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Ce sont les quatre vers qui commencent ainsi

Ile ego. qui quondam, gracili modulatus avena Carmen...

gueri de mon mal. Afin que sije perdois son escrit, je le retreuve ici : il faut prandre cete drogue s'en alant coucher, aïant legieremant soupé, de la grossur de deus pois, la mesler à de l’eau tiede, l’aiant froissée sous les dois, et laissant un jour vuide entre deus, en prandre par cinq fois.

Disnant un jour à Rome avecq nostre Ambassadur, où estoit Muret et autres scavans!, je me mis sur le

1. Marc-Antoine de Muret, né à Muret près de Limoges en 1526, mort à Rome en 1585, professa en 1547 au Collège de Guyenne à Bordeaux. Montaigne, qui étudiait alors la logique à la Faculté des Arts de cette ville, le compte parmi ses « precepteurs [domestiques]», (Essats, 1582 et 88, liv. I, chap. xxv): il joua au collège dans un /ules César, tragédie latine du jeune professeur. Muret enseigna ensuite les humanités au collège du cardinal Le Moine, à Paris. « Etant à Toulouse, et s'y étant laissé aller à des familiarités criminelles avec un de ses écoliers, nommé François Menge Fremiot, natif de Dijon, il fut condammé en 1554 par contumace à être brûlé avec son disciple dans la place de saint Georges à Toulouse. Un conseiller l'ayant averti des mesures qu’on avoit prises contre lui, il prit la fuite et passa en Italie, où il trouva de justes estimateurs de son mérite, principalement à Venise. » (Moreri; cette dernière phrase est sans malice.) On l’appela en 1560 à Rome, où il fut professeur de droit, de philosophie et d'éloquence, ct entra dans les ordres en 1576. Il avait pu en 1562 accompagner à Paris le cardinal Hippolyte d'Este. Entre ses harangues, il y en a une prononcée devant Grégoire XIII touchkant l'heureux succès de Charles IX en la punition des chefs hérétiques rebelles (1573). Il faut noter aussi l’oraison funèbre de l'ambassadeur Paul de Foix. Montaigne loue son éloquence : « Marc Antoine Muret, que la France et l'Italie recognoist pour le meilleur orateur du temps... » Zssazs (1595), liv. I, chap. xxv. Il était poëte en français, en latin ct en grec. « En 1552, dit P. Bonnefon (t. I, p. 46), il faisait imprimer un Discours sur l'excellence de la théologie, prononcé le 5 février, tandis qu'à la fin de la même année il dédiait à Jean Brinon des Juvenilia fort \égères et que, l'année suivante, il commentait assez indiscrètement les Amours de Ronsard. » C’est donc lui, sans doute, que vise ce passage des ÆEssats : a J'ay veu en ma jeunesse, un galant homme, presenter d'une main au peuple des vers excellens et en beauté et en desbordement; et de l'autre main en mesme instant, la plus quereleuse et espineuse reformation theologienne,

propos de la traduction Françoise de Plutarche, et contre ceus qui l’estimoint beaucoup moins que je ne fais, je meintenois au moins cela : Que où le Traductur a failli le vrai sans de Plutarche, il y en a substitué un autre vraisamblable, et sentretenant bien aus choses suivantes et précedentes !. Pour me montrer qu’en cela mesme je lui donnois trop, il fut produit deus passages, l'un duquel ils attribuent l’animadversion au fils de M. Mangot, Avocat de Paris, qui venoit de partir de Rome, en la vie de Solon environ

dequoy le monde se soit desjeuné il y a long temps. Les hommes vont ainsin. On laisse les loix, et preceptes suivre leur voye, nous en tenons une autre. » Liv. III, chap. 1x (1588). Cf. Ch. Dejob, Marc-Antoine Muret, Paris, Thorin, 1881.

1. « Je donne avec grande raison, ce me semble, la palme à Jacques Amiot, sur tous noz escrivains François, non seulement pour la naifveté et pureté du langage, en quoy il surpasse tous autres, ny pour la constance d'un si long travail. ny pour la profondeur de son sçavoir, ayant peu developper si heureusement un autheur si espineux ct ferré (car on m'en dira ce qu'on voudra, je n’entens rien au Grec, mais je voy un sens si beau, si bien joint et entretenu, par tout en sa traduction, que ou il a certainement entendu l'imagination vraye de l'autheur. ou ayant par longue conversation, planté vivement dans son ame, une generale idée de celle de Plutarque, il ne luy a aumoins rien presté qui le desmente, ou qui le desdie) : mais sur tout, je lui sçay bon gré, d'avoir sçeu trier et choisir un livre si digne et si à propos, pour en faire present à son pais. Nous autres ignorans estions perdus, si ce livre ne nous eust relevé du bourbier. etc... » Essais (1580), liv. II, chap. rv. Quelque savant avait déjà mis en doute, devant Montaigne, la fidélité du traducteur. Il ne changea rien à ce passage. Seule l'édition posthume met « avec raison » au lieu de « avec grande raison », et supprime « si beau » dans la phrase « mais je voy un sens si beau, si bien joint » : ce qui du reste ne donne pas raison à Muret.

2. Claude Mangot. célèbre avocat du parlement de Paris, eut deux fils. L'un, nommé Claude comme son père, fut pendant quel. ques mois garde des sceaux de France, grâce à la protection de Concini (1616-1617). L'autre, Jacques Mangot, étudia le grec sous le fameux Denis Lambin (mort en 1572) et la jurisprudence sous Cujas: il mourut le 30 août 1587, à l'âge de 36 ans, étant avocat

sur le milieu, où il dict que Solon se vantoit d'avoir affranchi l’Attique, et d'avoir osté les bornes qui faisoint les separations des hæritages. Il a failli, car le mot grec signifie certenes marques qui se metoint sur les terres qui etoint engagées et obligées, affin que les acheturs fussent avertis de cete hypotheque. Ce qu'il a substitué des limites, n’a point de sans accommodable; car ce seroit faire les terres non libres, mais communes. Le latin d'Estiene s’est aproché plus pres du vrai. Le secont, tout sur la fin du treté de la nourriture des enfans, d'observer, dictil, ces regles, cela se peut plustost souhaiter que conseiller. Le grec, disent-ils, sone, cela est plus desirable qu'esperable, et est une forme de proverbe qui se treuve ailleurs. Au lieu de ce sans cler et aisé, celui que le traductur y a substitué est mol et etrange; parquoi recevant leurs praesuppositions du sans propre de la langue, j'avouai de bone foi leur conclusion. |

Les eglises sont à Rome moins belles qu'en la pluspart des bones viles d'Italie, et en general en Italie et en Allemaigne, encore communéemant moins belles qu’en France. A S. Pierre, il se voit à l'antrée de la nouvelle eglise, des enseignes pandues pour trophées: leur escrit porte, que ce sont enseignes gaignées par le Roy sur les Huguenots ; il ne specifie pas où et quant. Aupres de la chapelle Gregoriane‘, où il se voit un nombre infini de veux atachés en la muraille, il y a entr'autres un petit tableau carré, assés chetif et mal peint, de la bataille de Moncontour?. En la salle

du roi en sa cour du parlement, et « surnommé la Perle du Palais, à cause de la singulière probité, rare doctrine et vertus trèsgrandes qui reluisoient en ce personnage ». L'Estoile, t. III, p. 62: et Dict. de Moreri.

1. Bâtie dans l'église Saint-Pierre par Grégoire XIII sur les plans de Michel-Ange.

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