‹ Journal de VoyageChapitre 173 sur 294 · De Corriser dans Ja censure · texte numérisé non relu

De Corriser dans Ja censure

1. Voici tous les passages censurés, excepté ceux où Montaigne méi en scene la Fortune, qui sont innombrables, et qu'il excusait msi. e Te Liv Jusse pour mov iau dire humain) dire fortune, des-

m'excusoit fort, et me vouloit faire santir qu’il n’etoit pas fort de l'avis de cete reformation, et pledoit fort ingenieusemant pour moi en ma presance, contre un autre qui me combatoit, Italien aussi. Ils me retindrent le livre des histoires de Souisses traduit en François, pour ce sulemant que le traductur est hæretique,

tinée, accident, heur, et malheur, et les Dieux, et autres frases, selon sa mode vulgaire. » Æssais (1588), liv. I, chap.Lvi. — « Il me semble aussi de la poësie qu'elle a eu sa vogue en nostre siecle. Nous avons foison de bons artisans de ce mestier-là.,. Beze, Buchanan... » Essazs (1580), liv. II, chap. xvn. « Gcorge Bucanan, ce grand poëte Escossois. » Essais (1580), liv. I, chap. xxv. Montaigne faisait allusion plus tard àce point particulier de la censure. « J'accuse merveilleusement cette vitieuse forme d’opiner : Il est de la Ligue : car il admire la grace de Monsieur de Guyse... Et ne conceday pas au magistrat mesme, qu'il eust raison, de condamner un livre, pour avoir logé entre les meilleurs poëtes de ce siecle, un heretique. N'oserions nous dire d'un voleur, qu'il a belle greve ? Faut-il, si elle est putain, qu'elle soit aussi punaise P » Essaësi(1595), liv. III, chap. x. — L'éloge de « l’Empereur Julian, surnommé l'Apostat, » se trouve au livre II des Æssais (1580), chap. xrx, De la liberté de conscience : « C'estoit à la verité un tres-grand homme et rare; comme celuy, qui avoit son ame vivement tainte des discours de la philosophie, ausquels il faisoit profession de regler toutes ses actions : et de vray il n'est aucune sorte de vertu, dequoy il n'ait laissé de tres-notables exemples. » Il y revient encore au chapitre suivant. — « Il faut avoir l'ame nette, au moins en ce moment, auquel nous le prions, et deschargée de passions vitieuses : autrement nous luy presentons (à Dieu) nous mesmes les verges, dequoy nous chastier... Voyla pourquoy je ne louë pas volontiers ceux, que je voy prier Dieu plus souvent et plus ordinairement, si les actions voisines de la priere, ne me tesmoignent quelque amendement et reformation. » Essais (1580), liv. I, chap. Lvi. Loin de corriger ce passage, notre philosophe le renforgait plus tard : « Et l'assiette d’un homme meslant à une vie execrable la devotion, semble estre aucunement plus condemnable, que celle d'un homme conforme à soy, et dissolu par tout.» Essats (1595), même chapitre. — a Quant à moy, en la justice mesme, tout ce qui est au delà de la mort simple, me semble pure cruauté. Et notamment à nous, qui devrions avoir respect d'en envoyer les ames en bon estat; ce qui ne se peut, les avant agitées et desesperées par tourmens insupportables. » Essais (1580), liv. II, chap. xr. Il répète la première

Lu ves rœnitenciers Ordineres € office en la pluspart des Eglises dinal St. Sixte estoit assis à un cc teste de une baguette longue qui aus passans, et aus dames aussi, m riant et plus courtois, selon leur Le Mecredi de la semmene se Eglises aveq M. de Foix, avant d.

environ cinq heures. Je ne sçai ]

phrase au chap. xxvu du mème livre. — « ment un jeune homme commode à toutes voire au desreglement et aux excés, si be faire toutes choses, et n'ayme à faire que il follastrera, il se desbauchera avec son Pr desbauche mesme, il surpasse en vigucur e pagnons, et qu'il ne laisse à faire le mal, n de science, mais à faute de volonté. »

chap. xxv.

1. Probablement Simler, La République françois, Paris, Du Puy, 1577. A. d'Ancona.

a. Philippe Boncompagni, neveu du pape, de 1573, grand pénitencier en 1579, mort en

3. Paul de Foix, né en 1528, de la familli après avoir enseigné à Toulouse le droit d'Henri II, qui lui donna un état de consei:

chambre; mais il se compromit avec 3-- © de tolkra---

scandalisent de voir libremant accuser le vice de quelque particulier Prelat, quand il est connu et publicq; car ce jour là, et à S. Jan de Latran, et à l'Eglise Ste. Croix en Jerusalem, je vis l'histoire, escrite au long en lieu tres apparant, du Pape Silvestre second, qui est la plus injurieuse qui se puisse imaginer!.

l'archevèché de Toulouse, que lui avait cédé le cardinal d'Armagnac. Mais il était soupçonné d'hérésie, sa cause était pendante devant le Saint-Office, et le pape ne lui accorda ces bulles qu'en 1582. Il avait reçu le 11 mai 1581 la dépéche par laquelle le roi le nommait son ambassadeur ordinaire à Rome. Il y mourut à la fin de-mai 1584. Ses Zettres écrites de Rome à Henri III (du 15 mai 1581 au 4 novembre 1582) ont été imprimées à Paris en 1628. Muret fit en latin son oraison funèbre, dont voici quelques passages, tirés de l'ouvrage précédent : « Je l'ay veu jeune, homme fait, et vieil, car je n'avois gueres que deux ans plus que luy, et je ne pense pas qu'il se soit jamais presenté à mes yeux autre que luy qui ait eu le mesme avantage que les Grecs attribuent à Alcibiades, à sçavoir que sa beauté a esté également plaisante et agreable en toute sorte d'aage... Ceux qui le hantoient avoient un plaisir non-pareil en sa conversation... { Il était] juste, entier, continent, moderé, amateur de la paix et de la concorde, veritable, ouvert, candide, ct connivant plus aisément aux fautes d'autruy qu'aux siennes propres. » — Montaigne avait dédié, par lettre du 1° septembre 1570, à son illustre compatriote les vers français de la Boëtie. Il fit de lui un bel éloge : a Cette perte (du bon monsieur de Pibrac, mort en 1584), et celle qu'en mesme temps nous avons faicte de monsieur de Foix, sont pertes importantes à nostre couronne. Je ne scay s'il reste à la France dequoy substituer un autre coupple, pareil à ces deux Gascons, en syncerité, et en suffisance, pour le conseil de nos Rovs. C'estoyent ames diversement belles, et certes selon le siecle, rares et belles, chacune en sa forme. Mais qui les avoit logees en ce siecle, si desconvenables et si disproportionnees à nostre corruption, et à nos tempestes ? » Essars (1588, liv. III, chap. rx. Il le nomme déjà dans les Zisuis (1580), liv. I, chap. xxvul.

1. L'inscription latine de la basilique Sainte-Croix en Jérusalem portai: que ce pape en mourant il'an 1003; avait ordonné « pour la pudizor de ses cr. me: que son cadavre füt attaché à des chevaux indomprés et trainé par la ville v. A Sain*-Jean de Latran, il y à

vai colle, C etoint les sermons?. Il y precheurs, come ce Rabi renié quì p Sammedi apres diner, en la Trinité.

60 Juifs qui sont tenus de s'y trouve fort fameus Doctur parmi eus; et pai mesmes *, leurs Rabis, et le texte de .

leur creance. En cete sciance et deslar à cela, il est admirable. Il y avoit un a:

prechoit au Pape et aus Cardinaus, n ledo*; [en profondur de sçavoir, en pi position, c'est un home tres rare]; ur quent et populere, qui prechoit aus Je:

beaucoup de suffisance parmi son exc gage : les deus derniers sont Jesuistes.

combien de part ce colliege tient en lz croi qu'il ne fut jamais confrerie et c« qui tint un tel ranc, ny qui produisit e: tels que fairont ceus ici, si leurs desse:

Ils possedent tantost toute la chretiai

au contraire une longue Epitaphe en distiques con par Serge IV, son successeur. A. d'Ancona.

1. Montaigne emploie ici le mot tfegge dans comme l'italien. C'est le tour des quartiers de Tibre.

pepiniere de grands homes en toute sorte de grandur. C'est celui de nos mambres qui menasse le plus les hæretiques de notre tamps!.

Le mot d'un prechur fut que nous faisions les Astrolabes de nos coches?. Le plus commun exercice des Romeins, c'est se promener par les rues, et ordineremant l'entreprinse de sortir du logis se faict pour aler sulemant de rue en rue, sans avoir où s’arreter ; et y a des rues plus particulieremant destinées à ce service. A dire vrai, le plus grand fruit qui s’en retire, c’est de voir les Dames aus fenetres, et notammant les courtisanes qui se montrent à leurs jalousies, aveques un’ art si traitresse, que je me suis souvant esmerveillé come elles piquent ainsi notre veue ; et souvant etant descendu de cheval sur le champ, et obtenu d'etre ouvert, je admirois cela, de combien elles se montroint plus beles qu'elles n’etoint*. Elles scavent se presanter par ce qu'elles ont de plus agreable ; elles vous presante-

1. Montaigne, maire de Bordeaux, blàma et fit surveiller de près les Jésuites qui, jouissant des bâtiments et revenus du prieuré de Saint-James, obligés pour cela de recueillir et faire élever les enfants trouvés, négligeaient fort ce devoir (mars 1582). Au temps de la Ligue, le maréchal de Matignon, son successeur, qui l’appelait fréquemment à ses conseils, chassa les Jésuites de cette ville. Il est probable que notre philosophe ne songea pas à défendre ces ennemis fougueux d'Henri de Navarre, lui qui faisait des vœux pour ce roi « lors mesme, dit-il, quil m'en faloit confesser à mon curé ». Lettre au roi, du 18 janvier 1590. Remarquons en outre que Montaigne était l'ami d'Etienne Pasquier. l'avocat de l'Université contre les Jésuites (1565), le violent écrivain du Catéchisme des Jésuites (1603).

a. L'astrolabe servait à mesurer la hauteur des astres au-dessus de l'horizon. Dans les phrases qui suivent Montaigne explique ce . bon mot.

3. « Voyez en Italie, où il y a plus de beauté à vendre, et de la plus parfaite qu'en nulle autre nation, comment il faut qu'elle cherche d’autres moyens estrangers, et d'autres arts pour se rendre aggreable : et si à la verité, quoy qu'elle face estant venale et

ront sulemant le haut du visage, ou le bas ou le costé, se couvrent ou se montrent, si qu'il ne s'en voit une sule lede à la fenetre. Chacun est là à faire des bonetades et inclinations profondes, et à recevoir quelque euillade en passant. Le fruit d'y avoir couché la nuict pour un ecu ou pour quatre, c'est de leur faire einsi landemein la court en publig!. Il s'y voit aussi quelques Dames de qualité, mais d'autre façon et contenance bien aisée à discerner. A cheval on voit mieus: mais c'est affaire ou aus chetifs come moi, ou aus

publique, elle demeure foible et languissante. » Essars (1582), liv. II, chap. xv.

Se pourmener en housse, aller voir d'huis en huis La Marthe, ou la Victoire, ot s'engager aux Juifz : Voila. mes compagnons, les passetemps de Rome. J. du Bellay, Les Regrets, sunnet LXXXIV.

En mille crespillons les cheveux se frizer.

Se pincer les sourcilz. et d'une odour choisie

Parfumer hault et bas sa chamure moisie,

Et de blanc et vermeil sa face desguiscr...

Siffler toute la nuict par une julvusic...

Des courtisannes sont les ordinaires jeux.

Sonnet XCII.

1. c Ils font les poursuyvans en Italie, et les transis. de celles mosmes qui sont à vendre : et se defendent ainsi : Qu'il y a des d'urez en la jouyssance : et que par services ils veulent obtenir pour eux, celle qui est la plus entiere. Elles ne vendent que le corps. La volonté ne peut estre mise en vente, elle est trop libre Ct trop sienne, Ainsi ceux cy disent, que c'est la volonté qu'ils ci reprennent, et ont raison, » Æssais (1588), liv. III, chap. v. « Pour arrester sa fuitte (de la volupté), et l'estendre en preambales: entre-eux, tout sert de faveur et de recompense : une œillade, une inclination, une parolle, un signe. » Zhid.

2 « fe me tiens debout, tout le long d'un jour, et ne m'ennuye point à me promener. Mais sur le pavé, je ne puis aller qu'à cheval. A pied, je me crotte jusques aux fesses : et les petites gens, sent stifjeets pir ces rues, à estre chocquez [et coudoyez] à faute d'apparence. « Æxsais (15885, liv. III. chap. xur. Dans ce passage da /eurnal Montaigne veut dire plutot qu'il n'est pas assez grand stigniear pour rouler carrosse à Rome.

jeunes homes montés sur des chevaus de service qui manient. Les persones de grade ne vont qu'en coche, et les plus licentieus, pour avoir plus de veue contremont, ont le dessus du coche entr'ouvert à clervoises!; c'est ce que vouloit dire le prechur de ces astrolabes.

Le Judy-saint au matin, le Pape en pontificat se met sur le premier portique de S. Pierre, au second etage, assisté des Cardinaus, tenant, lui, un flambeau à la mein. Là d’un costé, un Chanoine de St. Pierre lit à haute vois une bulle latine où sont excommuniés une infinie sorte de jans, entre autres les Huguenots, sous ce propre mot, et tous les Princes qui detiennent quelque chose des terres de l'Eglise : auquel article les Cardinaus de Medicis et Caraffe, qui etoint jouignant le Pape, se rioint bien fort?. Cete lecture dure une bone heure et demie; car à chaque article que ce Chanoine lit en latin, de l'autre costé le Cardinal Gonsague, aussi descouvert, en lisoit autant en Italien. Apres cela le Pape jeta cete torche alumée contre bas au peuple, et par jeu ou autremant, le Cardinal Gonsague un’autre; car il y en avoit trois alumées. Cela choit 1. À claire-voie. .

2. A la date du 7 aoùt de cette année, Paul de Foix rapporte au roi que, le Grand-duc de Florence s'étant emparé du château de Camporseoli dans l'état de l’Eglise, le pape s'en plaignit, mais que le cardinal de Médicis, lui apportant la réponse de son frère le Grandduc, « ne luy parla si humblement que sa Saincteté s'attendoit ; et pense-t'on que luy et son frere ont quelque mécontentement du Pape qui les pousse outre l'interest. Il y en a aussi plusieurs autres des meilleures maisons de Rome et des environs, comme Colonna, Orsina, Savelli, Vitelli, qui sont malcontents, parce que sa Saincteté leur a fait saisir depuis quelque temps des terres comme appartenantes à la Chambre Apostolique ; et m'a esté rapporté qu'un des jours de la semaine passée fut trouvé escrit en divers endroits des murailles du Palais de sainct Pierre, où le Pape habite, qu’en procedant comme l'on avoit fait jusques icy, et n’usant point d'autre diligence, le Palais seroit en une nuict saccagé, et possible aussi le Pape mesme fait prisonnier. »

uuuict portique, davant le Papi faite, on trousse ce tapis noir, autre d'autre colur ; le Pape lors publiques.

Ces jours se montre la Veroni outrageus!, et de colur sombre carré come un grand miroir?. Il s serimonie du haut d'un popitre qu large*. Le prestre qui le tient a le gans rouges, et y a deus ou trois :

soutienent. Il ne se voit rien aveq le peuple prosterné à terre, la plu yeux, aveq de ces cris de commis qu'on disoit estre sprritata*, se tan figure, crioit, tandoit et tordoit le se promenans autour de ce popitre au peuple, tantost ici, tantost là ; € mant, ceusà qui on la presante s'esc:

aussi en mesme tamps et mesme s lance, dans une bouteille de crista

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