furie des ennemis de cete gloire immortelle, les avoit portés, premieremant, à ruiner ce qu'il y avoit de plus beau et de plus digne ; que les bastimans de cete Rome bastarde qu'on aloit asteure atachant à ces masures antiques, quoi qu'ils eussent de quoi ravir en admiration nos siecles presans, lui faisoint resouvenir propremant des nids que les moineaus et les corneilles vont suspandant en France aus voutes et parois des eglises que les Huguenots viennent d'y demolir. Encore creignoit-il à voir l'espace qu'occupe ce tumbeau, qu'on ne le reconnut pas tout, et que la sepulture ne fut elle-mesme pour la pluspart ensevelie. Que cela, de voir une si chetifve descharge, come de morceaus de tuiles et pots cassés, estre antiennemant arrivée à un monceau de grandur si excessive, qu'il egale en hauteur et largeur plusieurs naturelles montaignes* [car il le comparoit en hauteur à la mote de Gur-
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